‹ Des Indemnités: À l'Occasion d'Industries et de CommercesChapitre 37 sur 55 · ARS · texte numérisé non relu

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requiert par la division technique du travail. Il y a opposition irréductible entre la vie syndicale, exclusivement économique, et la société bourgeoise, organisation politique des hommes fondée sur leur subordination à l'Etat, institution artificielle, transcendante et supérieure à la société civile. Le prolétariat doit se créer un organe bien à lui, et travailler à ce que cet organe arrive à prévaloir contre tous ceux de la société ambiante (1). I] ne s’agit pas de lutter pour prendre les positions occupées par la bourgeoisie et s’affubler de ses dépouilles : c'est une lutte destinée à vider les institutions bourgeoises de toute vie et faire passer tout ce qu'elles contenaient d’utile dans des institutions spécifiquement ouvrières, créées au fur et à mesure du développement du prolétariat. Quant à présent, il faut rendre la vie impossible aux patrons, faire sentir continuellement la puissance du syndicat, qui est l’organisation permanente de la révolte ouvrière. Les modes d'action seront la grève et l'opposition systématique à l'arbitrage (2). « Le sabotage, procédé des travailleurs qui se sentant entourés de camarades sans ressort, veulent, quoique trop peu nombreux pour résister par [a lutte ouverte, tenir en échec l’exploiteur. Le boycottage, appel à la solidarité, formulé par une minorité qui désire la mise à l'index de l'ennemi qu'elle désigne. (3) » Cette lutte quotidienne entamée et poursuivie sur le seul terrain économique amènera forcément l’affaissement de la société bourgeoise : la marche à l'idéal ne

(1) Labriola, L'erreur tactique du socialisme, Mouvement socialiste,15 juin1905, p. 220 et s.; préface de Sorel au livre de Gatti, Agriculture et socialisme, p. 27, 29 ; Darmoy, Action politique et action syndicale, Mouvement socialiste, 4er avril 4905, p. 445; Sorel, Avenir socialiste des Syndicats, p.12, 18, 21, 30; Lagardelle, Socialiste et programme minimum, Mouvement socialiste, 12 avril 1902, p. 673; Berth, Le Syndicalisme, mai 1907, p. 488.

(2) Pouget, Sur les résolutions du Congrès de Bouryes, Mouvement social, 1904, p. 30.

(3) Ibid., p. 46. Cpr., article de Pouget sur le Congrès d'Amiens, Mouvement socialiste, octobre 1906, p. 390.

saurait être entravée par une misérable question d'argent. L'éventualité d’indemnités à payer n'entre pas dans les problèmes que discute le syndicalisme, et parait devoir être complètement indifférente à cette doctrine : la propriété n'est pas supprimée, elle s'évanouit d'elle-même, étant devenue une institution morte, un corps sans âme. L'avènement du socialisme aura été insensible, la dépossession graduelle et progressive, étendue sur une longue période de temps, depuis le jour où auront été fondées les premières organisations syndicales, jusqu'à l’époque de leur complet épanouissement, jusqu’au moment où l'indensité de leur rayonnement aura rendu impossible le maintien du capitalisme. Et, d’ailleurs, indemniser, ne serait-ce pas recourir à ces moyens transactionnels, à ces procédés pacifiques qui cadrent assez mal avec l'apologie de la violence, de la grève générale et de l’action directe (1). Le syndicalisme révolutionnaire tend d’ailleurs de plus en plus à négliger toute construction théorique et tout plan d'avenir. Il devient uniquement une philosophie de la lutte des classes : le prolétariat est pauvre ; il est malheureux. Qu'il écoute les leçons de l’histoire : la violence seule peut émanciper et améliorer sa condition. Qu'il s'empare donc — comme il pourra, et tous les moyens sont bons — des richesses que détient le capitalisme. Inutile de dire que pour le syndicalisme ainsi compris, la question des indemnités ne se pose pas et ne peut même pas se poser : il ne s’agit pas de spéculer, mais d'agir au jour le jour, au gré des événements et d'arriver le plus vite possible au but.

(1) Je sais combien M. Sorel proteste contre cette interprétation de ses appels à l’action directe et à la grève, qu’il présente comme des mythes, des directrices psychologiques, et non pas comme les éléments d'un programme pratique. Mais les théoriciens du syndicalisme ne manifestent pas tous un pareil désintéressement, et les grèves agricoles de Parme, au printemps 1908,

montrent la mise en œuvre de ces formules. Cpr. un article des Débats, 22 mai 1908.

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