CHAPITRE III
DE l’hôpital de saint-jacqües-in-augusta.
Le cardinal Jacques Colouna s’était aperçu que les malades couverts d’ulcères et de plaies étaient, à cause delà laideur et de la longueur de leurs maux, rejetés des hôpitaux, et, touché de pitié, il ordonna, dans son testament, qu’un asile leur fût ouvert. £n 1 338 on éleva donc Saint-Jacques, surnommé in Augusta à raison du voisinage du mausolée d’Auguste, et selon la volonté du cardinal, on en confia l’administration à la compagnie de
Sainte-Marie-du-Peuple, suivant V usage alors général de remettre les pieux établissements entre les mains d’un ordre régulier ou d’une confrérie. Un bâtiment qui sert aujourd’hui de magasin, fut probablement, à en juger d’après sa forme, l’ancien hôpital du cardinal Colonna. I.e cardinal Antonio Maria Salviati étant, au commencement du XVII® siècle, protecteur de la compagnie et de r hôpital, fit élever l’église de Saint-Jacques sur le cours et mit la salle des hommes dans son état actuel ; de plus il le dota de beaucoup de biens. Pie VII y joignit l’école de clinique chirurgicale pour les hommes et lés femmes. Sous son règne aussi, en 1815, on convertit un grenier en salle, laissant tout entière aux hommes celle du cardinal Salviati. Outre l’église de Saint-Jacques sur le cours, une autre petite église nommée Sainte-Maric-de-la-Portedu-Ciel, s’ouvre dans la rue de Ripetta. L’hôpital a une honne pharmacie avec laboratoire et jardin, une bibliothèque à l’usage des étudiants, un vaste amphithéâtre anatomique, une chambre d’opérations et des bains que l’on doit, comme beaucoup d’autres améliorations, à l’ancienne députation des hôpitaux. Bien qu’il se trouve placé dans des conditions très défavorables par sa position, la nature des maladies qui s’y traitent, la mauvaise construction des salles et surtout par le voisinage d’un cimetière, on diminue, à force dé soins, si on ne les détruit pas entièrement, les tristes effets de ces circonstances.
Saint-Jacques est donc destiné à recevoir les malades des deux sexes qui ont des plaies, des ulcères, des humeurs, des siphilis et autres cas de haute chirurgie. L’ancienne salle, longue de 483 palmes, large de 44, contiendrait bien cent quatre-vingt lits; la nouvelle, longue de 351
palmes, large de 44, en pourrait contenir cent cinquante. Celle-ci est bien plus saine que la première : les siphilitiques sont, autant que possible, séparés des autres.
La clinique a deux salles au rez-de-cbaussée, l’une de sept lits pour les hommes, l’autre de 6 pour les femmes. Les opérés ont trois lits dans une chambre voisine de l’école. Celle de Saint-Gaëtano est destinée aux personnes de quelque distinction qui auraient honte de se voir dans la salle commune. Les gens attachés à la maison ont aussi leur petit hôpital de sept lits : Saint-Jacques peut donc contenir trois cent soixante-seize malades des deux sexes.
Beaucoup d’infirmes, de siphilitiques surtout, viennent tous les jours se faire soigner dans un lieu spécial, près de la clinique. Ceux qui ne peuvent pas se passer de lits sont admis dans les salles. L’ordre intérieur, le traitement et la discipline sont les mêmes que dans les hôpitaux précédemment décrits. Les saisons extrêmes, c’est-àdire l’hiver et l’été, fournissent le plus grand nombre de malades; il s’élève à 300 et retombe à 200 ; il y a toujours un quart ou un cinquième en plus pour les hommes.
Saint-Jacques est dirigé par une députation indépendante, composée d’un prélat, d’un ecclésiastique et d’un laïque. Un prieur surveille la discipline. Quatre prêtres chapelains administrent les secours spirituels aux malades visités en outre par de charitables prêtres et laïques. Quelques dames viennent aussi servir et consoler les femmes infirmes et les ramènent souvent à une vie chrétienne et réglée. Nous verrons comment par la sainte coopération de ces dames, l’hôpital de Saint-Jacques a donné nais-
sance aux maisons de pénitence qui rappellent à la vertu tant d’infortunées victimes de la séduction.
L’hôpital a deux médecins et deux chirurgiens en chef, deux substituts et deux assistants , quinze étudiants, une maison, en somme, de soixante-dix individus, qui reçoivent, vu la nature des maladies qu’ils soignent, un traitement meilleur que dans les autres hôpitaux. ïjes étudiants ont un surtout rouge, couleur ordinaire des chirurgiens, comme le bleu l’est des médecins dans les hôpitaux. Pour le grand avantage de rétablissement, les sœurs hospitalières y sont entrées dans le courant de cetteannée. Leur intelligente charité améliore chaque jour ce qui était déjà dans un état satisfaisant. 30,000 écus, dont 16,760 du gouvernement, forment les revenus de cet hôpital.