INTRODUCTION
Le but de ce travail est de publier la fin de mes observations sur les phénomènes somnambuliques de MUe Hélène Smith, et d’examiner, chemin faisant, quelques-unes des critiques soulevées par le volume que j’ai consacré, il y deux ans, à ce remarquable médium L
En disant a la lin de mes observations », cela ne signifie point que les phénomènes de Mlle Smith aient cessé. Le flot merveilleux de sa médiumité, loin d’avoir tari ou seulement diminué, continue au contraire, toujours plus abondant, aux dernières nouvelles que j’en ai. Mais, comme mes relations avec elle se sont peu à peu dénouées, après avoir survécu cahin-caha de quelques mois à la publication de Des Indes , ce n’est plus à moi qu’il incombera désormais de relater des exploits médianimiques que je ne connais plus que par ouï-dire, d’une façon beaucoup trop sommaire et incertaine pour en pouvoir disserter. Ma tache se borne donc à mettre au jour les documents eneore à ma disposition, afin de permettre à mes continuateurs éventuels de rattacher, avec le moins de lacunes possible, aux faits déjà publiés dans Des Indes , leurs propres observations sur l’évolution ultérieure des facultés psychiques d Hélène.
11 serait sans utilité de narrer par le menu les incidents, peu intéressants en soi, dont l’accumulation a fini par mettre un terme à mes relations personnelles avec ce médium, et je m’en tiendrai au strict nécessaire. Car ces incidents multiples n’ont été en réalité que des phénomènes de surface pour ainsi dire, des symptômes variés, déterminés tous en dernière analyse par une cause unique et constante, beaucoup plus profonde, qui seule mérite d’être signalée dès l’ abord. Il s’agit — comme les lecteurs perspicaces de Des Indes l’auront pressenti — de l’incompatibilité foncière et irrémédiable qui existe entre le point de vue objectif, sceptique et dégagé, de l’investigateur scientifique, et le point de vue interne, émotif et personnellement intéressé, du médium convaincu de la nature supranormale de ses phénomènes. Grâce à l’ouverture d’esprit et à la haute intelligence de Mn° Smith, un peu aussi peut-être à quelque brin de diplomatie de la part de son observateur, le volume de Des Indes avait pu arriver à bon port ; mais il n’était guère possible, ni même désirable, qu’une collaboration aussi hétéroclite se prolon-
1 Des Indes d la Planète Mars, étude sur un cas de somnambulisme avec glossolalie. Un vol. in-8 avec 44 figures. Paris et Genève, 1900.
SO.M.NAM IULISME AVEC GLOSSOLALIE
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geàt beaucoup ; trop de fissures latentes, un désaccord trop fondamental à la base, en menaçaient le fragile assemblage, et les circonstances extérieures se chargèrent bientôt d’y porter le dernier coup. Ce dénoument, il n’est que juste de le rappeler ici, avait été prédit à l’auteur par un des premiers critiques de Des Indes :
« Ajoutons qu'a près la publication de son livre, — disait M. M. D. dans le Journal de Genève du 1 5 janvier 1900, — ce sera probablement la dernière fois qu’il [M. Flournov] aura entendu parler le sanscrit et la langue martienne, car quelque bonhomie qu’il y mette et quelque bonne foi qu’il y apporte, la bonne foi d’un savant qui cherche à comprendre ce qu’il entend et ce qu’il voit, il est infiniment peu probable qu’il soit appelé de nouveau à exercer dans le même milieu et les mêmes conditions ses talents d’expérimentateur psychologique. »
Cette prophétie,- à laquelle l’événement devait donner raison, ne s’est toutefois pas réalisée à la lettre immédiatement ; quelque peu de martien, comme on le verra, et des soupçons de sanscrit ont encore frappé mes oreilles, par suite des fluctuations passagères que les dispositions d’esprit de Mlle Smith présentèrent avant de trouver leur équilibre définitif à l’endroit de son trop sceptique observateur. La description à grands traits de ces fluctuations, ou, si l’on préfère, l’histoire psychologique générale d’Hélène pendant ces deux dernières années, dans la mesure du moins où elle me paraît offrir quelque intérêt, fera l’objet naturel du premier chapitre de cette étude. Dans les chapitres suivants, je reprendrai successivement, en conservant les grandes lignes de Des Indes , les principaux aspects de la médiumité de M1|D Smith pour y ajouter les nouvelles observations ou les remarques qui s v rapportent.
Le présent travail n étant qu’une sorte de post-scriptum, le lecteur ne doit pas s attendre a y rencontrer des digressions philosophiques ou des considérations générales comme il a pu s’en glisser dans Des Indes , alors que le sujet avait encore pour l’auteur tout le charme de la nouveauté. Au reste, en relisant récemment ce volume je n’y ai pas trouvé — abstraction faite des défauts de forme et des insuffisances de l’expression — un mot à changer quant au fond. Les pages suivantes auront donc toute la sécheresse d’un recueil de faits complémentaires sans portée théorique nouvelle. En outre, les nécessités polémiques ont probablement imprimé à quelques passages un ton personnel et désagréable dont l’auteur, n’ayant su y remédier, lient du moins a s’excuser. Ce m’est un devoir aussi de témoigner
ma gratitude a tous ceux — leur nombre est si grand que je n’ose entreprendre de les nommer — qui ont bien voulu, tant dans la
Th. Flournoy
resse que par correspondance particulière, m’honorer, ii l'occasion e Des Indes , de leurs appréciations soit critiques (ce sont les plus tiles), soit louangeuses (celles-ci, môme exagérées, sont toujours ouces au cœur de l’homme); des unes et des autres je les remercie gaiement. Enfin, cette sorte de préface ne serait pas complète à les yeux si je ne réitérais l’expression de ma reconnaissance à mes nciens collaborateurs, très particulièrement à mon excellent collègue I. le prof. Lemaître dont les avis éclairés m’ont été cette fois encore, t à maintes reprises, du plus précieux secours.