‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 15 sur 73 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

DE l’hôpital de SAINT-ROCH.

Dans les années du jubilé, Rome voit toujours naître quelque belle œuvre de piété. En 1 500 , une confrérie dédia aux saints Roch et Martin, une église près du port de Ripetta , et ensuite un hôpital de cinquante lits pour les fiévreux et les blessés. Le cardinal Antoine Salviati donna à cet établissement, au xvi® siècle, quelques biens, afin qu’il reçût, non-seulement les hommes, mais aussi les femmes, et spécialement celles prêtes à accoucher. En 1770, sous la direction de monseigneur Riminaldi, un bref de Clément XIV ordonna qu’il recevrait seulement les femmes enceintes, 'comme cela se fait aujourd’hui. L’hôpital aune vaste saUe et d’autres plus petites récemment bâties. L’une d’elles est destinée aux accouchements et aux opérations. Le nombre des lits est de vingt et peut s’accroître au besoin; chaque lit a ses rideaux et un paravent qui le sépare des autres.

Les femmes près d’accoucher qui s’y présentent sont reçues et entretenues aux frais de l’hospice , pendant leur grossesse, et huit jours encore après leur délivrance. On ne leur demande ni leur nom , ni leur condition ; elles

peuvent même, pour n’être reconnues de personne, se voiler le visage. Si l’une vient à mourir, son nom n’est pas inscrit sur les registres , parce qu’on les distingue l’une de l’autre par des numéros progressifs. Les femmes qui ne pourraient laisser connaître leur état sans trahii’ leur coupable faiblesse , sont admises long-temps avant leurs couches; on sauve ainsi F honneur des familles, et l’on évite les infanticides. Celles qui ne sont pas pauvres paient une légère rétribution mensuelle, plus considérable, si elles veulent un meilleur traitement que l’ordinaire. La moindre est de 30 pauls ( 1 6 fr . 50 c.) par mois ; tout paiement cesse aux environs des couches. On désigne ces dernières sous le nom générique de depositate; et, comme les autres , elles peuvent taire leur nom et leur condition même aux supérieurs, et le plus grand secret est gardé sur elles. L’hôpital est exempt de toute juridiction criminelle et ecclésiastique; ainsi, les femmes qui l’habitent sont sures de n’être point tourmentées pendant le séjour qu elles y font. On en défend l’entrée nonseulement aux hommes , mais aux femmes mêmes. , parentes ou autres, quel que soit leur rang; le médecin, le chirurgien , les matrones et femmes de service \ ont seuls accès.

A peine nés , les enfants sont portés avec grand soin au pieux hospice des enfants trouvés du Saint-Esprit ; les mères qui veulent les reprendre par la suite, leur laissent un signe quelconque pour les reconnaître. Cette précaution est nécessaii’e , parce qu’en cas de naissance illégitime ou d’extrême pauvreté, on ne pourrait confier les enfants à leurs mères respectives ; et plutôt que de faire des questions aux femmes en couches (‘t de rompre

le beau secret , ûmede cet établissement, on a adopté une règle générale utile aux femmes qui ne pourraient sans lionte retenir près d’elles leurs enfants, et laissant aux autres toute facilité de les reprendre à leur sortie de Saint-Roch.

Les depositale sortent quand elles le peuvent , à des heures favorables , avec l’habit et les précautions qu’ elles jugent nécessaires. La position du bâtiment s’y prête merveilleusement, car la porte de sortie ne donne pas sur la voie publique, mais dans un vestibule qui a deux issues, dont une sur une petite place inhabitée, ou aboutissent plusieurs rues désertes. L’hôpital est desservi par un médecin , un chirurgien , des sages-femmes , une prieure , des femmes de service ; en tout par dix employés . Le chirurgien est professeur à l’ Université et donne desleçons aux sages-femmes dans l’hôpital môme. Un prêtre, avec le titre de prieur, est chargé des soins spirituels.

Le nombre des opérations est heureusement fort jKîtit et peut se déterminer à quatre ou cinq pour cent, y com- |)ris les couches difficiles, mais qui n’exigent point une véritable opération. Sur les mille sept cent huit femmes entrées à Saint-Roch dans les dix ans écoulés de 1822 à 1 832 , douze seulement sont mortes. Le temps ordinaire de leur séjour est de huit ou dix jours après l’ accouchement, si des circonstances extraordinaires n’en exigent pas un plus long; mais comme il en est que l’on reçoit dès le commencement de leur grossesse, le séjour moyen peut se fixer à douze jours. Tout traitement compris, la dépense de chaque personne monte à 22 baïoques par jour. Saint-Roch a 2,490 écusde rente, dont 090 sont fournis par le trésor. 11 est dirigé parunc députation.

CHAPITRR VI.

