Cazeaux, De la fièvre puerpérale, p
2. Paul Dubois, De la fièvre puerpérale, communication à l'Académie impériale de médecine, p. 255.
titue l’assistance matérielle qu’elles reçoivent dans les services hospitaliers qui leur ont été réservés. Il ne s’agirait pas, pour l’assistance publique, songez-y bien, de donner à une mère de famille, qui a une demeure, le mobilier modeste et à peu près suffisant de l’ouvrier, et un entourage de parents, d’amis ou de voisins bienveillants, les secours pécuniaires ou autres que réclament les charges ou les nécessités d’un accouchement. Les six mille femmes que la suppression des services hospitaliers actuels mettrait à sa charge, ce seraient six mille pauvres créatures sans pain, sans linge, sans feu, dans la saison froide, sans aide, quand la souffrance et le danger les condamnent à l’impuissance, et enfin saps abri , car elles perdent alors le seul asile que la plupart d’entre elles tiennent de la domesticité. »
Si nous nous plaçons à une autre point de vue, il nous paraîtra plus difficile encore de supprimer les hôpitaux de Maternité. Qui ne sait que ces maisons deviennent, chaque année, un asile pour un nombre considérable' de malheureuses qui viennent y cacher les suites d’une faute ? N’est-ce pas une cruauté de forcer ces malheureuses filles-mères, plus dignes de notre pitié que de notre mépris, à étaler leur honte au grand jour? L’Angleterre nous doit être un exemple salutaire. Elle ferme ses hôpitaux aux victimes de la séduction, les réservant uniquement pour les femmes mariées : n’est-ce pas à cela que la Grande-Bretagne est redevable des nombreux infanticides qui affligent chaque année ce pays?
Ouvrons les hôpitaux de maternité par pitié pour l’honnête mère de famille dans la misère, par pitié pour la fille-mère, afin de lui épargner la pensée d’un crime déjà trop fréquent ; pour elle surtout soyons philanthropes , et n’oublions jamais qu’une femme quelle qu’elle soit, lorsqu’elle est sur le point de devenir mère, est digne de tous nos respects *.
1. Nous ne saurions trop louer les mesures prises au grand hôpital de Venise, en vue de garder le secret, et, s’il est possible, de sauver l’honneur de ces malheureuses. « La section des femmes en couches est gardée avec le plus grand soin; l’accès en est interdit à toute personne étrangère, et il est défendu à la sage-femme en chef, à laquelle est confiée la surveillance immédiate des salles de maternité, de pénétrer dans la vie des femmes qui y sont admises, et sur-
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C’est donc uniquement aux mesures salutaires d’une hygiène bien entendue que l’on devra avoir recours pour prévenir le fléau, et la première condition ici encore, ici surtout, sera un air pur. L’agglomération des femmes en couches dans un même local, l’écoulement des lochies, l’abondance des sueurs, l’excrétion souvent superflue du lait, des urines, des matières fécales, l’humectation continue de la peau, douée par cela même d’un pouvoir absorbant plus considérable; le rétablissement dans leurs rapports normaux des organes respiratoires comprimés pendant la grossesse, et par suite l’ampleur de la respiration ; la fatigue consécutive à la perte du sang, à la déperdition des forces musculaires; l’irritabilité du système nerveux, tout demande pour la femme enceinte un air pur, des soins de propreté bien entendus, de la tranquillité, du calme moral.
Pour remplir ces conditions il faut bien peu de choses, réaliser les conditions que nous avons indiquées pour tous les hôpitaux : 1° petits hôpitaux; 2° isolément complet de l’hôpital des habitations voisines, et surtout d’hôpitaux de malades; 3° petites salles : nous n’avons pas besoin d’insister sur ce fait capital, on comprend assez les motifs de notre demande. Les salles de femmes en couches ne devront pas contenir plus de six lits, elles devront être complètement indépendantes les unes des autres.
Il sera par-dessus tout nécessaire d’avoir des salles de rechange : si la femme de l’ouvrier privée de presque tout ce qui lui est nécessaire accouche sans accidents dans une mansarde, c’est que son réduit n’a pas été souillé successivement par la présence de plusieurs accouchées; — nécessaire de posséder quelques pièces à deux et à un lit où l’on puisse isoler aussitôt
tout de soulever le voile ou le mouchoir dont elles se recouvrent pour ne pas être reconnues. Chaque femme porte sur elle son nom écrit et cacheté; le cachet n’est brisé qu’en cas de mort. Deux classes de femmes viennent chercher asile dans les salles de la maternité : celles qui, pressées par la misère, ne peuvent accoucher chez elles, et celles qui cherchent à cacher à tous les regards leur position malheureuse ; parmi ces dernières, quelques victimes de la séduction parviennent à conserver intacte leur réputation, tant le secret est religieusement gardé. » (Delle instituzioni di beneficenza nellà città e provincia di Venezia del conte Pietro Luigi Bembo.)
les femmes, qui présenteraient les premiers symptômes d’infection.
