Charrier, Thèse de doctorat. Paris
2. Paul Lorain, De la fièvre puerpérale, thèse de doctorat. Paris, 1855.
sa mère, avec une péritonite, même lorsque la mère n’est pas malade.
» Gela est-il propre aux services d’accouchements? Point du tout, et la même chose s’observe dans les autres hôpitaux ; à l’IIôtel-Dieu, à Necker, à Beaujon, etc., partout où l’on reçoit des femmes récemment accouchées , les enfants ont des ophthalmies excessivement graves, des érysipèles autour de l’ombilic, s’étendant bientôt au loin, etc., accidents qui les tuent aussi complètement que la fièvre puerpérale. Nous les voyons encore contracter des inflammations de la veine porte et des organes abdominaux, et succomber comme succombent les femmes dans les hôpitaux spéciaux.
» Maintenant, demandez à M. Nélaton s’il est en sécurité pour ses opérés, quand la fièvre puerpérale règne dans les salles de M. Dubois. Il nous répondra que les phlegmasies des séreuses, des synoviales, que la fièvre de résorption en un mot, etc., sont alors la règle, et que la moindre opération exige de sa part la plus grande circonspection.
» Demandez à M. Jobert et à M. Laugier, si alors que règne la fièvre puerpérale dans une des salles de l'Hôtel-Dieu, et qu’on n’en sait rien encore dans leurs services, ils ne s’aperçoivent pas, à leurs insuccès et à la gravité que révèlent les plus minimes opérations, que l’épidémie a fait invasion.
» Allons plus loin : en 1856, M. Paul Dubois fait évacuer la Clinique ; on reçoit les femmes en couches dans les autres hôpitaux, et la Clinique reçoit les maladies ordinaires. M. Pidoux, chargé de ce service, note qu’il perd ses malades dans une proportion insolite et pour les affections les plus bénignes d’ordinaire. Mais alors elles se compliquent d’érysipèles, d’affections gastriques et presque toutes succombent. Non-seulement on observe les accidents dont je parlais tout à l’heure après les opérations, mais on les observe auparavant. Les malades atteints d’affections chroniques, sans plaie et qu’on doit opérer, prennent des indispositions caractéristiques se traduisant par des phénomènes généraux auxquels des yeux exercés ne se trompent guère et qui font prédire un insuccès certain.
» Vous voyez donc que la fièvre puerpérale est commune aux
MAISONS D’ACCOUCHEMENTS
hommes aussi bien qu’aux femmes, et que ma proposition, si étrange au premier abord, se justifie jusqu’à un certain point i. »
En dépouillant la proposition de M. Trousseau d’un peu d’exagération dans la forme, on arrive à reconnaître avec lui qu’il existe en effet une influence spécifique transmissible de la femme à l’homme, mais d’autant plus grave chez la femme qu’elle est plus affaiblie, ainsi que nous l’avons dit, par le fait même des circonstances où elle se trouve.
Les faits sur lesquels s’appuie l’illustre praticien ont depuis longtemps éveillé l’attention, et de nombreux travaux ont été publiés à ce sujet.
MM. Delpech, Bouchut 2 et Lorrain 3 ont démontré qu’on rencontrait non plus seulement la péritonite, mais des pleurésies, des abcès dans les extrémités, dans les articulations des nouveau-nés placés dans les hôpitaux atteints par le fléau, que ces enfants appartiennent d’ailleurs à des malades, ou à des femmes indemnes de tout accident.
En dehors même de la puerpéralité, on a constaté, soit pendant la menstruation, soit même en dehors de cet état génésique, l’explosion de la fièvre puerpérale chez des femmes exposées à subir l’influence épidémique. Pour citer un fait entre mille, indiquons celui de M. Tarnier, constaté chez une jeune élève de la Maternité 4.
Quant aux opérés, nous n’avons pas besoin de beaucoup insister pour rappeler aux chirurgiens l’analogie des symptômes qui se présentent dans les deux sexes, sous l’influence épidémique; nous rappellerons seulement qu’en 1820, M. Velpeau 3 avait constaté, chez les femmes mortes de la lièvre puerpuérale, des collections purulentes analogues dans les plèvres et