CHAPITRE II
*DE l’hôpital du SAIWT-SAUVEUR.
Honorius I®** convertit, en 626, sa maison paternelle située sur le mont Célius , en une église qu’il consacra à l’apôtre saint André, à l’exemple de ce que l’empereur Justinien avait fait à Constantinople. Près de cette église, le cardinal Jean Colonna érigea, l’an 1 21 6, un hôpital sous
le nom de Saint- André; on l’appela ensuite Saint- Sauveur , parce qu’une confrérie de ce titre le dirigea longtemps, et aujourd’hui la basilique voisine de Latran lui a valu le nom de Saint- Jean. On voit encore les vestiges de l’ancien hôpital, et la salle la plus grande, conservée dans toute sou intégrité , sert actuellement de dépense. Alexandre VII augmenta ce pieux établissement qui compte aujourd’hui quatre grandes salles. La première, capable de contenir 1 36 lits, est- longue de 395 palmes , large de 37, haute de 38. La seconde, à angle droit avec la précédente, pourrait recevoir 84 lits, puisqu’elle a 258 palmes de longueur, 35 de largeur, 38 de liauteur. De l’autre côté de la rue est la salle dite Mulierum» mise en son état actuel en 1653, par la confrérie du Sauveur : au-dessus est celle que l’on nomme succursale , aérée, mais haute seulement de 25 pahnes. La première peut, contenir 143 malades, la seconde 117. Quelques chaml)res voisines et subsidiaires logent, en cas de besoin , une trentaine de lits. Une salle à quatre places est destinée aux frénétiques, une autre à 24 aux phthisiques , cnün il y a un hôpital spécial pour les infii’miers et employés, le plus vaste de ce genre que nous ayons à Rome, puisqu’il contient 40 lits. Le nombre des malades que peut rect*.voir Saint-Jean est donc de 578, et plusieurs fois, dans le fort de l’été, il a réellement excédé le demi mille. Mais le nombre moyen est audessus de 200 ; comme au Saint-Esprit, il est plus grand en été et au commencement de l’automne, moindre au printemps. Une exquise propreté fait l’ornement de ce vaste hôpital , et parmi les moyens employés pour l’obtenir, je signalerai les petits trous faits sous les lits, dans
la partie inférieure des murs, moven inusité, je crois, ailleurs , et très utile pour la salubrité et le renouvellement de l’air, ainsi que les conduits creusés dans le pavé des salles pour en éloigner toute cause d’humidité. Dans la plus grande salle , de nombreuses inscriptions rappeUent les noms des bienfaiteurs , entre lesquels il faut citer la célèbre Vannozza dei Catani , veuve du duc Valentino.
L’établissement a une bonne pharmacie, bien fournie de drogues que l’on vend au dehors, parce qu’il n’y a pas dans ce quartier d’autres dépôts du même genre.
Comme l’introduction des sœurs hospitalières a rendu inutile, dans cet hôpital, les jeunes étudiants qu’elles l’emplacent dans tous les soins de basse chirurgie , il n’a ni amphithéâtre, ni école, ni cabinet anatomique , mais seulement la salle de dissection et une bonne bibliothèque utile aux médecins assistants et aux substituts.
Sous le pontificat de Léon XII , l’ancien cimetière fut agrandi et enrichi d’un oratoire, où l’on conserve une très ancienne image de la Vierge, sous le titre de Sainte- Marie impératrice; une pieuse confrérie, érigée en 1784, accompagne charitablement de ses prières les morts que l’on transporte de l’ hôpital au Campo-Santo.
