‹ Des indications que présentent les luxations de l'astragaleChapitre 4 sur 9 · CHAPITRE 1er · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1er

Avant d’aborder l’étude des indications que présentent les luxations de l’astragale, il n’est, je crois, pas inutile de signaler rapidement les différentes espèces de déplacement dont il est susceptible.

J’exclurai les luxations de l'astragale sur le tibia et le péroné, les autres articulations de cet os restant intactes; ces déplacements sus-astrag’aliens sont étudiés sous le nom de luxations du pied , et leur histoire est aujourd’hui trop nettement séparée de celle des lésions qui m’occupent, pour que je croie devoir les réunir ici.

Les luxations proprement dites de l'astragale peuvent se ranger sous les chefs suivants :

1° Luxations sous-astragaliennes de M. Broca, dans lesquelles le déplacement a porté sur les articulations astragalo-calcanéennes et astrag’alo-scaphoïdiennes, l’astrag*ale conservant ses rapports normaux avec la mortaise péronéo-tibiale.

Le déplacement peut se faire vers h un des quatre points cardinaux de l’articulation ou dans une direction intermédiaire.

Dans les espèces suivantes, le traumatisme a retenti sur toutes les articulations de l'astragale , aussi bien sur son articulation avec les os de la jambe que sur celles qu’il affecte avec les os du tarse.

C’est la luxation double de Boyer et de Malgaigne, que l’on devrait plutôt appeler triple, et qui est généralement désignée dans la nomenclature chirurgicale sous la dénomination quelque peu vicieuse de luxation complète.

Le g'enre luxation complète comprend les espèces suivantes :

1° Celle où l’astragale s’est déplacé sans subir aucune espèce de rotation ; elle se fait en avant, en arrière, en dehors, en dedans ou dans une direction mixte ;

2° La luxation par rotation sur place de Malg’aigne, qui est le résultat d’un mouvement de rotation de l’astrag-ale autour de son axe vertical ; *

3° La luxation dans laquelle l’astragale , tout en restant compris dans l’excavation interceptée par le tibia, le péroné et le calcanéum, a éprouvé un mouvement de rotation autour de son axe antéro-postérieur, luxation par renversement.

4° Enfin, une dernière espèce que j’appellerai par double rotation et qui est le résultat de la combinaison des deux précédentes, l’astrag'ale ayant obéi à la fois à un mouvement de rotation autour de son axe vertical et à un mouvement de rotation autour de son axe antéro-postérieur. (Voir les observations de Gay, de Clark et de Fouclier (1).

Telles sont les espèces nettement tranchées des luxations complètes. Mais la lecture des observations montre que ces divers déplacements se combinent quelquefois entre eux, les déplacements en masse, par exemple, avec la rotation. Si on voulait créer des (fiasses spéciales pour ces faits-là, il faudrait admettre presque autant de variétés que de cas.

Il me reste encore à signaler un autre genre de déplacement, dont il n’existe, je crois, encore qu’un exemple. Dans son travail sur les luxations sous-astragaliennes, inséré dans les Mémoires de la Société de chirurgie (2), Broca avait nié l’existence des luxations de l’astragale sur le scaphoïde et battu en brèche les observations publiées sous cette qualification.

Dans la séance du 16 mai 1860 (3), M. Chassaignac est venu présenter à la Société de chirurgie une observation non douteuse de luxation de l’articulation astragalo-scaphoïclienne.

Ce fait unique me paraît être trop intéressant pour ne pas être rapporté tout au long\

«Un homme atteint de délire furieux se porte à la poitrine trois coups de couteau et se précipite d’un cinquième étage sur îe sol ; les deux pieds, dans la portion tarsienne, supportent toute la vio-

(1) Gazette des hôpitaux, 1862, p. 170. — Frédérik Legros Clark, Medical Times, t. II, p. 83; 1863. — Foucher, Observation inédite rapportée plus loin.

(2) Broca, Mémoire sur les luxations de l’astragale, dans les Mémoires de la Société de chirurgie, t. III, p. Ô66.

