‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 3 sur 73 · XXVI I · texte numérisé non relu

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reux peut-être, mais moins soutenus et moins intelhgeiilsdu cœur?.

Ce dernier mode de faire le bien semble en théorie préférable ù tous les autres , et a réuni l’assentiment d’ungraiKl nombre d’économistes. L'aumône procure souvent, en effet , un plus grand avantage moral à celui qui la donne , qu’elle ne. fournit un secours puissant à celui qui la reçoit. 11 est bon de voir de près la misère , de descendre vers le pauvre , de s’initier à sa vie de sacriOces et de peines , et difficilement on croirait, si on ne l’avait pas éprouvé, combien cette œuvre sainte fortifie , instruit et console. Mais en pratique , celte charité tout individuelle offre des impossibilités. Il est difficile d’abord de la concilier avec le principe qui proscrit la mendicité. Tout le monde ne peut pas aller visiter le pauvre en sa demeure, rechercher l’indigence, découvrir la misère qui se dérobe souvent aux regards dans une grande ville ; le temps , le courage , les moyens manquent , les convenances quelquefois s’y opposent. Il faudrait donc permettre à l’indigent d’étaler dans les rues ses besoins , de ravir par ses importunités une pièce de monnaie au passant affairé, de feindre , pour exciter la pitié , des infirmités factices; or, cette charité extérieure, en contradiction avec nos lois et nos mœurs, est aussi l’aumône la moins utile. Chacun sait et avoue que de tous les ’ modes de bienfaisance , la visite du pauvre est le plus doux et le plus fécond en résultats précieux de moralité, d’encouragement et d’amélioration. Mais pour que l’aumône arrive ainsi, portée par l’amour et la bienveillance, dans le réduit du pauvre, pour qu’elle

aille chercher l'ouvrier dans son atelier , la femme , l'enfant dans l'intérieur de la famille, il faut que partant d'un centre d'action où l'indigence est connue , appréciée , discernée, où régnent à la fois le génie du dévouement et l’intelligence de la charité , elle se répande par des mains habiles , et soit versée avec des paroles d’édiûcation et de conseil par des cœurs amis. Les associations de bienfaisance doivent être des sortes de sociétés en commandite, où des bailleurs de fonds fournissent aux membres actifs les capitaux dont ceux-ci doivent disposer pour le profit commun.

Nous arrivons donc, à la suite de cette revue sommaire des différents systèmes en matière de charité , à vouloir que l'aumône soit exercée non suivant l'inspiration passagère et souvent imprudente de chaque individu , mais par le principe de l’association, au moyen de la centralisation des secours entre les mains d’œuvres distinctes, dont chacune forme un tout et s'applique au soulagement d'une branche spéciale de misère. Ici , la charité légale — si ces deux mots toutefois wq hurlent pas trop de se voir accouplés — la charité légale n'est point à craindre. Ce qui en constitue le vice , c'est qu'elle provient de rimpôt , c’est qu’elle est une obligation sans mérite de la part de l’État, regardée comme telle par l’indigent qui l’exige, en sorte que les douces relations du bienfaiteur et du pauvre se changent en rapports de créanciers à débiteur. Dans la charité sociale , au contraire , le secours est toujours volontaire , méritoire ; il n'arrive pas périodiquement comme une redevance , mais au moment opportun , comme une

libél'alité providentielle; ir offre donc espérance mais non certitude ^ conünnce mais non sécurité au pauvre ; il vient Taider à Tinstant quelquefois décisif où le malheur le place dans Talternative dWforts désespérés ou de mort , mais il ne lui ravit pas la pénible etg[lorieuse nécessité du travail.

Le travail et la charité , tels sont en effet les deux puissants moyens que Dieu a mis au cœur de riiomme et attachés à son bras, pour lutter contre la nature rebelle et le monde vicié par le mal. Travail et charité , ces deux mots sont en quelque sorte synonimes et ces deux idées sont sœurs, car elles s’unissent dans une alliance étroite et bénie pour la réparation du crime originel , père de toute douleur ; Tune par la fatigue , la conquête , la pénible et continuelle action, l’autre par le sacriüce , la souffrance volontaire, l’abnégation personnelle, triomphe de Tamour sur Tégoïsme.

