CHAPITRE XIII Conclusion
Ah ! le réveil de la France !
Le monde entier vit avec une immense satisfaction — si j'en excepte l'Allemagne — cette entreprise morale et intellectuelle de la jeunesse française se dessiner très visiblement, s'accentuer et définitivement triompher.
Et, de loin, de par delà les océans, ce réveil a vivement impressionné la jeunesse francocanadienne. Xos cœurs se sont émus, nos volontés ont subi comme une commotion magnétique venue d'outre-mer: notre âme française a tressailli.
Xous avons senti, à cette heure héroïque, à cet instant suprême, combien ce réveil de la France allait avoir de répercussion sur nos actions, sur notre façon d'agir et de penser, combien il allait grandir nos aspirations et nous apport'Cr un nouvel espoir sur l'avenir des pays latins auxquels nous appartenons par atavisme. Xos relations renouées avec la mère patrie, précisément à cette heure où elle reprenait son indiscutable autorité dans le monde, allaient nous faire comprendre davantage que nous n'étions
fpas rprêts à nous éteindre comme race, si nous avions l'appui moral d'une France régénérée et prédominante.
Vous connaissez le livre de M. Gabriel Hanotaux, " La France vivante," rempli du culte des traditions, livide de mouvement dont le but est de rendre vivante la France dans les Amériques et présentant les moyens pratiques de réaliser cet idéal ?
C'est un généreux appel à la reprise de nos relations avec la France d'aujouM'hui, relations interrompues pour des raisons qui restent du do- (niaine du passé, mais qui peuvent opérer un nouveau réveil chez nous, parce qu'il existe entre nous et la jeunesse française de l'heure présente, un certain unisson qui a produit une parenté indissoluble d'âmes et de sentiments.
Et c'est dans cette pensée que M. Hanotaux disait : " Si la France le veut, si elle remplit tout son devoir, non seulement chez elle, mais dans le monde, la population canadienne issue de noter race sera chargée sur ces terres qiti paraissaient vouées à une autre culture, du dépôt de Ja pensée française."
M. Hanotaux expliquait encore un jour comment et pourquoi la France devait nous apporter son aide " par l'entretien des relations trop négligées et peu comprises dans le passé et précisément parce qu'en leg concentrant davantage,
dies pourraieut jeter <laiis le sol leiiace la t'écoude semeuce que nous eu atteudoms."
Hier encore, M. Edouai*d Montpetit, dans ces mêmes conférences sur les "* Su^^ivances françaises/*— que j'aurai l'occasion d'apprécier dans un autre livre. — rappelait les belles paroles pr*ononeées par M. Etienne Lamy : " Le Canada, disait-il, est un patrimoine que la France doit s'appliquer à garder."
Dans son a<lmirable préface sur l'histoire du Canada de notre Garneau, M. Hanotaux disait encore :
'' Quand on considère le chemin parcouru, (juand on réfléchit à l'étonnante multiplication (les cinquante mille Finançais, laissés par le XA'IIIe siècle sur les ai'^jents de neige, quand on sait de science trop certaine, ce qu'est le Canada d'aujourd'hui, ce que sera le Canada de demain, on porte le deuil inconsolable d'une telle perte, le regi^et le dispute au remords.'^ Toute notre histoire apparaît dans ces paroles vibrantes et pleines d'espoir. Et ceci me porte à réi)éter qu'il faut défendre le Canada français d'aujourd'hui contre l'envahissement et l'influence du casmopolitisme qui l'opprc^sse, et renouer nos relations avec la France du XXe siècle, avec cette France nouvelle, victorieuse demain, et qui a rendu au monde le culte de la véritable Beauté antique consenti par les i>euples civilivsés, depuis (jue la vieille Gaule les éclaire avec le flambeau
de sou passé, comme de sa gloire présente, depuis qu'elle leur prodigue sans compter ses dons dans tout ce qu'ils contiennent de richesse et d'influences bienfaisantes.
M. Maurice Barres concluait jadis un article en disant que notre rôle hiistorique était de reprendre, un jour, dans le Nouveau-Monde, ^^ l'iiécritage de la culture française." Nous devons lui savoir gré de ces ])elles paroles, et surtout quand il ajoute " qu'au milieu de ses aventures, la France est heureuse de savoir qu'elle ne joue pas sur une seule carte sa destinée."
FIN'