‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 2 sur 73 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

L'un (les systèmes est simple et d'exécution facile, mais ses résultats sont odieux et anti-sociaux.. Suivant lui, l'homme, dans quelque position misérable qu’il se trouve, doit être livré à lui-même, à sa propre énergie, aux seules ressources de ses facultés et de son labeur; il doit se faire, se créer spontanément l’existence; sa dignité morale y gagne, sa flcrté, sa liberté n'ont pas à souffrir de l’humiliation de l'aumône, et l’obligation du tra?ail fait naître en lui toutes les vertus. Si vous donnez au pauvre, si vous lui laissez espérer de nouveaux secours, vous détruise? en lui le ressort de la nécessité, vous tuez le principe vital de l'action, vous le livrez à la tentation de la fainéantise, de l'imprévoyance, de l’imprudence surtout dans le mariage, d’où résulte une effrayante augmentation de la population misérable. Ainsi, dans ce système, nul compte n’est tenu des mille accidents qui replongent dans l'abîme l'homme prêt à en gagner le bord, qui ruinent à jamais les espérances les plus justes, découragent les plus généreux efforts, et cela par la seule crainte d'offrir une prime à l’oisiveté et à l’abondance des mariages. La cause de la misère est toujours la faute du pauvre, le remède en est donc le travail ; les classes inférieures sont misérables parce qu'elles sont trop nombreuses, il faut donc en arrêter la production ; voilà le raisonnement et la règle suprême de cette école. Sans doute le travail est la grande et inévitable obligation de l'homme, et la charité ne doit que lui venir en aide; mais la soumettre au travail ce n’est point l’annihiler, c'est lui réserver sa vraie place dans l’ordre providentiel, tandis que la vouloir retrancher absolument du

monde, c’est briser cet ordre et en rompre rharmonîe. Mais je n’ai point à renverser ces cruelles doctrines , elles se réfutent elles-mêmes , et je ne fais point ici, d’ailleurs, un ouvrage de controverse.

D’autres et plus nombreuses écoles ont compris que l’existence du mal au sein de la société, lui impose une grave responsabilité et qu’une rigoureuse obligation pèse sur elle de secourir scs membres souffrant '. Cette conviction a pu leur être inspirée, suivant leurs opinions et leurs croyances, par la seule sympathie qu’appelle le malheur, ou par l’idée philosophique du devoir^ de la fraternité humaine, par un calcul de politique et d’intérêt bien entendu, ou bien, outre ces divers motifs, par les lois chrétiennes et les paroles du divin maître ; mais peu importe le sentiment qui les inspire, toujours est-il que des sectes nombreuses d’économistes, opposées sur d’autres points, se sont rencontrées en celui-ci dans leurs désirs, leurs travaux et leurs espérances. D’accord sur le principe, elles se sont, toutefois, divisées dans son application, les unes voulant confier au gouvernement la dette de la bienfaisance , les autres en réservant exclusivement la charge à la charité individuelle *.

* M. le comte T. Duchâtel a parfaitement résumé, dans son excellent ouvrage De la Charité^ ces différentes opinions. « Il n’est nas besoin de longs raisonnements, dit-il, pour prouver qu’en soi la prudence des classes pauvres vaut mieux contre la misère que la charité privée, et la charité privée à son tour mieux que lessccoura de l’État. La prudence prévient la misère, elle maintient la dignité et l’indépendance des ouvriers; de là la préférence que la théorie lui accorde. Quant aux établissements de l’Etat, comparés à la bienfaisance volontaire, ils ne produisent pas les mêmes effets moraux que la charité privée ; de plus Us entraînent les inconvénients ordinaires de tout régime administratif , les impôts , les fonctionnaires, les négligences de toutes sortes dans les distributions des secours... Règle générale , il est mauvais que le gouver-

Faire de l'Élai le protecteur-né des pauvres, le dispensateur souverain des aumônes, lui imposer la loi de subvenir à Tindigence comme il fait la guerre ou protège par sa police la vie des citoyens ; c'est par une confusion d’idées et de termes, transporter au gouvernement l’obligation qui appartient à la société; c*esl créer la charité légale, honteuse plaie de pays nos voisins, dont Texpérience a prouvé les funestes résultats comme le raisonnement en a démontré les vices. L’émancipation successive du joug du pouvoir est dans la marche rationnelle et progressive de la société ; le commerce a brisé les entraves protectrices dont l’autorité trop bienveillante garrottait ses pas , l’instruction publique réclame à grands cris le même affranchissement et une égale liberté, la bienfaisance ne doit donc pas aller au rebours de cet ordre. Aussi, le système de charité publique incarnée dans le gouvernement , a perdu en France presque tous ses défenseurs et ne compte plus que fort peu de partisans.

Il y a différentes manières encore de comprendre l’action de la charité volontaire qui peut s’exercer par dons individuels, par associations, par fondations. Doit-elle être organisée en corporations, en sociétés philanthropiques, en réunions pieuses dont les bras se rattachent à des centres d’unité et de direction , dont les ruisseaux bienfaisants remontent à des sources communes, ou bien laissée à l’inspiration, à la volonté de chacun, livrée aux mouvements plus géné-

iieinenl fasse tout ce que ta société peut faire par elte uiéme. Voilà pourquoi nous plaçons la charité privée avant les institutions publiques de bienfaisance •> Pag.

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