A qui demanderai-je Torigine du mal? et qui me dira pourquoi la misère s’est abattue sur le monde et a fait de la société sa proie? la sagesse antique n’est sur ce point que doute, erreur et mensonge, la philosophie ne fait que balbutier l’incertitude ou jeter pour réponse le blasphème. Mais au défaut de la science, la tradition primitive des peuples donnera sans doute la solution du problème. J’ouvre la Bible et je iis ces mots : « Et Dieu dit à la femme, je multiplierai vos angoisses et vos enfantements, vous concevrez dans la. douleur , vous serez soumise à l’homme qui dominera sur vous. Et à l’homme il dit : « Parce que tu as violé mon précepte, la terre sera maudite en tes œuvres , et tu n’en tireras

qu'à force de iravail ta nQurritore pendant tous les joui’s de ta vie. »

Voilà la déchéance et en même temps la réhabilitation. Ët dès-lors le travail a été une rigoureuse épreuve , le mode de la pénitence et de la régénération. « Depuis que le péché en entrant dans le monde a altéré l'œuvre de Dieu, le travail pénible de l'homme est devenu la condilion nécessaire du monde. Et le monde a été posé dans le travail , parce qu'il avait été posé dans le péché ; et le travail est une rédemption et une prière. Car c'est le travail qui élève l'intelligence, qui élargit le cœur, qui fortifie la volonté, qui conserve le corps et rajeunit les sens ; c'est lui qui sanctifie l'âme et qui bénit la nature*.... Ët le travail est le fruit du péché , et si l'homme n'avait pas péché , il n’aurait pas travaillé, mais il aurait seulement agi ; et son action aurait été toutepuissante , parce que sa volonté aurait été unie à Dieu. Et parce que l'homme a péché, Dieu a attaché la peine à son action , et la peine dans l’action c'est le travail *. » Un philosophe dont s’honore l’économie politique chrétienne, a complété cette idée en plaçant a côté de la sentence de justice , la grâce réparatrice de la charité. « La misère , dit M. de Villeneuve- Bargemont, est une des punitions infligées à l'homme depuis la chute originelle. En prononçant son arrêt, Dieu a indiqué le moyen qui pouvait adoucir la rigueur de son châtiment. C'est ainsi que le travail fut imposé à l'homme comme condition de son existence et comme épreuve nécessaire. Succes-

• Lwre des peuples, p 47, 2* édit.

siveinent , lorsque les sociétés étaient formées , et à mesure que de nouveaux besoins se faisaient sentir aux hommes , Dieu promulgua la loi de charité. Le christianisme fut la grande consécration de cette loi. Dès ce moment, toute Téconomie sociale reposa sur ces deux bases données aux sociétés par le Créateur suprême de toutes choses. De l'accord de la charité et du travail devaient découler tous les biens que Ton peut goûter sur la terre. Pris isolément, ces moyens de bonheur sont incomplets, réunis ils sont infaillibles.

On comprend ici qu'il ne s'agit que du rapport temporel , car dans l’ordre moral ou religieux , la charité seule serait encore toute-puissante. Il existe donc pour l'homme deux lois éternelles d'où dérivent toutes ses obligations envers lui-même et envers la société. La loi du travail dont l'infraction produit la misère ; la loi de la charité , dont l'inobservation produit non-seulement la misère , mais des conséquences plus fatales encore. Le travail accompagné d'intelligence , de sobriété, de vertu , conduit à l’aisance et à la richesse. Arrivé à ces degrés de la hiérarchie sociale , Fhomme qui désormais peut se passer de travail matériel , doit à la société des travaux intellectuels et charitables. S'il ne travaille plus par lui-même, il procure, il dirige le travail ; il doit contribuer à répandre, à propager l'aisance et la richesse qu’il a acquises. C'est ainsi qu'il devient un ministre de travail et de charité, c'est par ce mouvement progressif et constant du travail vers la richesse et de la richesse vers la charité, que l'inégalité des conditions humaines s'efface ou s'adoucit , que l'équilibre

