DE L HOSPICE APOSTOLIQUE DE SAINT-MICHEL
Le grand pontife Sixte V’, effrayé des vices qu’engendre l’oisive mendicité, résolut d’enlever de Rome cette plaie hideuse et d’exécuter ce précepte de Moïse : « Que l’on ne voie point de pauvres et de mendiants parmi vous » Sur les dessins du chevalier Dominique Fontana il fit élever, près du pont Sixte, un hospice (aujourd’hui nommé des Cent-Prètres ) pour les pauvres des deux sexes, et ordonna que tous s’y tinssent renfermés sans plus parcourir les rues et les places en demandant l’aumône. Ce fut le premier asile ouvert à Rome pour éteindre la mendicité; car bien que les papes précédents. Pie IV et Grégoire XIII, aient eu la même pensée, le temps leur avait manqué pour la mettre à exécution.
Cependant peu d’années avant cette entreprise, et précisément en 1 582, un nommé Jean Léonard Ceruso, ayant compassion des pauvres enfants abandonnés que, cette année-là, la rigueur de l’ hiver avait rendus fort nombreux , les recueillit dans quelques chambres d’ une maison de la rue des Banquiers, près du palais Chigi. Cet homme était né à Carisi, diocèse de Salerne en 1551. Dans le principe, ilavait enseigné la grammaire, et comme il prononçait souvent quelques paroles latines on l’avait nommé par plaisanterie le lettré, nom qui fut donné à ses enfants et qu’ils
’ nulle Quamvis infirma de 17ST.
^ .Non decrunt pauperes in terra liahitaliotiis Uue, ideiroo ego praccipio tii»i ni aperias inanuni fralri tno egeno elpaupcri... omnino indigonsel niendicns iioiieril inter vo>;, nt heiiedical libi Domiimÿ 0011“ hms...
portent encore. 11 emplo^^ait ses élèves à nettoyer les rues, moyennant une petite rétribution des marchands. Il allait par la ville avec un habit bleu venant à mi-jambe, un gros chapelet au cou, tète et pieds-nus, avec un maintien si modeste que saint Camille de Txllis le nommait le prédi’cateur muet. Saint Philippe l’estimait aussi beaucoup et le fit connaître au cardinal Frédéric Borromée , qui plaça son portrait dans la galerie des hommes illustres de la magnifique bibliothèque Ambroisienne de Milan» 11 mourut en février 1595, et l’on voit dans l’église de la Mort une pierre tumulaire qui en garde le souvenir. Son établissement fut transporté par les soins du cardinal Baronius , près de l’église deSainte-Marie-de-la-Charité, an Cours, et plus tard , il fut , ainsi que le dépôt de mendicité de Sixte V, incorporé dans l’hospide apostolique de Saint- Michel, àBipagrande, dont je vais rappeler l’origine.
Thomas Odescalchi après avoir complété ses études à Côme sa patrie , et passé sa jeunesse dans les armes et les plaisirs de la chasse, vint à Borne où, à l’exemple du cardinal Benedetto et de D. Marcantonio ses parents , il se livra aux œuvres de charité. Benedetto son oncle devenu pape, il fut lui-nième aumônier et ensuite chanoine de Saint- Pierre. Allant un jour à Sainte-Galle ou D. Marcantonio logeait les pauvres pendant la nuit , il s’a|)erçut que l’on y admettait souvent des jeunes gens, fugitifs jK)ur la plupart de la maison paternelle, et dont pei'sonne ne prenait soin. 11 pensa que ces enfants étaient mal placés dans les dortoirs communs, et les réunit dans une mai son de la place Margana où il les occupa aux gros travaux do la laine. Ils étaientalors une trentaine, et bientôt ils arrivèi’cnt au nombre de soixante. Innocent XI les confia aux Pères des