Enfin, on n’hésitera pas à fermer un établissement de ce genre au premier signai d’épidémie. « Le seul palliatif qu’on ait trouvé à opposer au mal, dit M. Ilusson, a été, jusqu’à ce jour, l’évacuation momentanée des salles infectées. »
Bref, et pour nous résumer, l’unique, la seule condition de salubrité d’un hôpital de maternité sera de l’éloigner de toute cause de viciation de l’air, de lui procurer un air pur.
Nous sommes heureux de trouver dans une discussion encore pendante à la Société de chirurgie la confirmation de ces principes, que nous posions il y a déjà plusieurs mois. — M. Trélat, dans la séance du 25 avril dernier, rattachait à deux causes distinctes la mortalité des femmes en couches : c’est, d’une part, l’infection hospitalière plus grande encore dans les maternités que partout ailleurs; c’est, d’autre part, la possibilité de l’extension de la maladie par suite du rapprochement des nouvelles accouchées. A la première cause, il oppose donc le petit nombre des malades, le roulement régulier des salles, le changement complet du matériel, ou tout au moins le lavage de ce matériel, mais un lavage sérieux, où l’on passera tout en revue, depuis les murs de la salle jusqu’à la laine des matelas. Pour combattre la seconde, il séquestre immédiatement, et de la manière la plus absolue, toute femme atteinte d’accidents puerpéraux. — N’est-ce pas ce que nous demandons nous-même ?
M. Tarnier est encore plus sévère dans l’application de ces mêmes principes. « Sur un emplacement convenable, dit cet auteur, que nous citons textuellement ici d, au centre de Paris , si l’on veut, mais au milieu d’un espace suffisamment large et bien aéré, s’élèverait un seul corps de bâtiment, isolé de tous côtés, exposé au levant et au couchant, ayant un rez-dechaussée et un premier étage disposés pour recevoir des malades. — Un sous-sol et un deuxième étage pourraient être utilisés pour les services généraux.
I . Tarnier, Mémoire sur l’hygiène des hôpitaux de f plumes en couches. Paris,
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» Le rez-de-chaussée serait spécialement affecté aux nouvelles accouchées, il serait parcouru clans toute sa longueur par un couloir intérieur qui le séparerait en deux moitiés. Je dirai plus tard l’usage de se couloir.
» Ce rez-de-chaussée présenterait sur ses deux faces, c’est-àdire au levant d’un côté et au couchant de l’autre, des chambres placées les unes à côté des autres et adossées au couloir intérieur. Chaque chambre s’ouvrirait au dehors par une porte et deux fenêtres, et n’aurait aucune communication ni avec les chambres voisines, ni avec le couloir intérieur, ni avec aucune autre partie de l’hôpital; pour pénétrer dans chacune de ces chambres, il faudrait donc absolument faire, par dehors, le tour du bâtiment, et aller de porte en porte comme on va, dans une rue de Paris, de maison en maison.
» Chaque chambre serait ainsi un vrai logis particulier, ayant toutes ses ouvertures sur un jardin commun, mais n’ayant aucune communication avec les autres parties de l’hôpital.
» La largeur des chambres devrait être, je crois, de 5 mètres sur 4 de profondeur et 4 de hauteur. Chacune d’elles devrait, en effet, être assez grande pour recevoir deux lits, l’un pour une nouvelle accouchée, l’autre pour une femme enceinte, et un berceau pour un enfant nouveau-né. J’indique ces mesures sans leur attacher d’importance précise.
» Un bouton de sonnette, disposé auprès de chaque lit, irait aboutir dans le couloir intérieur où se tiendraient les gens de service. Dans ce couloir, un local particulier servirait d’office; une autre pièce y serait réservée pour une surveillante.
» Au premier étage seraient disposées des salles de 4, 6 et 10 lits.
» Je n’ai rien de particulier à dire; leur disposition devrait être celle des autres hôpitaux. Ces salles seraient occupées par des femmes enceintes, des nourrices, et certaines accouchées dont je parlerai bientôt.