(3) Gazette des hôpitaux, 1860, p. 247.

1864. — Dubrueil. 2

lence du choc, car on n’a trouvé de fracture dans aucune autre partie du corps.

« Le pied gauche présente une luxation de l’astragale, avec fracture multiple de l’os, dont la tête est chassée en dedans et se renverse face pour face.

« Le pied droit présente une véritable luxation sous-scaphoïdienne de l’astragale, et offre les dispositions suivantes : L’aspect général du pied présente une sorte d’enfoncement de la jambe , dans la première rangée du tarse , comme si l’astragale broyé se fût affaissé sous le poids des os de la jambe.

« Lepied estsensiblementraccourci dans le sens antéro-postérieur et présente à sa face dorsale, à la distance d’un centimètre à peine de l’extrémité inférieure du tibia, une saillie abrupte que l’on reconnaît tout d’abord appartenir au scaphoïde. Avant toute dissection, on reconnaît aussi que la tubérosité interne du calcanéum a été brisée, mais le reste de l’os est intact.

«Après dissection, on observe un déplacement en masse du scaphoïde qui, suivi des deux premiers cunéiformes et des deux premiers métatarsiens, a passé au-dessus de la tête de l’astragale, et repose, par le bord inférieur de sa face articulaire, sur le collet de l’astragale.

« La tête de l’astragale a donc déchiré complètement le ligament calcanéo-scaphoïdien, s’est enclavée à la place de ce ligament, entre le calcanéum et le scaphoïde, prenant une situation tout à fait fixe, et dont les plus grands efforts ne peuvent la dég’ager.

Toute la moitié interne du pied a donc subi une espèce de déplacement vers la jambe en passant par-dessus la tête de l’astragale, et cependant le pied n’est incliné ni à droite, ni à gauche, et se maintient dans sa rectitude et son angle habituels.

«Or, voici par suite de quelles dispositions curieuses la moitié externe du pied, composée du troisième cunéiforme, du cuboïde et des trois derniers métartarsiens, a permis au refoulement général du pied de s’etfectuer sans déviation.

« D’abord, le troisième cunéiforme, complètement luxé et déprimé de toute sa hauteur vers la face plantaire, a permis au troisième métatarsien de passer au-dessus de lui.

«Ensuite, le cuboïde, maintenu dans ses rapports normaux avec le calcanéum , présente , tout près de sa face articulaire métatarsienne, une fracture par suite de laquelle les deux derniers métatarsiens , emportant avec eux leur surface d’articulation cuboïdienne, ont suivi le refoulement général du pied en se portant un peu au-dessus du cuboïde.

« Le tendon du long péronier latéral s’est maintenu, malgré tout ce désordre, dans sa position naturelle , seulement, à son extrémité insertionnelle, il se relève brusquement pour suivre la tête du premier métatarsien , relevée elle-même par suite de connexions avec le premier cunéiforme et le scaphoïde.

« L’astragale, ayant subi un mouvement de révolution verticale, oppose en avant la partie supérieure de sa poulie articulaire de telle sorte que, sans aucun déplacement de latéralité, il y a subluxation de l’os dans son articulation jambière.

«Le tendon du jambier antérieur est fortement soulevé en avant.

« Les tendons du long fléchisseur des orteils passent sous la tête de L astragale, laquelle maintient béant un large hiatus à la face interne du pied. »

Le fait que je viens de rapporter in extenso n’entache pas la vérité de la proposition soutenue par M. Broca, qui niait que les observations ayant cours dans la science, sous le nom de luxations de T astragale sur la scaphoïde fussent réellement ce que ce titre indiquait. Il n’avait nullement engagé l’avenir. Ce qui n’avait pas encore été observé est enfin arrivé ; voilà tout.

Il faut donc créer un nouveau genre, admettre une luxation de l’astragale sur le scaphoïde, luxation en bas de la tête de l’astragale ; c’est ce que j’appellerai la luxation pré-astragalienne inférieure.

Nous avons donc des luxations sous-astragaliennes , des luxations pré-astrag'aliennes et des luxations complètes.

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