LAVAGE DU SANG
Infections. — Intoxications. — Auto-intoxications.
Avec l’étude de lapplication des solutions salines au traitement des infections et des intoxications commencent les véritables difficultés dans l’explication de leur action physiologique.
MM. Dastre et Loye qui, les premiers, ont entrepris sur ce sujet d'importantes recherches, ont montré que le grand rôle de l'injection saline était un rôle d'élimination par augmentation de la diurèse, et que le liquideintroduit ne faisait que traverser l’organisme, où ilse chargeait de produits toxiques qu’il drainait, pour ainsi dire, hors de l’économie. C’est ce qui leur faisait donner à cette méthode le nom de lavage du sang.
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La maladie infectieuse, en effet, au même titre que les intoxications, est un empoisonnement de l'organisme.
Ici les poisons portent le nom de toxines et sont fabriqués par les microbes ; solubilisés dans le sang, ils se trouvent, par son intermédiaire, en contact intime avec les tissus dans lesquels ils produisent les phénomènes si variés de l'infection. L’explication que donnaient de l’action physiologique des solutions salines MM. Dastre et Loye, semblait donc rationnelle. Mais tout ne semble pas se passer, en réalité, suivant l'hypothèse admise par ces auteurs.
Les urines éliminées ne paraissent pas être davantage chargées de produits toxiques après qu'avant l’injection.
D'autre part, l'amélioration présentée par Le malade peut se manifester avant l'apparition dé la diurèse, ce qui fait dire à M. le professeur Lépine que le mode d’action de la médication est très vraisemblablement complexe.
Les éléments à considérer pour l'étude de cette question sont nombreux et l’on doit tenir compte de facteurs importants qui peuvent faire varier dans une large mesuré le mode d'action du liquide salin. |
En présence du principe de l'infection, l’économie dispose, en effet, d’une série de moyens de réaction : activité phagocytaire, pouvoir antitoxique du sang, sécrétions glandulaires, etc... Ces divers moyens de défense sont certainement influencés, chacun pour leur propre compte, par le liquide introduit, et rendent, par cela même, la solution du problème encore plus délicate. M. Claise, qui fait jouer, à juste titre, un grand rôle aux leucocytes, dit en substance : Il est possible que la gravité des accidents infectieux. tienne en partie à une insuffisance dans l’action
des leucocytes. Cette insuffisance serait-elle due à l’hypertoxicité du sang ? L’eau salée agirait peut-être alors en diminuant cette toxicité par simple dilution et en apportant surtout des éléments qui relèvent de la vie cellulaire. Celle-ci se réveille, la lutte reprend ; les leucocytes détruisent alors microbes et toxines.
De plus, MM. Courmont et Doyon ont prouvé que sous l'influence des poisons microbiens, les éléments de l’organisme produisent eux-mêmes des toxines tout aussi nuisibles que les premières.
M. Charrin, rappelant que la dialyse atténue les toxines, fait intervenir des modifications de l’osmose, la fixation et la précipitation de produits nuisibles et l’excitation des neurones.
En résumé, le résultat capital des injections salines est la diurèse qui, suivant Bose et Vedel, commence trente minutes après l’injection. C’est là le point acquis. Quant à ce qui est de la présence plus ou moins grande des toxines dans l’urine, les travaux produits semblent contradictoires. À l'exemple de Manquat, nous nous arrêtons pour le moment à l’opinion suivante : le facteur le plus important de l’amélioration qui se produit dans l'infection sous l’influence de l’injection saline paraît être la très grande dilution des toxines et, par suite, l’amoindrissement de leur activité d’une part et la nutrition plus parfaite des éléments anatomiques dans un sang moins toxique d’autre part.
Urémie.— Nous tenons à dire quelques mots sur cette forme spéciale de l’auto-intoxication qui a retiré de l’emploi des injections salines d’excellents bénéfices.
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Les accidents de l’urémie sont dus à l’empoisonnement de l'organisme par les produits excrémentitiels d’origine organique qui, par suite de l’insuffisance dans l’excrétion urinaire, se trouvent retenus dans le sang.
La solution saline amène dans ce cas la dilution de ces produits par sa présence dans le sang et leur élimination par l’excitation qu’elle produit sur la diurèse. M. le professeur Fochier a institué à la Charité la méthode systématique de linjection saline dans le traitement de l’urémie pré-éclamptique et éclamptique par le procédé de linjec tion rectale que nous décrirons tout à l’heure, et en obtient chaque fois de remarquables résultats.
M. le professeur Fochier a bien voulu nous communiquer les observations que l’on pourra lire plus loin et qui viennent à l’appui de ce que nous venons dedire.