écoles pieuses et pour leur entretien leur assigna 50 écus par mois, retirés par l’aumônerie à d’autres lieux charitables plus favorisés de la fortune. Monseigneur Odescalchi s’attacha tellement à ces pauvres enfants, qu’il leur acheta, en 1686 , sur la grande rive du Tibre, un beau terrain, sur lequel il fit élever un hospice. Dans les étages inférieurs on construisit de vastes ateliers', afin que les élèves n’allassent plus travailler chez les fabricants de la ville ; et dans les étages supérieurs, des dortoirs, un réfectoire et des chambres pour les Pères des écoles ; lui-même travaillait souvent avec les manœuvres par amour et chrétienne humilité. Le 9 avril 1689,* il transporta dans ce nouveau local ses chers élèves, qu’il continua à aimer et à diriger jusqu’en novembre 1692, que Dieu l’appela à jouir du bonheur des justes. Illaissa son hospice et une vigne peu éloignée de Rome au prince RivioOdescalchi, lequel, l’année suivante, en transféra la propriété au pape Innocent XÏI. Celui-ci avait, dès le mois d’octobre 1692, recueilli, comme Sixte V, tous les mendiants dans le palais de Latran. 11 envoya tous les enfants qui se trouvaient parmi eux'aux Pèresjdes écoles pi^$pî| de Saint-Michel, auxquels furent aussi confié les'élévœ du lettré ; de sorte que deux cent soixante, enfants se trouvèrent réunis dans le niême local, ainsi que le rapporte Piazza, auteur contemporain. Innocent XII conçut alors le projet' de rassembler à Saint-Michel quatre grandes famUles de pauvres, c'est-à-dire les l^alides et jWorphelins des deux' sexes. Mais le belle entreprise , et les
vijPpyifdB,restèreàtà l’hospice six tin, les jeunes orphelines au palais de Latran, seulement tout fut mis entre les mains
' Bulle A>1 exercHium do I0*)5.
de la même administration générale. Innocent la dota des bâtiments de la curia Innocenziana , du palais de la poste, de la place Colonna, et de Baldinetti, au cours, des deux douanes de terre et du port. Il enrichit de plus l’hospice de Saint-Michel d’une belle fontaine, placée au milieu de la cour et alimentée par les sources Paulines.
Glémënt II, successeur immédiat d’innocent XII dont il avait été l’intime conseiller, en poursuivit le projet; à la partie orientale du bâtiment Odescalchi il ajouta une aile nouvelle sur les plans majestueux et solides de Carlo Fontana, et y transporta les deux familles de vieillards d es deux sexes, logés jusqu’alors â l’hospice sixtin. Ce bâtiment , parfaitement construit , a une belle cour transformée en jardin , entourée de deux étages de portiques , avec un vaste réfectoire , des dortoirs , une infirmerie , une cuisine, une pharmacie et des caves amples et commodes, de sorte que rien ne manque aux exigences de la vie. Dans cette aile est l’église, que l’architecte dessina fort habilement en croix grecque, afin que chacune des quatre communautés ait sa nef spéciale et que le maîtreautel, placé au milieu, fut visible de toutes parts. Mais le bras qui devait servir aux jeunes filles n’a jamais été construit, et l’église, bien que vaste et belle, est restée brusquement tronquée de cette partie. Au-dessus de l’église est un grand séchoir dont les charpentes sont remarquables; au-dessous, le cimetière; sur la porte on voit le buste de Clément XI avec l’inscription Amplificatori bencficentissimo, et dans l’église même les portraits de Sixte V et d’innocent XI 1; le premier, surmonté de ces mots : Fundatori opiimo; le second de ceux-ci : HenefaÀ.'tori maximo.
