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1er quel proverbe arabe il aurait inscrit sur l’exemplaire d’Hélène. Comme d’autre part ni Hélène à l’état de veille, ni Léopold interrogé pendant ses somnambulismes, ni surtout - — ce qui est d’un plus grand poids — Mme Smith la mère, n’ont le moindre souvenir d’avoir jamais reçu ou vu la brochure du Dr Rapin, il vaut mieux faire abstraction de cette possibilité. Il n’en reste pas moins vraisemblable à mes yeux qu’un exemplaire revêtu de ce proverbe s’est rencontré dans le champ visuel d’Hélène, soit au cours d’une visite chez d’autres personnes, soit dans le cabinet de réception du Dr Rapin lui-même, où il se peut fort bien qu’elle ait été justement à cette époque (les dates étant impossibles à reconstituer exactement après tant d’années écoulées). Cette dernière conjecture me paraîtrait plus particulièrement apte à expliquer que l’inscription arabe ait été remarquée et retenue par la conscience subliminale ou hypnoïde, sans participation de la personnalité ordinaire naturellement préoccupée et absorbée par le fait même d’une consultation médicale.
Il n’est pas jusqu’aux inexactitudes du texte d’Hélène comparé au modèle de la grammaire Machuet, qui ne s’expliquent comme la reproduction de petites erreurs habituelles au Dr Rapin, lequel y voit une curieuse preuve de plus que ce texte est une imitation servile de son écriture, à la grosseur près : « Une faute d’orthographe au premier mot [l’absence de liaison entre l’a et 1’/ de elqalil\ , faute dont j’étais coutumier à mes débuts dans l’étude de l’arabe, me fait supposer que j’ai dû écrire ce proverbe de mémoire. 11 m’arrivait aussi d’écrire le dernier mot en omettant une lettre [IV de ktsir~\ et de réparer mon erreur après coup ; ce que témoigne également la configuration de ce mot dans le texte en question. La seule différence serait dans la grosseur de l’écriture ; celle de M11' Smith est plus prononcée que la mienne. Il se peut cependant que dans le cas particulier j’aie écrit .avec ces dimensions-là. »
J’ai retrouvé dans ma bibliothèque l’exemplaire que le Dr Rapin m’avait envoyé de cette même brochure en 1887; il porte en tête, à l’angle de la couverture et attirant de loin le regard, un proverbe arabe autre que celui de M“° Smith, mais présentant le même caractère d’horizontalité. L'écriture est, il est vrai, d’un tiers plus petite que celle de la fig. 35; mais cette différence de grosseur n’est point une objection; car rien ne prouve qu’un souvenir visuel doive toujours être reproduit graphiquement dans les dimensions de l’original; on a au contraire pu constater, par l’exemple des textes martiens verbo-visuels, qu’il existe en fait chez Hélène une propension marquée à retracer à une échelle notablement supérieure les modèles imaginaires que copie sa main. Tout me pousse donc à admettre, comme l’hypothèse ayant les plus fortes présomptions en
sa faveur, que l’unique texte arabe fourni par Hélène est le souvenir visuel d’une dédicace du Dr Rapin. Mais je me hâte de reconnaître que ce n’est point encore chose absolument démontrée, afin de laisser une petite porte ouverte à ceux qui préfèrent d’instinct quelque autre explication moins vraisemblable, mais occulte, à cette supposition très simple, mais naturelle.
Des autres détails des somnambulismes arabes d’Hélène, je n’ai rien à dire; ils ne dépassent pas les notions qu’elle a pu inconsciemment puiser dans le milieu ambiant ; d’autant plus qu’à ces sources communes, déjà invoquées à propos du rêve hindou (p. 273), il faut ajouter ici ce qu’elle a dû recueillir de la bouche de son père, qui avait séjourné en Algérie. Pour ce qui est enfin des noms propres liés aux scènes arabes, sauf Pirux qui ne me rappelle rien et qui est d’ailleurs suspect (v. p. 261), ils éveillent tous certaines associations d’idées, mais sans qu’il soit possible de rien affirmer de certain sur leur origine.
Le nom du petit singe Mitidja semble emprunté à la plaine bien connue des environs d’Alger. Adèl, nom du fidèle esclave, veut dire équité en arabe et est appliqué en Algérie à une certaine fonction judiciaire. Simadini, enfin, corrigé ensuite en Simandini, me rappelle à la fois une famille de négociants grisons longtemps établis à Genève, MM. Semadeni, qui ont fort bien pu être en relations d’affaires avec le père d’Hélène, et la petite commune de Simand dans le comitat d’Arad en Hongrie. A moins encore que ce mot ne représente soit la forme indianisée de quelque nom arabe terminé en eddin, soit une réminiscence du sanscrit sîmantini, «qui a peut-être bien été ça et là un nom propre, dit M.de Saussure, quoique n’étant d’habitude rien d’autre qu’un mot (poétique) pour femme.» Mais ceci nous amène au langage hindou.