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social se maintient, et que s’accomplissent tes vues de la Providence sur les hommes*. »

Ces nobles paroles qui sont le résultat et l’expression de la plus haute synthèse des lois sociales, nous ramènent à l’exercice de cette charité, fille du ciel et salut de la terre. Nous avons repoussé son action directe par le gouvernement, et il nous a semblé que le principe de l’association conèiliait merveilleusement l’obligation individuelle de faire le bien avec la plus grande somme possible de puissance et les fruits les plus abondants. « Le frère aidé de son frère, dit quelque part Bossuet, d’après la Bible, est comme une ville forte. Malheur à celui qui est seul, parce que s’il vient à tomber, nul ne lui tendra la main pour le relever. » Dans ce système, l’État ne doit intervenir qu’à titre de protecteur, de modérateur, et sous forme de subvention. Tel est le mode adopté par la bienfaisance publique à Rome. Presque toutes les œuvres qui s’y sont formées dans un but charitable et moral, sont nées de l’union de quelques âmes dévouées et généreuses. Un bon prêtre, un pauvre artisan quelquefois , ou bien un grand seigneur, un prince de l’Église, sentait son cœur attristé par la vue de quelque misère, et aussitôt il savait, dans son zèle, grouper autour de son projet des hommes de volonté, dont la bienfaisance, transmise comme, un pieux héritage, se perpétue encore à des siècles de distance. Les fonds ne manquaient pas à l’entreprise et un patrimoine lui était assuré

’ Du paupérisme, l. 5, p. 2.

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par quoique puissant protecteur. Si, de leur côté, les papes créaient, comme souverains, des institutions charitables, ils leur assignaient, avec complète aliénation, des terres ou des revenus; en sorte que les établissements de bienfaisance importants, les hospices, les conservatoires, les hôpitaux, possèdent leur fortune indépendante , administrée sous la tutelle de rÉtat, par des commissions spéciales. Si ce patrimoine ne suffit pas à leurs besoins, des secours sur le budget leur sont alloués , et quelques milliers de piastres reçoivent annuellement cette destination. Les autres œuvres vivent .de quêtes et de dons manuels; la charité individuelle s’exerce donc sous le double principe d’associations et de fondations ; le gouvernement vient à son aide à titre de subvention.

Les sociétés charitables, partant toutes d’une inspiration purement religieuse, ont à Rome une organisation en quelque sorte ecclésiastique ; elles portent le nom de Confréries; la bannière d’un saint leur sert de ralliement comme sa vie d’exemple; une chapelle particulière est ordinairement affectée à leurs réunions, et leurs réglements ont un cachet tout catholique. Dans l’exercice extérieur de leurs bonnes œuvres, les confrères se cachent généralement sous un habit fort laid en lui-même, mais favorable à l’humilité : le sac de pénitent qui les couvre ne laisse voir que les deux yeux, et des hommes du monde, de hauts dignitaires, voilent souvent sous ce froc grossier, leur généreux concours au soulagement de la misère. Les couvents, de leur côté, sont autant d’associations de bienfaisance qui répandent d’abondantes aumônes, non pas sans doute suivant les meil-

leurs |jriiici[)es économiques, mais selon les seuls peut-être qu’il leur soit possible de pratiquer.

L’énergie des croyances qui commandent si impérieusement la charité individuelle , jointe à raffeclation spéciale au secours des pauvres d’une forte partie des richesses monastiques , semble devoir éloigner des pays catholiques, la charité légale; tandis que chez d’autres peuples , l’absence de ces deux éléments l’a fait presque nécessairement naître, ou l’y amènera insensiblement. Plusieurs raisons historiques, morales ou politiques ont pu, dans certains royaumes protestants, arrêter le développement de ce détestable système de bienfaisance publique qui découle assez naturellement des principes du protestantisme; mais les deux causes qui ont surtout produit la taxe des pauvres, sont la suppression des ordres religieux et la sécheresse de cœur d’une théologie qui, rendant inutiles les bonnes œuvres, tarit les sources de la charité. « Le protestantisme, a dit M. de Chateaubriand , est exact à ses devoirs; mais c’est plutôt par raison que par tendresse; il vêtit le pauvre, mais il ne le réchauffe pas dans son sein ; il soulage l’infortune, mais il n’y compatit pas L» Aussi, le richeconsent bien à nourrir le pauvre, mais à condition qu’il ne le verra pas, qu'il n’aura pasà s’en occuper.

