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anomalie ne devient-elle pas la cause des rechutes ultérieures? Et alors, pour eux, comme pour nous, la désignation de « kératite astigmatique » devient synonyme de « kératite à répétition ».
Laissons les kératites scrofuleuses, pour tirer quelques conclusions des chiffres que nous avons fait connaître. Les conclusions qui s'imposent sont les suivantes :
1° Les cas sans astig-matisme sont rares;
2° Les degrés d'astig-matisme qui se groupent autour de chaque maladie sont de beaucoup supérieurs à ceux notés sur un même nombre de sujets n'ayant jamais présenté d'affections oculaires;
3° Le spasme joue un rôle variable selon les affections. Il offre, en effet, les proportions suivantes par rapport k rastig'matisme cornéen :
Pour le chalazion 26,0 p. 100
Pour la conjonctivite irritative 24,4 —
Pour la conjonctivite phl^'cténulaire. ... 18,1 —
Pour le larmoiement 18,0 —
Pour la blennorrhée 17,7 —
Pour la blépharite 10,8 —
Pour la kératite phlycténuiaire 4,0 —
Dans les cas de conjonctivite chronique et de kératites scrofuleuses, nous n'avons pas observé de spasme.
Il peut se faire qu'un certain nombre de malades ayant servi à établir nos statistiques, bien qu'atteints d'astigmatisme, ne doivent pas à cette cause leur affection. Mais ces cas sont exceptionnels; les chiffres que nons venons de rapporter révèlent bien l'influence pathogénique de l'astigmatisme. L'hypermétropie, qui, à un moment donné, a été proclamée la cause la plus puissante de plusieurs de ces affections, n'a été rencontrée par nous que dans la proportion de 28 %; dans la kératite scrofuleuse, nous l'avons trouvée dans près de la moitié des cas. Il est rationnel de penser que dans ces circonstances, l'hypermétropie associe ses effets à ceux de l'astigmatisme.
La présente étude n'a pu porter que sur des sujets
âg-és au moins de six ans. Au-dessous de cet âg-e, il est impossible de faire usage de l'ophtalmomètre, et il est aussi impossible d'être renseigné sur la présence d'un spasme. On peut néanmoins se convaincre, si l'on a l'occasion de revoir les sujets quelques années plus tard, que certains cas de kératites tenaces du premier âge sont sous la dépendance de l'astigmatisme. Si lors de cet examen on ne trouve rien, on peut supposer assez vraisemblablement q'ue ces kératites étaient de nature spasmodique. Sous l'influence de l'évolution dentaire qui, comme on le sait, produit des phénomènes sympathiques de toutes sortes, un spasme réflexe se manifesterait du côté du muscle ciliaire et serait la cause des phénomènes inflammatoires que l'on est assez souvent appelé à soigner à cette époque de la vie. Le traitement, du reste, confirme cette opinion; ces ophtalmies cèdent à une médication antispasmodique (l'incision de la muqueuse gengivale, l'emploi des bromures, les instillations répétées d'atropine).
Dans l'étiologie des maladies astigmatiques, nous ne voulons pas remplacer l'influence attribuée jusqu'à ce jour h l'état général par l'action toute locale des contractions partielles du muscle ciliaire. L'une et l'autre interviennent : la première comme cause prédisposante, l'astigmatisme comme cause déterminante. L'état général, variable selon les individus, explique pourquoi l'effort ciliaire compensateur se révèle par des phénomènes d'ordre divers. Chez le scrofuleux, il engendre surtout la kératite grave; chez le lymphatique, la kératite phlycténulaire; chez l'herpétique, la blépharite; chez l'arthritique, la migraine; chez l'anémique, le blépharospasme, etc.
Ainsi que nous l'avons dit, les résultats thérapeutiques obtenus k l'aide des médicaments qui paralysent le muscle ciliaire, sont merveilleux. Dans toutes les maladies astigmatiques capables de rétrocéder, il convient donc d'utiliser l'atropine si la gravité de l'inflammation l'exige. Chacun appréciera si, dans un cas donné de
blépharita ou de conjonctivite, il devra recourir k cet ag-ent. En présence de quelques cas intenses, nous n'avons pas hésité à l'employer. Mais où l'hésitation ne doit pas exister, c'est lorsque le mal sièg-e sur la cornée. Si la kératite a un caractère g-rave, tenace, l'atropine devra être instillée dans les deux sacs conjonctivaux, alors môme qu'un seul œil serait atteint, dans le but de détruire les mouvements qui résultent de l'action des muscles ciliaires. L'inflammation étant souvent binoculaire, bien souvent le médecin a mis en pratique d'une façon avantag-euse, et sans la raisonner, cette lig-ne de conduite. Si la dilatation mydriatique est difficile à obtenir, si l'inflammation ne semble pas être influencée par ces instillations, il ne faut pas désespérer de l'action de cet agent thérapeutique. Confiant dans la théorie pathogénique, il faut faire un pas en avant: il faut pratiquer quotidiennement, une ou deux fois par ving't-quatre heures, des injections hypodermiques de ce médicament. Toutes celles que nous avons pratiquées ont donné des résultats favorables, et nous avons pu, grâce à elles, obtenir des guérisons vainement cherchées par d'autres moyens. Inutile de dire qu'il ne faut pas cesser l'atropine avant d'avoir triomphé d'un spasme observé, et que l'usage de cet alcaloïde n'exclue nullement la médication symptomatique ni le traitement ' général. )
Les verres cylindriques devront être ordonnés toutes j les fois que la tendance aux rechutes sera manifeste.. J Comme l'astigmatisme n'agit que par les contractions ' partielles qu'il provoque, il faut de toute nécessité i arriver à les supprimer. Pour cela, il faudra faire | porter d'une manière constante les verres parfaitement ^ correcteurs de l'anomalie, en ayant soin néanmoins de faire précéder cette prescription d'une ou plusieurs autres dans lesquelles des cylindres moins forts seraient ordonnés.
En terminant, résumons notre pensée sur le rôle pathogénique de l'astigmatisme. L'astigmatisme doit
être considéré comme une infériorité de Torgane visuel. Un œil asymétrique constitue un locus minoris resistentiœ et le spasme ciliaire un motif de localisation d'aflections diverses dont la liste n'est pas probablement close. Un sujet qui aura parcouru une longue existence, sans avoir été atteint par l'une d'elles, ne sera qu'exceptionnellement porteur d'un degré notable d'astigmatisme.
La théorie ciliaire astigmatique, basée sur une longue observation de faits cliniques, donne une explication toute physiologique k diverses maladies et assure au praticien des guérisons rapides, des succès inespérés, et lui permet d'instituer une prophylaxie rationnelle et efficace.
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