‹ Des Indemnités: À l'Occasion d'Industries et de CommercesChapitre 35 sur 55 · ELA · texte numérisé non relu

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Sans doute, sur le sol dont on laisse l'usage au petit cultiva teur indépendant, la collectivité aurait un droit éminent. Des lois précises détermineront les conditions auxquelles la société entend subordonner la pratique des petites exploitations ; elles fixeront le quantum du fermage perçu par l'Etat ; dans les bénéfices réalisés par le paysan, on distinguera la part du salaire et la part de la rente (1). C’est à la partie rente seulement qu'on demandera quelques prélévements, certainement inférieurs au montant des fermages, impôts, intérêts, hypothèques qui grèvent actuellement la terre et font des petits héritages ruraux une cariture de propriété (2).

Je n’ai pas à examiner si les socialistes n'enlèvent pas en réalité leur propriété aux petits exploitants pour ne leur laisser qu'une possession et un usufruit plus ou moins précaire, et s'il ne serait pas plus exact de parler d'une caricature de propriété à propos du régime collectiviste qu'à propos du régime capitaliste (3). Du point de vue où l’on se place, étant donnée la manière dont on présente les choses, il est clair que la question des indemnités ne se pose même pas, et qu'il faut la ramener à sa juste proportion : elle n'est intéressante, elle ne prête à examen qu'en ce qui concerne la socialisation de la grande production, de la grande exploitation.

L'expropriation n’atteindra que les grandes entreprises Capitalistes : mais ici, de nouvelles distinctions doivent être faites :

ets.; La question agraire, p. 202 et s.; Renard, Le socialisme à l'œuvre, p. 120, 214.

Pour l'étude historique de l'opinion socialiste vis-à-vis de l’agriculture, voir Klein, Théories agraires du collectivisme, p. 5 et s., et 106 et s , pour l'analyse des divers systèmes ; Merlino, Forme et essence du socialisme, p. 227ets.; Werner-Sombart, Socialisme et mouvement socialiste au XIX°* siècle, p. 146 et s.; Anton. Menger, L’Etat socialiste, traduction Michaud, p. 347 ets. — La confiscation de la rente est aussi le moyen préconisé par H. George.

(1) Renard, Socialisme à l'œuvre, p. 219, comparer d’ailleurs, p. 254, 255.

(2) Renard, loc. cit. p. 228 ; Kautsky, Politique agraire, p. 33 et s.

(3) Bourguin, Revue politique et parlementaire, février 1908, p- ÿ.

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la question de tactique domine celle des indemnités, et nous verrons comment l'adoption de telle ou telle ligne de conduite dans la poursuite de la révolution sociale permet d'échapper encore au problème que nous examinons. Quand bien même la transformation atteindrait toutes les entreprises, petites et grandes, il peut être inutile de se demander si ce sera avec ou sans indemnité : tout dépend de la tactique préconisée.

Il s’agit là d’une préoccupation évidemment sans raison d’être aux yeux de ces disciples — de plusen plus rares — dé Marx qui pensent que le devenir social s’accomplit automatiquement (1). Interprètes d'esprit assez étroit de la doctrine du maître, le matérialisme historique signifie pour eux falalisme d’une évolution que l’homme n'est pas maître de diriger, si même il peut en accélérer l'allure. Par elle-même, l’évolution économique aura raison de tous les obstacles que l'intérêt, la cupidité, l'ignorance peuvent lui opposer. Il est donc chimérique de vouloir faire le socialisme parce qu'il n’y a que le regarder faire. C’est l’histoire qui le fait.

En pratique, c’est le renoncement à toute influence raisonnée et volontaire sur l’organisalion sociale. La question d'indemnité par conséquent n'existe pas, ou plutôt reste une question débaltue par les seuls partis bourgeois : prévoir ce qui se fera, ce qu’il serait juste de faire, questions imprévisibles que les circonstances résoudront d'’elles-mêmes ; nous retrouverons des traces de ces dispositions d'esprit même chez ceux —- et ils sont plus nombreux — que ne contentent pas cette inaction ef cette patience quelque peu mystique.

(1) David, La conquéte de la puissance politique dans Soc. monats hefte, 1904, vol. 1, p. 206. Cpr. Labriola, Mouvement socialiste, décembre 1906, p. 298.

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