TRANSFUSION SÉREUSE
Hémorragies. — Shock traumatique et opératoire. Choléra. — Diabète.
Schwartz, le premier, a, par ses expériences, montré que la mort qui survient à la suite de pertes abondantes de sang est due à l’arrêt de la circulation, causé lui-même par la disproportion purement mécanique entre la capacité du système vasculaire et son contenu, et non pas, comme on l’admettait jusque-là, par l'insuffisance de matériaux nutritifs du sang qui reste dans l’organisme. Cest pourquoi Schwartz proposa, dans le traitement de l’anémie aiguë, l’injection salée pour faire cesser la disproportion dont nous avons parlé.
Hayem admet à peu près le même mécanisme. Dans la mort par hémorragie, il envisage deux ordres de faits : 1° une diminution du travail du cœur consécutive à l’hypotension, par suite l’impossibilité mécanique de la cir culation ; 2° la diminution de la masse sanguine. Par l’introduction d’un liquide, il augmente cette masse du sang, rétablit la tension vasculaire et permet ainsi le fonctionnement normal du cœur.
À la suite de nombreuses expériences, le D' Horrocks a établi Les points suivants :
À Quand un malade a succombé par hémorragie rapide, il reste encore dans son organisme une quantité suffisante de sang pour le rappeler à la vie, si ce sang pouvait circuler ;
2° La moitié de la quantité normale de sang peut remplir les mêmes fonctions que le volume total, si la rapidité de son mouvement est double;
3° La mort par hémorragie vient de l’arrêt du cœur par suite de la chute de la pression sanguine ;
4 Cette pression peut remonter, si on transfuse une quantité de liquide égale à celle du sang perdu.
Il est donc clairement démontré que ce qu’il y a à viser, dans les accidents consécutifs aux grandes hémorragies, c’est l’hypotension vasculaire, formellement justiciable de la transfusion séreuse. IL en est de même de l’état spécial qu’on a décrit sous le nom de shock et dans lequel, à l’hypotension vasculaire, se joint un autre élément, l’hypotension nerveuse,
Le shock ou collapsus nerveux, stupeur traumatique, comme le désigne Pirogoff, ou mieux le choc (opératoire ou traumatique), ne doit pas être confondu avec la syncope et l’anémie consécutives aux grandes hémorragies. Il faut comprendre sous cette désignation un ensemble de phénomènes survenant à la suite d’une émotion (d’un danger grave), d'un traumatisme (plaies par armes à feu, grands écrasements), surtout des opérations sur l’abdomen, et dont le caractère dominant est une dépression considérable de organisme, résultat d’actes inhibitoires
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réflexes. Les manifestations immédiates de cet état pathologique souvent funeste sont les suivantes : affaiblissement des pulsations cardiaques, abaissement de la température, pâleur des tissus, un certain degré d’anesthésie joint à la faiblesse musculaire, avec conservation de l'intelligence qui est affaiblie et comme engourdie. Fischer ! admet que dans cet état, il y a paralysie de tous les vaso-moteurs, entraînant ainsi de l’hypotension sanguine. C’est cette hypotension qui fait dans le shock l'indication de la transfusion séreuse à laquelle on doit, dans certains cas considérés comme désespérés, les plus beaux succès de la méthode.
En définitive, dans le cas qui nous occupe, ie but thérapeutique envisagé dans l’emploi de la transfusion séreuse paraît se borner à une seule action mécanique, soit pour élever rapidement la tension vasculaire à l’effet d’exciter les actes organiques et fonctionnels (choc nerveux, traumatique où opératoire), soit pour remplacer le sang sorti de l’organisme et permettre à la circulation de s’effectuer (anémie aiguë).
Il est cependant une action directe qui paraît produite par l'injection saline ; c'est une action hémostatique.
M. Faney? a bien mis en lumière cette propriété importante du liquide salin. Après avoir expérimentalement produit sur des animaux des hémorragies en nappe, l’auteur à vu ces hémorragies s’arrêter sous l'influence des injections salines. A la suite de nouvelles recherches,
1 Fischer, Volkmann's Saimmlung lin. Wort., n° 10. ? Faney, Du traitement des hémorragies par le sérum salé (thèse, Paris, 1896).