» Avec un hôpital disposé comme je viens de l’indiquer, le service devrait être réglé de la façon suivante : autant que possible les femmes enceintes y seraient admises dix jours au moins avant leur accouchement. C’est là une première condition propre à diminuer la mortalité, et qui ne serait pas
difficile à remplir, car chaque jour, dans nos hôpitaux, on refuse, faute de place, de recevoir nombre de femmes enceintes qui viennent s’y présenter. Chaque chambre du rez-de-chaussée recevrait une nouvelle accouchée et une femme enceinte qui deviendrait sa garde-malade, et rendrait à sa compagne mille services qui diminueraient singulièrement la besogne des infirmières.
» Au bout de huit jours, le danger de la fièvre puerpérale étant passé, la nouvelle accouchée et la femme enceinte seraient transportées dans la salle commune du premier étage. La chambre qu’elles quitteraient serait alors purifiée, les murs et le plafond seraient blanchis à la chaux; le sol, que je suppose recouvert d’asphalte, serait lavé, toute la literie serait lessivée, les matelas seraient cardés; portes et fenêtres resteraient ensuite ouvertes pendant une semaine. Après ce laps de temps, la chambre ainsi remise à neuf pourrait être occupée de nouveau.
» Ce roulement remplacerait avec avantage les salles de rechange qui sont déjà adoptées dans quelques hôpitaux où elles donnent le meilleur résultat. Je puis, avec M.Malgaigne l, citer les maternités de Rouen et de Bruxelles. L’expérience a prononcé sur l’utilité des salles de rechange, il faut donc en adopter le principe.
» Le roulement tel que je l’ai indiqué a, comme les salles de rechange, le tort de faire perdre du temps. Peut-être pourrait-on y remédier : que les murs et le plafond des chambres soient partout revêtus de plaques en terre émaillée, et avec une éponge et une pompe à main on fera en quelques heures un lavage si parfait, qu’une chambre quittée par une malade pourrait, sans inconvénients, recevoir le lendemain une autre accouchée. On m’objectera le prix élevé des plaques émaillées, mais on éviterait ainsi le chômage , l’économie serait plus grande que la dépense. Ce serait une question à étudier. — Quoi qu’il en soit, je m’en tiendrai provisoirement à l’évacuation temporaire des chambres et au blanchiment des murs.
I. Malgaigne, Rapport inséré au Bulletin officiel du ministère de l'Intérieur. 4864, n° 7, p. 161 .
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» Avec ce système, chaque chambre servirait à deux accouchées et deux femmes enceintes par mois; un hôpital ayant un rez-de-chaussée de vingt-cinq chambres serait donc suffisant pour six cents accouchements par an.
» Jusqu’ici j’ai supposé que toutes les femmes se rétabliraient sans accident; mais que faire quand une nouvelle accouchée tombera malade? On pourrait sans danger, j’en suis convaincu, la laisser dans la chambre qu’elle occupait tout d’abord, car un isolement complet s’opposerait à la propagation de la maladie aux chambres voisines. Mais l’expérience n’a pas encore prononcé, et, dans l’incertitude, je dois prendre en considération l’idée de transport de la fièvre puerpérale de chambre en chambre, par le médecin, l’accoucheur, la sage-femme ou les autres personnes de service. Jusqu’à plus ample informé, il serait donc prudent d’établir un pavillon isolé où les femmes seraient transportées quand elles seraient atteintes d’une maladie puerpérale contagieuse. Un personnel particulier serait attaché à ce service, c’est par lui que le médecin et les élèves termineraient la visite. »
Ce projet, que modifiait dernièrement M. Tarnier1, en proposant un bâtiment unique, bâti en ligne droite, et séparé en chambres allant d’une façade à l’autre, mais sans aucune communication entre elles, ce qui permettrait après leur évacuation d’établir entre la porte d’entrée et la fenêtre placée en face de salutaires courants d’air, aurait peut-être nos sympathies pleines et entières si nous ne craignions que l’ouverture immédiate des chambres à l’extérieur n’amenât de brusques et fréquents changements de température. Or des travaux récents, et plus particulièrement les communications de M. Trélat 2 à la Société de chirurgie, permettent d’établir d’une manière sinon certaine, au moins très-probable, l’action funeste des changements de température sur la mortalité des nouvelles accouchées.
Nous citerons encore le projet de M. Léon Le Fort 3. Un bâtiment principal, avec deux petites ailes en retour, serait