‹ Des indications que présentent les luxations de l'astragaleChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La solidité des liens fibreux qui unissent le calcanéum et l’astrag’ale, la disposition de la mortaise péronéo-tibiale et de l’excavation calcanéo-scaphoïdienne, si bien faites pour maintenir l’astragale en position, nous indiquent assez que, pour que cet os abandonne sa situation normale, il faut des violences considérables. Aussi n’est-il pas étonnant que ces déplacements s'accompagnent de désordres variés intéressant soit les os, soit les parties molles.

Déchirures de la peau, ruptures des tendons, des artères tibiales, du nerf tibial postérieur (1), fractures de l’astragale, des malléoles, des os de la jambe, des os du tarse, telles sont les complications primitives des luxations de l’astragale. Gomme accidents venant ultérieurement compliquer ces déplacements, surtout lorsqu’ils ne sont pas réduits, je signalerai spécialement les eschares, la suppuration et la nécrose. Très-rarement superficielles, les eschares, presque toujours dues à la pression exercée sur la peau par l’astragale sous-jacent, mettent le plus souvent cet os à nu et font, par conséquent, rentrer ces déplacements dans la classe des luxations compliquées de plaie.

La suppuration se développe, soit d’emblée, soit consécutivement au travail de mortification. Quant à la nécrose, sur laquelle je reviendrai un peu plus loin, je dirai seulement ici qu’elle est beaucoup moins fréquente qu’on ne serait tenter de le croire à priori.

Ces prémisses posées, il est, je crois, temps d'aborder la question

(1) Morrisson , Annales de la chirurgie française , t. IX, p. 361; 1843. *

suivante : Quelle est l'a conduite que le chirurgien doit tenir vis-àvis d’une luxation de l’astrag’ale? Il est évident qu’avant de chercher à résoudre cette question, il est nécessaire de classer les faits, les mêmes moyens ne pouvant être mis en usag*e dans les cas éminemment différents. La division qui se présente d’abord à l’esprit comme la plus logique est celle qui repose sur le genre de la luxation sous-astrag*alienne complète ( je passe sous silence la luxation pré-astragalienne, qui n’est encore qu’une rareté scientifique). Mais la lecture des observations me conduit à une conclusion toute différente, et me montre l’absence ou l’existence d’une plaie comme le fait clinique devant servir à classer les luxations de l’astrag*ale au point de vue de leur thérapeutique.

Les autres complications me paraissent des éléments de classification moins importants. Il en est d’abord, et, entre autres, les fractures de l’ astragale, qu’on ne peut, le plus souvent, pas reconnaître au début, surtout lorsqu’il n’y a pas de plaie. Si la peau est intacte, comment savoir quel est l’état des ligaments, des tendons, etc.? Cette difficulté de diagnostic me semble une raison suffisante pour ne pas ranger ces lésions au nombre de celles qui doivent servir à classer les luxations.

Lorsque le traumatisme a produit, sur des régions autres que celle du cou-de-pied, des désordres assez graves pour nécessiter à eux seuls une opération majeure, serait-il rationnel d’inscrire ces faits au nombre de ceux de luxation de l’astragale?

Le déplacement de cet os et les lésions qu’il peut avoir occasionnées ne sont plus alors qu’un élément de la maladie, et ne doivent pas servir à la dénommer.

J ’adopterai donc la division sus-mentionnée, luxations sans plaie, luxations avec plaie.

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