‹ Des influences françaises au Canada. PréfChapitre 11 sur 48 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

par des œuvres qui soient canadiennes, notre personnalité littéraire. JLT. Jean Charhonneau s'en explique à plusieurs reprises en des termes très nets, dont la rude franchise est loin de nous déplaire. Retenons ces lignes: 'A Vavenir, l'influence française ne sera ni un procédé, ni un artifice de composition: mais ,un moyen pour arriver, par échelons, à une origfnaUté conforme aux aspirations de notre race, à l'indépendance de notre tempérament et de nos idées ^\ Ainsi le chemin s'achève par un retour à la terre. Tous les régionalises français, romanciers et poètes, depuis Georges ^^and jusqu'à Maurice Barrés, depuis Brizeu.r jusqu'à Charles de Pomairols, ont été d'abord, comme il était naturel, saturés d'influences françaises, pour ensuite, déjà maîtres d'eux-mêmes, tourner toutes leurs prédilections vers la petite patrie, qui leur a donné la gloire après la vie. C'est la même évolution que l'on pourrait suivre chez M. Charles G m, tour à tour romantique, parnassien et provincialiste, et qui veut

Faire sur le granit sonner le vers d'airain,

chez Louis Joseph Doucet, chez René Chopin, chez Vauteur du Canada chanté, Albert Ferland, qui décrit avec une sainte émotion

la i^aix des vastes solitudes Où les bois, nos aïeux, se sont enracinés. Le pin vêtu de nuit, conquérant des falaises,

XYIII PRÉFACE

et quij iVun vers, dessine Vuiunensité :

C'est toujours devant toi le sol de ton pays.

Ce régionalisme, pourtant, auquel nous tendons tous et qui marquera enfin le point d'arrivée de nos efforts, prenons garde qu'il ne soit une pure faitaisie, un vieux menhU, des mots de terroir, une recette culinaire, pour reprendre les expressions de Maurice Barrés. C'est Famé qu'il doit atteindre et manifester dans toute sa simplicité; c'est, pour finir par là où nous avons commencé, le ^'^ principe de vitalité "- qu'il doit mettre en lumière, pour en inontrer la force prolongée. Qu'importe que la vie soit petite, rencognée, terre à terre; ce n'est qu'une apparence. Dans un décor merveilleux s'éleva naguère la chanson de France que chaque printemps ranime. Si peu qu'elle soit, cette vie, elle demeure par ce qu'elle a d'éternel et de semblable. Tous ses gestes sont une poésie, pour celui qui sait la regarder, la comprendre et l'aimer.

Alors le poète sera vraiment l'évocateur. Sa voix 7^emuera les foules et fera germer en elles la foi, principe déterminant de l'énergie. En lui se 7^enouera la tradition, qu'un retour vers la France n'aura fait que vivifier. Car, ne l'oublions pas, si nous avons duré, s'il nous reste, au sein de notre existence hâtive, liée à la fortune, une étincelle qui nous préserve;, si nous avons échappé jusqu'ici à l'emprise, asséchante pour nous, des deux matérialismes auxquels M. Jean

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