DE l’hôpital de SAINT-JEAN-CALABITE OU DES BEIfFRATELLI.

L’île du Tibre qui porte aujourd’hui le nom de Saint- Barthélemy , était autrefois dédiée à Ësculape ; et dans le temple de ce dieu des prêtres-médecins soignaient les malades. De nos jours encore, une partie de l’île a la même destination et possède un hôpital fondé en 1581, sous Grégoire XIII , par des religieux de Saint- Jean-de-Dieu-Calabite , qui déjà, à la fin de 1572, avaient obtenu de Saint-Pie V l’église voisine possédée par des bénédictines. Cet hôpital se compose de deux salles; l’une contient cinquante places que l’on pourrait doubler si les religieux n’avaient l’excellente coutume de mettre un seul rang de lits; l’autre plus élevée, aérée, clarteuse, en peut recevoir vingt-quatre. Les malades sont placés ordinairement dans la première ; la seconde sert de supplément. On y soigne les hommes seuls atteints de maladies aiguës et médicales. On ne les reçoit pas tous, mais ceux seulement munis d’un billet de quelque bienfaiteur de l’établissemeüt. Celui qui , moyennant quelque offrande, voudrait s’y faire soigner , serait admis. Les malades sont peu nombreux en hiver ; en été , les soixante-quatorze lits sont occupés ; le nombre moyen est de quarante. Près de l’hôpital le couvent des religieux s’étend sur la rive du Tibre. La pharmacie est une autre partie fort importante de l’hospice; elle

est abondamment pourvue de drogues et bien achalandée ; car elle vend au dehors et demeure soumise à la visite du collège médical. Un petit cimetière est séparé des bâtiments par une cour. 11 manque un jardin, mais on en pourrait facilement créer un délicieux à la pointe de rUe, où les eaux du fleuve se séparent.

Excepté le médecin en chef qui fait la visite de l’hôpital deux fois par jour, tous les infirmiers sont des religieux qui, alternativement, veillent les malades et les assistent avec une charité extrême, preuve que cette œuvre sainte ne pouvait être mise entre des mains plus dignes. Le général lui-même, recherche avec amour les services les plus bas et donne l’exemple à tous. Ces religieux, outre les vœux solennels de chasteté , pauvreté et obéissance , font celui de soigner les malades ; ils sont presque tous laïques et quelques-uns seulement ont reçu le sacerdoce pour s’appliquer à la guérison spirituelle des âmes. Ou les appelle vulgairement Benfratelli (bien mes frères), parce que, lors de leur arrivée à Rome, ils allaient par la ville avec une tire-lire, demandant l’aumône et disant : fate bene fratelli per Vamor di Dio. Dans le principe , ils portaient une grossière robe blanche, avaient la tète et les pieds nus ; aujourd’hui ils sont vêtus d’une soutane noire et ont un peu relâché de leur ancienne rigueur , afin de mieux soigner les malades. Ils couvrent les lits de baldaquins et les entourent de rideaux, usage que réprouve la saine police médicale et qui devrait cesser, car il prive d’air le malade, nuit à plusieurs et c.st utile à bien peu. En place des tablettes de signaux que nous avons vues être extrêmement utiles dans les hôpitaux de Rome pour l’indication de la nourriture et du

régime de riufirme , ils oui un cadre couvert d’une lame de métal sur lequel les numéros des lits sont écrits verticalement et avec la plume ils notent le régime nécessaire à chaque lit à côté de son numéro d’ordre, puis l’effacent quand ils n’en ont plus besoin. Cette méthode est mauvaise et ne donne pas, en un seul coup-d’œil, une idée juste de l’état du malade; ce que font à merveiUe les tablettes variées, y aime beaucoup cette petite planche que l’on pose sur les lits à l’heure des repas , qui ^péche de renverser les portions et sert à la fois à la propreté et à la facilité du malade. Pour les couvertures , nuUes ne me semblent plus convenables que celles de laine, toujours chaudes et faciles à laver, dont on se sert uniquement dans tous nos hôpitaux. Les couvertures de coton n’ont pas ces avantages et donnent plutôt naissance auxinsectes;du reste, les lits sont fournis ici mieux qu’ ailleurs. Les malades ont une chemise, un bonnet, un habit d’hiver et d’été , des sandales. La nourriture se règle sur la prescription du médecin ; et pour prouver quelle est bonne , il suffit de dire que la même cuisine sert aux religieux et aux malades. Ceux-là ont le régime sobre comme les infirmiers de nos autres hôpitaux. Afin que l’eau soit pure , on va journellement en chercher au-delà du fleuve, de celle que nous nommons virginale ou de Treviy et qui ne peut arriver jusque dans l’île. Le général de l’ordre administre la discipline et les revenus ; et bien que dépendant du cardinal vicaire , il n’est pas obligé de rendre compte.

Page 1