Principes d'investigation du supranormal
Sur ce premier point, je n’ai pas rencontré d’opposition avouée, vu la banalité de mes remarques. Ni le matérialisme pseudo-scientifique n oserait attaquer ce que j'ai appelé le principe de Hamlet : tout est possible, tant il est évident que nous sommes encore trop ignorants pour prescrire a priori des bornes quelconques à la nature ; ni les partisans de l’ésotérisme occulto-spirite ne contesteraient ouvertement le principe de Laplace, que le poids des preuves doit être proportionné à V étrangeté des faits, bien que ce principe soit la condamnation même de leurs façons favorites de raisonner et qu’ils le transgressent à journée faite. De même les deux corollaires que j’ai indiqués comme découlant du principe de Laplace — obligation pour chaque auteur de confesser ses inclinations subjectives, et nécessité de s’abstenir de tout jugement arrêté et définitif, dans ces matières obscures et controversées — n’ont soulevé aucune discussion ; mais de ce que tout le monde sans doute en reconnaît théoriquement la justesse, il ne s’ensuit pas qu’on les mette en pratique. Rien de plus éloigné du probabilisme prudent et réservé qui serait la seule attitude convenable d’un sage vis-à-vis du supranormal, que les dogmatismes tranchants et irréductibles, tant positifs que négatifs, dont ce domaine nous offre encore continuellement le triste et parfois ridicule spectacle. Et quant à livrer sincèrement ses pensers de derrière la tête et ses secrètes tendances instinctives, ce qui permettrait au public d apprécier l’influence possible de ces facteurs personnels sur la façon dont un auteur discute et interprète les faits prétendus supranormaux, il en est peu qui aient la bonhomie de le tenter. Quoi qu’il en soit, je n’ai pas à revenir sur ces considérations générales puisqu’elles n’ont suscité aucune objection, et qu’entrer plus avant dans ce qu’on pourrait appeler la « logique du supranormal » serait hors de saison à propos d’un cas particulier comme celui de Mlle Smith.