CHAPITRE VII
1>E l’hôpital de SAliVT-GALLICAN.
Suivant une tradition qui avait cours dès le temps de Grégoire VIII, un lépreux français était parvenu à recueillir assezd’ aumônes, pour établir en faveur des malades scs semblables, dans uneaubergeàundemi-millede Borne, hors de la porte Angélique, unbospice qui prit le nom de Lazare le lépreux de l’évangile. Lemaître do palais pontifical, ensuite le commandeur du Saint-Esprit en furent chargés. Mais la lèpre diminuant avec le temps ( car les maux eux-mêmes périssent, tant il est vrai que rien n’est durable ici -bas), et la gale et la teigne devenant plus communes , on commença à y soigner ces maladies. L’éloignement de l’hôpital en fit sentir les désavantages, et on transporta les malades au Saint-Esprit, dans un lieu spécial. En même temps un prêtre-recteur de l’hospictî de Sainte-Galle , Dom Einilio Lami , prit un soin tout particulier des enfants atteints de maladies cutanées , que l’on y recueillait pendant la nuit; monseigneur Lancisi était directeur et protecteur de l’œuvre. En 1722, Dom Emilio loua au Trastevère une maison , où il plaça ses pauvres petits enfants malsains , auxquels la générosité du cardinal Corradino permit de joindre des hommes et des femmes, dans des salles séparées contenant quarante lits. Vincenzo Maria Orsini, qui avait témoigné, étant cardinal, beaucoup d’affection à cette œuvre, devenu pape sous le nom de Benoît XIII , en fut le magnifique protec-
. teur ; et eu 1724 , sur les dessins du chevalier Filippo Ragazzini , il entreprit et acheva en deux ans un hôpital nouveau, l’un des plus beaux de l’Europe. On le mit sous l’invocation de Saint-Gallican, consulaire du temps de Constantin , qui avait ouvert à Ostie un asile pour les voyageurs et les infirmes. L’édifice terminé, on y admit toutes les maladies cutanées , et le Saint-Esprit cessa de les recevoir.
Saint-Gallican se compose de deux grandes salles, placées sur la même ligne, l’une pour les hommes, longue de trois cent soixante palmes, l’autre pour les femmes, longue de deux cent quarante; toutes deux larges de quarante-quatre, hautes de quarante , séparét^s
par une église quadrangulaire, dont un côté a une porte sur la rue, les trois autres sont terminés par des autels. Les fenêtres bien percées l’une vis-à-vis de l’autre, éclailenfet rafraîchissent les salles; à l’extérieur règne un balcon d’où l’on peut facilement ouvrir et fermer les croisées sans déranger les malades. La salle des hommes peut contenir cent vingt lits; celle des femmes quatrevingt-huit. Benoît XIV y joignit, en 1754, une salle longue de cent vingt-huit palmes, large de trente-six, qui coupe les premières à angle droit et contient trente lits. Léon XII, la deuxième année de son règne, enrichit l’établissement d’un bel amphithéâtre et de préparations anatomiques du docteur Erattocchi. Enfin , six cuves de bains en marbre servent aux malades et aux infirmiers ; la pharmacie est bien fournie, elle a un vaste laboratoire et une chambre d’opérations.
Selon la bulle de Benoit XIII, ceux qui ont à la fois la gale, ou la teigne, où la lèpre avec la fièvre, sont admis
sur-le-champ ; ceux qui ont des maladies cutanées sans
lièvre vont se faire soigner tous les jours, s’ils habitent ^
Rome, et s’ils viennent des Etats, ils sont reçus avec un ordre des députés supérieurs. Le malade est inscrit sur un registre. Je voudrais que dans tous les hôpitaux on tînt ce livre avec plus de soin , car il peut révéler des faits et la raison de certains faits jusqu’ici inconnus. Ainsi , en interrogeant les enfants atteints de la teigne , j’ai remarqué que le plus grand nombre venait de la campagne de Rome et de la province maritime, et surtout de la ville de Sezze ; il faudrait rechercher la cause de ce fait.
La teigne naît principalement de la malpropreté de la tète et se trouve communément chez les enfants de la classe pauvre; mais comme ils n’ont pas toujours la fièvre et qu’ils sont admis dans l’établissement jusqu’à leur guérison, ils y forment une sorte d’hospice particulier. Tous les matins ils assistent à la messe avec les autres malades, on panse ensuite leurs maux, et on les conduit à l’école , où l’on devrait enseigner non-seulement le catéchisme , mais la lecture, l’écriture et le calcul. Ils ont un réfectoire spécial , et pour dortoir la salle de Benoît XIV ; pendant le jour^Us peuvent sc promener dans les cours intérieures^ et même sortir tous ensemble. Les jeunes ^SUes%iv^ËjHj|^^ dans leur quartier. Ceux ou celles qûi”oït temps la fièvre occupent les
salles et sont soumis au traitement du médecin.
La lèpre est aujourd’hui très rare et presque perdue. Plût à Dieu que. la siphilis et lé choléra ne l’eussent point surabondamment remplacée ! Le nombre moyen des malades de Saint Gallican est de cent.uuau jji .i ^
li’ hôpital 3st gouverné par une députation de trois
membres : uu prieur ecclésiastique dirige la partie des hommes ; les femmes sont confiées aux sœurs hospitalières. Deux chapelains et deux confesseurs sont chargés des soins spirituels ; pour ceux du corps, il y a un médecin en chef, un assistant interne, un chirurgien qui fait les cours d’anatomie et deux substituts. La maison se compose de cinquante individus environ , nourris et logés dans l’établissement.
Benoît XIII, lors de la fondation de l’hospice, avait créé une communauté religieuse de sept ecclésiastiques pour les hommes et de sept oblates pour les femmes. Les uns et les autres faisaient vœu simple de peisévérance. La première congrégation avait disparu et la seconde était en décadence , de sorte que les hospitalières dont uous avons parlé plus haut, sont arrivées fort à propos. Elles ont à Saint-Gallican leur noviciat qui aurait besoin de plus de place. La lingerie et la cuisine leur sont conliées. L’hôpital a 2,600 écus de rente et le trésor y ajoute 10,000 écus par an.