DE LA COMPAGNIE DE LA CHARITÉ POUR ASSISTER LES MALADES CHRONIQUES
Bien que les hôpitaux ci-dessus décrits reçoivent aussi les maladies chroniques , parce que nul genre de misère n est privé des secours de la Charité romaine, cependant, le manque d’un heu spécial pour les soigner a suggéré à quelques pieuses femmes l’heureuse idée d’établir à Borne l’ordre des Sœurs de la Charité , fondé en France par saint Vincent-de-Paul , dans la paroisse qu’il dirigeait. En 1820, on en fit l’érection canonique dans l’église paroissiale de la Madone des Monts ; en 1 826, cette bonne œuvre s’étendit à la paroisse de Saint-Augastin , et, en 1828, à celle de Sainte-Marie-de’-JWdrchegfgtani.
La Compagnie de la Charité se compose de femmes seulement, veuves , mariées ou filles , de condition honnête et au-dessus de quarante ans (bien qu’en France on les admette dès l’àge de dix-huit). On a choisi les femmes comme inclinant plus vers la compassion , et parce que , habituées aux travaux domestiques, elles s’occupent mieux du soin des malades ; tandis que les hommes , distraits par de nombreuses et graves occupations , s’y appliqueraient difficilement. 11 n’en est, d’ailleurs, jamais résulté le moindre inconvénient. Chaque paroisse agit séparément, bien qu’elles se soutiennent les unes les autres dans les besoins urgents par des prêts réciproques
de personnes et d’argent. Le curé est le premier supérieur ,*et a le titre de directeur; la prieure est la première entre toutes les religieuses. Les novices font pendant six. mois l’apprentissage des soins qu’ elles auront à rendre. Dès qu’il y a dans une paroisse un malade chronique, par exemple un apoplectique ou tout autre, le curé en avertit les sœurs, qui vont le visiter deux fois par semaine , lui donnent une demi-livre de viande par jour , paient le médecin, les remèdes et le chirurgien , fournissent le lit et les linges nécessaires, enfin ne le quittent que s’il meurt ou revient à la santé. Ou ne saurait dire avec quelle ardente charité nos bonnes sœurs assistent les infirmes , les servant jour et nuit s’il le faut. Il leur est expressément interdit de se mêler de parler maladies ou médecine, et elles ne pourraient, sans contrevenir à une loi fondamentale de leur ordre , influencer les dernières volontés du mourant. Les ressources de la société se composent de contributions mensuelles ou annuelles. Chaque paroisse a sa caisse spéciale ; mais elle vient dans l’occasion au secours des autres. La Datai rie fait une légère aumône à la Madone des Monts , considérée comme la mère de l’œuvre et le modèle que doivent copier les autres paroisses qui désirent en jouir; elle ne peut , avec ses minces revenus , secourir à domicile que huit malades. Les dépenses de juillet 1832 à août 1833 se sont élevées à 260 écus ; ainsi , chaque malade coûte 32 écus par an. La paroisse a cinq mille habitants et trente sœurs de la Chaj'ité. Saint- Augustin secourt huit infirmes; Sainte- Marie-de’ -Marcheggiani quatre, l’œuvre y naissant à peine. Saint Vincent-dc-Paul a lui-même écrit les règles de l’ordre, adaptées principalement aux petites villes où
manquent les hôpitaux ; cependant elles s’appliquent parfaitement aux grandes capitales , et plaise à Dieu qu’elles se répandent dans toutes les cinquante-quatre paroisses de Rome. Un discours ad hoc est prononcé tous les mois devant les vénérables sœurs , pour réveiller leur ferveur et les exciter de plus en plus dans leur belle et utile mission de Charité.