DANS LA FERMENTATION PUTRIDE
« AU moment où la putréfaction commence, dit M. Dumas {Chimiêy « tome YI,|1863), des myriades d'animalcules microscopiques se rencontrent.
a A ces «nimalcules en succèdent d'autres qui périssent et se dé* « composent à leur tour, de telle façon que la décomposition finale « est le résultat d^un grand nombre de réactions successives. »
Tel est, en effet, le tableau qui s'offre aux yeuK du micrographe et que nous allons vous présenter» en suivant les gradations indiquées par M. Dumas.
Dans le but de reconnaître les successions des animalcules dans a fermentation putride, j'ai établi, le 22 novembre 1872, de concert avec le docteur Eugène Regnault, notre collègue et mon ami, les études suivantes.
Dans dix -sept tubes de la même taille, d'une contenance de 120 grammes, nous avons recueilli :
1» Du sang de mouton /
2o Du sang de veau j pris à la veine, à l'abattoir
30 Du sang de vache j de Grenelle.
i^ Du sang de bœuf \
5* Du sang de porc recueilli à la veine, à l'abattoir de la rue des Fourneaux;
Danet. 4
6* Da sang d*im dieTal sain, que notre savant collée de la sec* tion Tétéiinaire, M. Yatel, a bien Toola saigner à la jagnlaire pour les besoios de noife étude.
!• Da sang d>in vieux dieval sonmiâ depniâ quelques semaines à un grand nombre d'expériences, par MM. Boolay et Yatel, et ches lequel nous avons nous-méoie injecté dans les veines, un sang trésricbe eu vibrions et renfermant, en outre, une certaine dose de curare;
i* Dq «Dg fie lièvre ni w dMM den Jotn avuit, te iO no» vembre;
^ Du (U^ iNiu fort lipîn doowttiqtte sacriflK pour la circon- MMe;
iO» 10 Du sang d^u gros poulet saigné par le bec;
il* Du w«d*m haime de 4S ina» t r èa b i » pwfant ;
i^ Du sang recueilli dans une des podies intactes d'un kyste multiloculaire de Tovaire, cbet une femme opérée, le matin, par notre savant ami, M. le docteur Pèan ;
I4« De inoniM d« fcMM «IteîBl» d M caDoer «lériu s 1> De ruriue d^oin homme sain;
16* De l'urine de dnbélifue, contenant U giuimes de glyoose par litre ;
l> De Furine saine dans laqueUe w ééla|u «a œuf Unis.
Les BicoQS étiquetés, dans férdre CHdk^os, terat placés dans une vitrine dî^e et renfermée dans un cabioei diauffé nuit et jour*
tu édiantillou de chaque liquide ftit exainiaé jauriMlkmsnt, et les notes bactnt cousiguées av«c $diu sur un rmstre spkàaL
Cette étude a été poursuivie jour par jour pendant plus d^un mois ; puis tous les cinq jours, et plus tard, à intervalles plus éloignés, jusqu'au !•* juillet 1873, c*est-à-dire pendant sept mois : à cette dernière date, malgré des chaleurs excessives, ou ue remarquait plus de modification appréciable.
Les imicédinées avaient remplacé les rotifères et autres inftisofres^ qui eux-mêmes avaient depuis longtemps pris la place des vibrions, le résumerai sommairement cette étude.
Dans les tubes 1, % 3, 4, 5, 6, 9, 10, il, 12, 15 et 17, c'est-k-dire renfermant des liquides recueillis sur des animaux en boane sauté, on ne constate absolument rien, le soir du premier jour, 22 novembre 1872.
Le lendemain, dans les numéros 1, 2, 3, 4» 7, 14 et 16» c'est-àdire chez les liquides des animaux de boucherie fatigués par la marche et le manque de nourriture, ou dans les liquides provenant de malades, on voit déjà un grand nombre de monas crêpusculum.
Le no 8, sang de lièvre, contient des bactéries depuis le premier jour.
Le 24 novembre, dans les mêmes tubes, apparaît le bœterium lermo.
A peine si le môme, jour, on constate dans les no» 6, 9, 10, 11, 12, 15 et 17, les mouvements de monades (liquides sains).
Hais Icsn** 9, 14 et 16 provenant d'individus malades, sont garnis
de nombreux polypiers de petites bactéries, dont on voit certains
sujets se détacher et se livrer à leur mouvement de va et-vient ou de balancement.
