‹ Des Indemnités: À l'Occasion d'Industries et de CommercesChapitre 34 sur 55 · DEN · texte numérisé non relu

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La suppression immédiate de la propriété individuelle par rachat serait de droit strict (1), et l'organisation collective de la production le meilleur moyen de mettre un terme à cette imquité. Mais Rodbertus a horreur des changements brusques ; il redoute l'inconnu qui suivrait ce bouleversement économique. Il revient continuellement sur cette idée qu'il faut ménager les transitions et s'acheminer graduellement, posément vers un système social dont les principes seraient totalement différents de ceux que l’observation découvre à la base de notre régime actuel. Les moyens pratiques que Rodbertus préconise sont autrement simples : ils laissent au propriétaire, et la rente, et le sol, et le capital luimême (2). Rodbertus se propose seulement d'enrayer l’accroissement exclusif de la rente au regard du salaire et de faire parti- . ciper tous les ouvriers à l'accroissement de la productivité. Dans ce système, la propriété source de rente est seule supprimée, mais la propriété en général subsiste. On concilie de la sorte la propriété privilégiée avec la répartition juste (3). Personne n'aura à se plaindre — et 1l ne peut être question d’indemnités : « le droit de propriété ne s'étend, en effet, qu’à la substance détenue : il concerne le fond, le revenu naturel, le produit. Le montant de ce revenu n’est pas stipulé en droit. La baisse ou la hausse de ce revenu n'intéresse pas mon droit de propriétaire » ; voilà une marge où inscrire une quote-part croissante pour la maind'œuvre (4).

Il suffit d'enrayer les effets de la libre concurrence relativement au salaire par une tarification des produits en valeur travail (5) ; cette tarification suivra les mouvements de la produc-

(1) Rodbertus, p. 102 et la note, 182, 185 et suiv. Voir Andler, Origines du socialisme d'Etat, p. 132 et suiv. ;

(2) Rodbertus, p. 188, 102 en note.

(3) Rodbertus, p. 155 ; Andler, loc. cit., p.135.

(4) Andler, loc. cit., p. 135.

(5) Rodbertus, p. 109 et suiv.

ton, l'Etat faisant croître le nombre des bons de salaire avec les progrès de la production : ces derniers ne sauraient manquer d'être considérables par suite de la disparition de la rentabilité (1). La rente immobilisée, rendue stationnaire à son taux actuel, finirait par être infime en face des revenus ouvriers. Cette propriété exercerait sur la classe ouvrière une oppression &e moins en moins sensible, et l’expropriation de privilèges devenus peu lucratifs se ferait naturellement, sans secousse, et pour ainsi dire d'elle-même (2).

Il se trouverait sans doute peu de socialistes pour adopter aujourd’hui les idées de Rodbertus dans leur intégrité : sa lémonstration fondée sur la loi du salaire nécessaire, admise comme un axiome, paraîtrait beaucoup trop abstraite et bien con testable ; ses projets sembleraient quelque peu utopiques. Mais la méthode employée est toujours actuelle : Rodbertus fut, en un certain sens, un précurseur (3), et l’on peut comparer l’attitude qu'il recommandait au socialisme d'adopter vis-à-vis de la masse entière des propriétaires avec la tactique préconisée aujourd’hui par les dirigeants du mouvement vis-à-vis des petites exploitations : l'analogie des points de vue paraîtra frappante.

On relève une tendance très nette à laisser au petit artisan, et surtout au petit cultivateur, la propriété de l'outil ou du champ, dans tous les cas du moins où le maintien de la petite propriété, de la petite exploitation n'est pas en opposition avec les conditions techniques de la production, du commerce ou de l’industrie (4).

(1) Chatelain, Préface à Rodbertus. XXXII. Voir le chapitre II de Rodbertus.

(2) Rist, Origine el caractère du socialisme d'Etat, Revue d'économie politique, mai 1907, p. 332 et suiv.

(3) Bien entendu, toujours sous le seul rapport de la question des indemnités et de la manière dont le problème se pose devant les diverses écoles socialistes. On ne veut aucunement prétendre que les auteurs dont on va parler soient autant de disciples de Rodbertus.

(4) Sur la question, voir Kautsky, Politique agraire du parli socialiste, p.202

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