Et chose remarquable, quand la France se laissa un moment aller à l’application du système légal de charité, c’est qu’elle avait aussi abjuré la Foi ; mais cet oubli ne fut pas long, les lois faisaient violence aux mœurs , elles ne furent jamais sérieusement en

‘ Kiudes hisfoi’îques, pièfare.

usage et l’énergie des [)rinci|>es catholiques sauva notre beau pays de leur funeste inlluence. En droit et logiquement, les mêmes causes qui lors de la réforme ont créé en An‘>leterre la taxe des pauvres, devaient amener en France le même résultat: la différence des religions dominantes dans les deux pays, la différence aussi de leur position industrielle et politique, de leur caractère et du génie national ont déterminé chez nous une instinctive répulsion contre une théorie que produisait naturellement l’état des choses, et forcé l’administration à une heureuse inconséquence.

Les biens du clergé avaient toujours eu trois objets, le service de l’autel, l’entretien des prêtres, le soulagement des pauvres et des malades ; un tiers des revenus ecclésiastiques devait être consacré à ce dernier but. L’Assemblée constituante en confisquant, par son décret du 2 novembre 4789, les domaines du clergé, se chargea expressément , comme l’édit d’Elisabeth, des trois applications que l’Église faisait de ses revenus , et notamment de l’obligation de'subvenirà la misère ; ainsi, de même que l’impôt verse au budget des cultes 56 millions, destinés aux dépenses personnelles et matérielles du service religieux, de même il devrait fournir à la charité publique des fonds équivalents au tiers du revenu des biens confisqués. 11 faudrait de deux choses Tune, ou rendre ses' propriétés à l’Église ou les employer à leur destination;'maisde ces deux choses, l’une est impraticable, l’autre serait mauvaise puisqu’elle engendrerait la charité légale ; je signale donc pour mémoire seulement cette fausse position.

Les lé^jislateurs de rAsscniblée nationale et de la Convention, avec leur inflexible logique, n’bésilèrent pas, du reste, à subir la conséquence du principe posé par eux; ils admirent en droit que TEtat devait pourvoir directement à l’entretien des pauvres , ils crurent par là détruire la misère, et le rapporteur du comité de salut public, Barrère, s’exprimait ainsi dans sa farouche éloquence : « Ce n’est pas assez pour le peuple d’abattre les factions, de saigner le commerce riche, de démolir les grandes fortunes, de renverser les hordes étrangères, de rappeler le règne de la justice et de la vertu ; il faut encore faire disparaître du sol de la république la servilité des premiers besoins, l’esclavage de la misère, et cette trop hideuse inégalité des hommes qui fait que l’un a toutes les intempérances de la fortune et l’autre toutes les angoisses du besoin. Plus d’aumônes, plus d'hôpitaux I c’est la vanité sacerdotale qui créa l’aumône. »

En conséquence les lois de mars 1795 et juin 94, réglaient les secours à distribuer aux pauvres sur une échelle tellement vaste que les revenus de l’État n’eussent point suffi ; on établit qu’ils étaient une charge non locale et municipale, comme en Angleterre, mais nationale; on centralisait donc les ressources pour les répartir ensuite, on enlevait aux établissements de bienfaisance leur patrimoinë pour le fondi'e dans le domaine public, on organisait enfin un vrai régime de charité légale. C’était plus sans doute , chez ces hommes, amour de cette unité administrative dont la réalisation [)i*éoccupait sans cesse leurs esprits, ^uc désir d’imiter l’Angleterre à laquelle ils ne songeaient pas, ou de changer les bases et les conditions

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