Le 27 novembre^ des bactéries se rencontrent dans tous les tubes, àrexception des n^» 6 et 11, renfermant du sang d'homme et de cheval bien portants, qui en laisse voir à peine quelques-unes.
42 LE CHOLÉRik.
Au coDtraire, le n* 7 renfermant le sang du cheyal malade, et le n» 9 celui du lièvre, contiennent déjà des vibrions; le sang du cheval malade fourmille de vibrio ipirillum de très-grande dimension.
Le 28, le tibrio Uneola surgit dans presque tous les liquides, et dès le 1«' décembre, les variétés du vibrio baeiUui se succèdent dans les sangs plus avancés, alors que les n^ 9 et 17 ne renferment encore que la bactérie.
Le n* 5, renfermant du sang de porc, fait seul exception ; il renferme des amas très-fournis de bactiridiet^ à côté desquelles se rencontrent quelques bactéries et le vibrio iubiUii qui se reconnaît par sa marche en droite ligne, tout d'une pièce, et la rapidité de mouvement qui lui a valu son épithète.
Dans la plupart des autres liquides, on retrouve le vibrio rugnla, (c'est le plus fréquent et le plus abondant), le spiriUum tortueux vibrio nodula et le spirillum tournant qui, à lui seul, provoque par ses mouvements rapides et saccadés un trouble général dans la fourmiilière que Tobservateur a sous les yeux.
Ce spectacle a duré à peu près un mois et demi.
À la fin de janvier 1873, les liquides se sont déjà épaissis, les infusoires à carapace et le vdvox globator^ apparaissent ainsi que le grand serpent du vinaigre qui, dans Turine du diabétique (tube no 16), attire Tattention par ses longs méandres.
L'étude scientifique a cessé; la (curiosité seule est satisfaite, les variétés d'infusoires sont innombrables.
Peu à peu les masses putréfiées se dessèchent, les pénicilium, les aspergillus et autres Muc^din^e^ végètent avec force dès les mois d'avril et de mai.
La flore microscopique a pris la place de la faune et les matières organiques animales ne sont plus qu'un simple terreau.
C'est pendant le cours de ces observations que j'ai eu la pensée de rendre immobiles, .afin de pouvoir les dessiner, tous ces infiniment petits.
Cette immobilité a été obtenue en introduisant entre le couvreobjet et la plaque porte-objet une faible solution d'hydrate de chloral.
Le sommeil est immédiat, principalement chez les grands microzoaires, il dure de quinze à vingt minutes, et ces animalcules n'en sortent que peu à peu, en hésitant pour ainsi dire, jusqu'à ce qu'ils aient repris leur mouvement normal.
Si nous analysons ces observations, nous constatons un ordre parfaitement régulier dans la succession des faits :
Premièrement, c'est la période des phénomènes cataly tiques, se caractérisant pour l'observateur par la formation du caillot ou séparation des liquides d'avec les matières solides*
Les globules rouges perdent les uns après les autres leur forme en disque : le liquide interne s'échappe et l'enveloppe semble se dessécher et s^accoler au squelette ou cage, ce qui donne au globule mort l'aspect caractéristique d'une roue dont le cercle serait découpé en festons.
Ces phénomènes sont plus ou moins prompts à se produire, selon que les matières proviennent ou non d'un être sain.
Arrivent après, les monades et les bactéries, puis apparaissent les vibrions, dont la présence, d'après M. Pasteur, annonce le terme prochain de la putréfaction.
Aux yibrions, en effet, succèdent les grands infusoires visibles à Tœil et enfin les végétaux qui recommencent Ie;cycle vital.
44 LE CBOLÉBA.
Quel est, suiTant Tordre successif d'apparitions que nons ont présentées nos obsenrations, le rMe jooé par cbaenn de ees proto-organismes?
Les monoi-^epuscfÊlum et baeterium terme (Pastenr) bëcterivm punctum, baelêrium egtmula (Onjardin) (points sphériqnes, soit isolés, soit accolés deux à denx; doués de mouYements peu actifi et appartenant à la tribu des bactérium et non à celle des Tibrions), soQt des animalcnlesqni, trouvant les matières organiques modifiées par les phénomènes de catalyse, y commencent les phéDomènes de dédoublement ou de fermentation en s'emparant de leur oxygène.
Cette première phase étant achevée, Toxygène ayant disparu, ou voit se développer les vibrions, ferments qui terminent Tacte fermentatif de la putréfaction en s'emparant de Tacide carbonique.