Chapitre VIII. — Personnel des hôpitaux
Surveillance des malades. — Infirmiers et surveillantes. — Service religieux. — Médecins internes. — Nécessité du concours pour le corps médical. — Médecin résidant nécessaire. — Service pharmaceutique. — Insuffisance des administrations hospitalières. — Nécessité d’une commission médicale. — Directeurs des hôpitaux. — Leur rôle.
Nous venons de passer successivement en revue, dans les chapitres qui précèdent, les dépendances d’un hôpital : nous avons tracé, ou plutôt nous avons indiqué comment les maîtres ont tracé les plans d’un hôpital, et bien que nous n’ayons fait qu’effleurer la plupart de ces intéressantes questions, nous n’avons omis, croyons-nous, aucune prescription hygiénique importante se rapportant à ce grave sujet. Il nous reste à animer le corps que nous venons de créer, à lui communiquer la vie, l’activité, à lui donner une âme : le personnel, qui n’est certes pas la moindre partie de la question, mérite de nous arrêter un moment. C’est à lui en effet qu’appartient de compléter le but des hôpitaux ; c’est le personnel médical, administratif et religieux, qui a mission d’accueillir le malade, de le soigner, de le guérir, ou, s’il vient à succomber, de le consoler à ses derniers moments. Lui seul a le pouvoir de veiller sur son existence, et c’est par la manière dont il saura entourer le malheureux confié à ses soins qu’il gagnera sa confiance, qu’il dessillera ses yeux, qu’il lui
PERSONNEL DES HOPITAUX
montrera que l’hôpital a aussi ses consolations; en un mot, aux médecins, aux infirmiers, aux aumôniers appartient l’admirable mission d’être vraiment philanthropes, en faisant oublier à ces infortunés leurs souffrances physiques ou morales.
Depuis le moment de leur entrée jusqu’à celui de leur sortie, les malades ne doivent pas être perdus de vue un seul instant; aussi, en dehors des heures de la visite, où le médecin et ses aides passent successivement en revue chacun d’eux, il doit exister dans la salle un certain nombre de personnes valides exclusivement chargées de veiller sur les malades, et de faire exécuter les ordonnances du chef de service : c’est aux infirmiers et aux surveillantes qu’incombe ce soin.
Les fonctions qui sont dévolues aux infirmiers et aux infirmières sont, qu’on ne s’y trompe pas, d’une haute importance. Ce sont eux qui se trouvent chargés la plupart du temps d’administrer aux malades les médicaments ordonnés par le médecin, de les changer de linge, de leur donner ces mille soins de propreté, qui sont d’une si grande gravité dans le traitement de la maladie. Ce sont eux encore, et à tour de rôle, qui sont chargés du service de nuit, service d’autant plus sérieux qu’il est pour ainsi dire exécuté en dehors de toute surveillance. Ces employés devraient donc, pour être à la hauteur de leur rôle, être à la fois dévoués, intelligents et robustes ; car leurs fonctions sont pénibles. Qu’arrive-t-il au lieu de cela ? La plupart des infirmiers, recrutés parmi les convalescents, ne considèrent leurs fonctions que comme transitoires, et ne s’attachent même pas à être d’une véritable utilité pour les malades. Mais que peut-on exiger davantage? Pour compenser le labeur pénible et trop souvent rebutant de ces serviteurs, pour encourager leur zèle, ne serait-il pas nécessaire de leur offrir un salaire suffisant?
L’administration de l’Assistance publique de Paris a récemment réorganisé sur de nouvelles bases le service de ces employés, et le maximum qu’on leur offre, après quatre années de service, est de 21 francs par mois. N’est-ce pas dérisoire ?
En province, c’est pis encore, et si nous n’avons pas été induit en erreur, les infirmiers de l’hôpital Saint-André de
Bordeaux ne recevraient que 120 francs par an, somme évidemment insuffisante pour stimuler leur zèle.
Il y a bien des années que l’insuffisance et les vices radicaux de cet état de choses avaient frappé les médecins de nos hôpitaux. Terron s’en plaint amèrement 1 ; plus tard les commissions médicales, et pour en citer quelques-unes celles de 1838, 1839, 1841, 1843, font à leur tour entendre leurs plaintes, accusent la vénalité des infirmiers et des infirmières, demandent qu’on apporte dans leur organisation des modifications complètes 2. Grâce à Dieu, on ne voit plus aujourd’hui les gens de service persécuter de leurs obsessions les misérables confiés à leurs soins, pour obtenir de l’argent, ou leur vendre en cachette des aliments de nature à compromettre leur existence ; ou si de pareils faits peuvent se produire encore, il faut bien le reconnaître, ce sont heureusement des exceptions d’une extrême rareté. Mais ce que nous voudrions, ce sont des infirmiers dévoués et intelligents; et leur réorganisation, admise depuis bien longtemps en principe, qui a excité la sagacité de bien des sociétés savantes, qui fut même proposée en 1787 comme su jet de prix par l'Académie de Bordeaux 3, est encore aujourd’hui urgente.
Quelles seraient les mesures à prendre pour obtenir les résultats cherchés ?
Nous proposons les suivantes : 1° augmenter le salaire de ces employés, dans une notable proportion ; 2° les classer hiérarchiquement (cela se fait, croyons-nous, à Paris) et augmenter successivement leurs gages, en les faisant passer au bout d’un temps plus ou moins long dans une classe supérieure; 3° leur assurer une retraite ; 4° à la fin de chaque année décerner une gratification à celui des infirmiers d’un hôpital qui se sera distingué à la fois par son exactitude et son dévouement ; 3° maintenir une discipline sévère parmi ces gens de service,