L’hôpital du Saint-Sauveur est aujourd’hui exclusivement destiné aux femmes, que l’on y admet, selon la généreuse coutume de la charité romaine, sans distinction d’âge, de condition , de patrie et de religion , dès qu’elles sont atteintes de maladies aiguës ou chroniques. Tout ce que nous avons remarqué dans le chapitre précédent sur l’admission, le renvoi, la nourriture, le traitement et la discipline .intérieure du Saint-Esprit , s’applique aussi bien à cet hôpital. Ici de pieuses et
charitables associations viennent aussi secourir les malades; et il n’y manque pas d’ouvriers évangéliques du clergé séculier et régulier qui le fréquentent, pour procurer aux infirmes l’abondance des consolations spirituelles. Sept prêtres habitent l’établissement ; l’un comme prieur est chargé de la discipüne ; les autres assistent les mourants. Une inscription conservée dans la sa/le neuve rappelle que le pape Clément IX , venu un jour visiter l’hôpital, trouva un malade à l’agonie et ne le quitta plus , lui prodiguant les exhortations religieuses, jusqu’à ce qu’il le sentit expirer dans ses bras. A cette époque, l’hôpital recevait aussi les hommes , dans des salles séparées. Il y a deux médecins principaux , deux assistants, un chirurgien en chef , deux substituts. Des médecins et chirurgiens surnuméraires sont prêts à donner leurs soins en cas de besoin , surtout en cas de maladie endémique. Un pharmacien en chef préside à la fabrication des remèdes.
Tous les infirmiers et employés , y compris les sœurs , sont au nombre de soixante-dix personnes , nourries oi logées dans l’établissement même.
Le plusbel ornementde l’ hôpital, est l’institutdes sœurs hospitalières ’ , fondé en 1 82 1 par la princesse Thérèse- Doria-Pamphili , dont le nom sera toujours en bénédiction. Elle eut la pensée d’introduire à Borne les sœurs héroïques de la charité, filles de Saint- Viucent-de-Paul. Léon XII sanctionna en 1 827 la règle de nos hospitalières, et leur congrégation fut définitivement approuvée et confirmée par le pape régnant Grégoire XVI. Elles font quatre vœux simples , pauvreté , chasteté , obéissance et
’ Voy. 1 « note la fln du volume.
hospitalité. Elles portent un vêtement uniforme de serge noire et mènent une vie commune; elles se divisent en oblaies et converses, et peuvent être Mes ou veuves. L’hôpital n’ayant point de jeunes étudiants, comme nous l’avons dit, elles en remplissent les fonctions et s’acquittent des opérations de basse chirurgie. Jour et nuit près des malades, elles divisent leur journée en quatre parties nommées gardes, dont chacune a six sœurs, toujours prêtes et attentives ; elles administrent encore la dépense et la lingerie. L’hôpital de Saint- Jean renferme trente-six hospitalières qui y sont nourries et reçoivent en outre une somme proportionnée pour leurs vêtements et pour les autres dépenses de la vie commune. A leurs nombreux et fatigants travaux , elles joignent aussi les pratiques de piété adaptées à leur institution et organi- .«.ées de manière à ne gêner jamais le soin des malades. La charité de ces dignes et excellentes femmes, séparées de tout ce que le monde offre de séduisant et d’agréable, pour se consacrer au soulagement de l’humanité souffrante, une telle charité ne pouvait être inspirée que par la vraie religion.
La confrérie du Saint-Sauveur dirigea long-temps l’hôpital. L’administration française réunit tous les hôpitaux sous une , députation, conservée et organisée par Pie VU. Léon XII donna une forme nouvelle à cette administration complexe. Il plut à Pie VIII de la diviser, tout en oonsm^vantpour le reste les dispositions de scs prédéoesseurs^'et alors l’ uniformité de méthode fut briséeT Chaque députation particulière est composée d’un prélat président, d’un ecclésiastique et d’un laïque. Le cardinal Sala préside aujourd’hui Saint-Sauveur avec
un rai*e dévouement, et protège l’ordre des hospitalières qui lui doivent leurs progrès et leurs développements.
Je rappellerai que dans l’hôpital de Saint- Jean s’ est incorporé celui de Saint- Antoine , fondé près de Sainte- Marie-Majeure par le cardinal Capocci, en 1 1 12, pour recevoir surtout les malades attaqués du feu de Saint-Antoine. Un ordre hospitalier fondé en France par deux chevaliers de Vienne, Gaston et Girondo le dirigeait. Outre les rentes laissées par le'cardinal Capocci, il jouissait aussi des offrandes faites par ceux qui allaient, alors comme aujourd’hui, faire bénir leurs animaux, le jour de la fête de Saint- Antoine. Cet hôpital fut d’abord transporté à Saint-Pierre et Saint-Marcellin, et ensuite à Saint-Sauveur.
L’hôpital de Saint-Jean a un revenu de 32,000 écus, dont le gouvernement fournit 14,400. On calcule qu’un nfirme coûte un peu plus de vingt haïoques par jour.