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M. Faney a démontré que, sous cette influence, le sang présentait une grande tendance à la coagulation, ce qui explique suffisamment cette action hémostatique des solutions salines. Voici d’ailleurs comment s’exprime, sur ce point, M. A. Martin (Bulletin général de la Société de thérapeutique, 8janvier 1899) :
« Dans les hémorragies obstétricales, traumatiques et post-opératoires, l’emploi des solutions salines s’impose ; après les injections d’ergotinine, nous n'avons, en efet, pas d'agent capable d’une action hémostatique supérieure.
Il nous reste à passer en revue les espèces cliniques qui rentrent dans le cadre que nous venons d'étudier et qui bénéficient chaque jour de la transfusion séreuse. Nous ne ferons que les citer ; ce sont :
Les blessés qui ont subi de grands traumatismes avec hémorragies abondantes (écrasements, amputations, blessures des vaisseaux, etc.).
Les opérés, chez qui il s’est fait pendant ou après l’intervention une perte assez forte de sang ou chez qui l’on observe un shock opératoire.
Les parturientes qui présentent, par suite d’inertieutérine ou d'insertion vicieuse du placenta, des hémorragies souvent mortelles.
Les malades qui, déjà affaiblis, subissent une forte perte de sang, soit par mélæna ou hématémèses (cancer, ulcère de l’estomac), soit par hémorragies. intestinales (fièvre typhoïde), soit par hémoptysie (tuberculose pulmonaire).
Les femmes atteintes de métrorragies persistantes.
Enfin tous les états pathologiques dans lesquels on
ESS à ee trouve la dépression de la tension vasculaire, que cette hypotension soit le résultat d’hémorragies ou de choc nerveux.
Gholéra. — On a vu plus haut que les premières recherches qui se sont effectuées sur l’emploides solutions salines avaient eu lieu à propos du choléra. Si nous placons cette médication dans le groupe des transfusions séreuses, c’est que, là encore, on ne fait appel qu’à une action purement physique du liquide introduit.
Hayem qui, en 1884, a obtenu un grand nombre de succès par l'usage de cette méthode, n’avait en effet pour but que de modifier l’épaississement du sang des cholériques par la solution saline. Peut-être la question estelle plus complexe et, par certain côté, l’application de ce procédé, devrait-elle être comprise dans l'étude que nous allons faire tout à l'heure de la médication sous le nom de lavage du sang. Mais comme, ainsi que dans les états pathologiques que nous avons déja envisagés, la première indication à remplir paraît résulter d’une pure action mécanique des solutions salines, nous comprendrons cette affection à l’exemple de M. Manquat, dans le groupe des états pathologiques justiciables de la transfusion séreuse.
Diabète. — M. Lépine, qui a appliqué au traitement du diabète la méthode des injections salines, ne demande plus à cette médication une action physique et mécanique, mais une action chimique. Ayant constaté que, chez les diabétiques, le sang perd une grande partie de son alcalinité, le professeur de Lyon emprunte à une solution de
chlorure de sodium introduite dans le sang l’élément d’alcalinité qui manque à ce dernier, surtout dans l’état désigné sous le nom de coma diabétique. C’est pour la même raison que M. Lépine fait absorber au malade du bicarbonate de soude par la voie buccale. Ces résultats ont été d’ailleurs confirmés par MM. Roque, Devic et Hugounenq qui ont vu que le sang d’un sujet mort de coma diabétique avait son alcalinité diminuée de moitié. Le sérum ! de ce sang était hypertoxique; mais si par l’addition de bicarbonate de soude on lui rendait son alcalinité normale, sa toxicité devenait environ six fois moindre.
On peut donc rattacher à la transfusion séreuse, comme s’en rapprochant par son mode d’action, l’injection d’une solution alcaline dans le sang des malades atteints de coma diabétique,