‹ Des Injections Intra-Rectales de Solutions Salines: Dans les Hémorragies, le Shock et les InfectionsChapitre 4 sur 18 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

L'introduction dans l’organisme de solutions salines n’est pas chose nouvelle. « Ge qui est nouveau, écrit M. Landouzy, c’est l'extension que l’on a donnée à cette médication, le grand nombre d’applications qu’on lui trouve, c’est encore et surtout ce fait que l’on recourt, par choix, aux injections de solutions salines plus souvent et plus largement que ne le faisaient les devanciers. »

Nous passerons donc rapidement sur les travaux des novateurs de la méthode, et, sans remonter à la pratique de la transfusion qui provoqua jadis un si légitime enthousiasme, nous faisons partir le début de cet exposé historique de l'épidémie de choléra de 1830, dans laquelle Jœnischen (de Moscou), sur les conseils du chimiste russe Hermann, pratiqua aux cholériques des injections intraveineuses d’eau acidulée. :

Deux ans plus tard (18382), Thomas Latta (de Leith) et O’Schanghnessy emploient la même médication en rem-

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plaçant l’eau acidulée par de l’eau salée. La méthode se répand et les expérimentateurs qui en ont adopté le principe font seulement varier la composition du liquide à injecter. Sandras et Wolf injectent de l’eau pure; Lewins, Lizan, Christian, Craigie, Anderson, Carruthers, Watherill et Magendie se servent de diverses solutions salines ; Inozemtzew et Lauric, de sérum humain ; Dieffenbach de sang frais.

Puis la méthode paraît tomber dans l’oubli, et dans les épidémies suivantes les essais restent isolés. A cette époque se place une tentative originale : Piorry cherche à faire pénétrer par la vessie une solution saline dans l’organisme.

Cs n’est qu’en 1873 que commence vraiment l'étude scientifique de l’usage des solutions salines.

M. Hayem, reprenant la méthode de Latta, proposa d’injecter aux cholériques par voie intra-veineuse le liquide suivant :

Sulfate de soude. . . . 10 grammes.

Chlorure de sodium. . . D — Eau distillée. .… .::,. . 41000 —

qui, en se rapprochant de la composition du sérum sanguin, n’exerce aucune action nocive sur les éléments figurés, et permet de lutter ainsi contre la déshydratation du sang et des tissus. Les résultats furent des plus remarquables : sur 100 cholériques injectés, Hayem obtint 25 guérisons.

À peu près à la même époque, Jolyet et Laffont en France, Kronecker et Sander en Allemagne établissent, par une série d'expériences physiologiques, l'indication

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clinique des injections salines dans le traitement des hémorragies. Ces auteurs montrent que lorsqu'un animal meurt d'hémorragie, il lui reste encore une notable quantité de sang, mais que la vacuité des vaisseaux en empêche la circulation et l’utilisation, et que si, par l'introduction d’un liquide inoffensif pour les éléments figurés, on ramène ceux-ci dans la circulation, il semble que l’on doive obtenir tous les bénéfices de la transfusion.

Les résultats cliniques viennent bientôt confirmer ces données expérimentales, Roux de Lausanne cite, en 1884, quatorze observations de Bischoff, de Küstner, de Kocher et Kümmel, de Jennings et Coates, de Guyon et Segond en faveur de la méthode en chirurgie et en gynécologie. On généralise l'emploi des injections copieuses après les septicémies post-opératoires, le shock traumatique, les opérations graves sur l’abdomen. Landerer, Richardson, Kysler obtiennent une série de succes ; Lépine publie un résultat heureux dans un cas d’anémie chronique.

Mais déjà depuis 1869, en même temps que la méthode intra-veineuse, se développait quoique plus modestement la méthode des injections sous-cutanées. Cantini (de Naples) en avait été le promoteur. Samuel (de Kôünigsberg), Michaël (de Hambourg), Pregaldino (de Gand) l'avaient suivi dans cette voie et produisaient des statis tiques favorables. Quelques essais d’injections par voie artérielle ou intra-péritonéale sjavaient été rapidement abandonnés.

Grâce au retentissement si légitime des recherches de Hayem, de Jolyet et de Laffont, les travaux vont se multiplier. Rosenbach retire de l’emploi de la méthode de favorables résultats dans les états de faiblesse du cœur ;

LOUE mais déjà l'étude des solutions salines prend une direction toute nouvelle et, sous le nom de lavage du sang, on va voir s’accroître de plus en plus les importantes applications de cette médication nouvelle.

Sanarelli et Ganguirico étudient l’action des injections salines dans les cas d’empoisonnements (strychnine, alcool, chloral, caféine, etc.).

Puis surviennent les remarquables travaux de MM. Dastre et Loye qui déterminent par de rigoureuses expériences la vitesse toxique de l’injection et qui pénètrent fort avant dans l'étude de l’action physiologique des solutions salines. Les conclusions de cette étude expérimentale déterminent le rôle considérable que la pratique des injections salines va jouer dans le traitement des infections et des intoxications.

M. Delbet fait une étude sur le même sujet, puis M. Mayet (de Lyon), Gervais de Rouville (1894) étudient cette action en détail.

Tout aussitôt, Sahli (de Berne) et Cartier utilisent la méthode dans la fièvre typhoïde; Démeville et Marais l’appliquent dans la gastro-entérite, le choléra infantile et l’athrepsie. Pinard, Tarnier, Fochier, Dumontpallier, Porrak l’emploient avantageusement dans les accès d’éclampsie et dans l'infection puerpérale.

La méthode expérimentale, avec Delbet, Carrion et Haillon, Bosc et Vedel, Lépine, Chassevant, Henriquez, vient compléter les recherches de Dastre et Loye. Enfin prennent place les innombrables travaux qui sont l’œuvre de ces dernières années, et dont on retrouvera l’énumération dans le cours de ce travail.

Pour nombreux que soient ces travaux, pour impor-

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tants que soient les résultats obtenus jusqu'à ce jour, il semble qu'il y a encore, à l’heure actuelle, un long chemin à parcourir dans l'étude de cette question des solutions salines. Cependant, dès à présent, en face des bénéfices si réels que retire chaque jour de cette méthode la thérapeutique clinique, et du nombre sans cesse croissant de ses indications, on peut sans crainte d’exagération placer la pratique des injections salines au rang des meilleures de nos grandes médications.

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