Clément XI, avant même qu’il élevât l’aile dont nous avons parlé, avait fait construire, en 1 703, par l’architecte Carlo Fontana, une prison correctionnelle pour les jeunes gens coupables de délits. Le sage pontife pensait, de cette manière, que comme dans l’hospice voisin on les élevait pour les arts et la vertu ; ainsi dans ce nouvel asile on corrigerait leurs défauts, ce qui est une seconde 'éducation. Le style de cette maison de correction est magnifique en son genre, et elle peut, à bon droit, être considérée comme la première idée des célèbi’es ])risons pénitentiaires d’Amérique, de Suisse et d’ Angleterre '.i^Imaginez* une grande salle rectangulaire garnie, sur ses 'longs côtés, d’un triple rang de cellules dont les portes donnent sur un balcon qui longe tout l’édifice intérieur. Deu\ larges fenêtres ouvertes vis à-vis l’une de l’autre, dans les deux petits cotés, éclairent et assainissent merveilleusement la salle. Au fond est l’autel; et dans la même salle un espace suffisant pour les travaux. Les 64 cellules des' prisonniers peuvent être surveillées d’un seul coup-d’œil par le directeur, avantage le plus grand du système panoptique de Bentham ï Au-dessus de la prison est un grand séchoir pour les draps, au-dessous de commodes magasins pour les ouvriers drapiers. Parallèlement'au pénitencier. Clément XI continua l’aile Odescalchi et destina les étages supéri^rs aux ateliers des beaux-arts et à la premièi e
fabrique de tapis. Clément XII éleva, on 1,735; entre ce
batiment et la prison correctionnelle des jeunes Métenus une maison de pénitence pour les femmes’,' lesquelles pouvant plus facilement se diviser en catégories, occuperenf aussi plus tard la partie des jeunes gens transportés près
' Voyiy !;i pivfaro du Iradncloiir.
de la prison d’innocent; et aujourd’ hui , par malheur, elles sont trop voisines de l’hospice auquel leur séjour est même adjacent. Pie VI compléta enfin, en 1 790, le plan d’innocent XII et fit élever le conservatoire des jeunes filles qui habitaient encore le palais de Latran. Nicolo Forti fut l’architectede ce bâtiment, de beaucoup inférieur au reste de l’hospice, soit par le vice du plan qui a dessiné le mur en ligne courbe , soit pour défaut de solidité des constructions, puisque vingt ans ‘après on fut obligé de les étayer. Il circonscrit une cour quadrilatérale ornée d’une fontaine ; sur trois de ses côtés sont les dortoirs, ateliers, cuisine, réfectoire et lieux de décharge: on duty ajouter une petite chapelle intérieure, l’église paroissiale manquant, comme je l’ai dit, de celle de ses nefs destinée aux jeunes filles. Sous l’énergique administration de monsignorTosti l’édifice a acquis un nouveau genre de beauté par l’éloignement de tout ce qui déformait la pensée primitive, et l’adjonction de nouvelles et importantes constructions; de sorte qu’ aujourd’ hui , au dire des étrangers mêmes, nul établissement en Europe ne peut êtr<î comparé à Saint-Michel pour la grandeur, la commodité, la magnificence. La longueur de l’édifice est de 1 503 palmes (334 mètres), la largueur de 360 palmes (80 mètres}, lepoiirtour de 3325 palmes (850 mètres); c’est-à-dire plus d’un demi-mille. La plus forte hauteur est de 1 12 palmes (25 mètres) ; enfin l’emplacement a 540,000 palmes carrées (26,720 mètres). Monsignor Vaï publia, en 1 774, une description de l’hospice Saint-Michel , et monsignor Tosti , président’ , a écrit un ouvrage important de droit public sur tout ce qui concerne l’ histoire, les réglements
' Aiijminriiiii r.’iraiiial o| visilcnr aposloliiinc de l’hosfiico do Sainl-.Mitiiol.
et l’économie du même établissement; j’en ai extrait, en grande partie , les détails de ce chapitre.
L’ hospice apostolique embrasse quatre grandes familles , c’est-à-dire celles des vieillards de l’un et de F autre sexe, des jeunes gens et des jeunes filles. Les garçons occupent le bâtiment Odescalchi, agrandi par Innocent XII ; les vieillards, celui de Clément XI; les jeunes filles, l’aile bâtie par Pie VI. Les vieillards doivent être Romains, ou domiciliés à Rome depuis cinq ans ; ils doivent dénoncer en entrant la quotité de leurs biens, sous peine de les voir confisquer au profit de l’hospice. On ne reçoit point ceux qui auraient des maladies incurables ou contagieuses, et pour éviter toute fraude, le médecin les visite avant leur admission. Ils se divisent en deux classes ; la première se compose de ceux qui ayant encore une santé suffisante, sont employés aux travaux de la cuisine, de la dépense, du réfectoire ; ils sont portiers, surveillants ou gardiens et travaillent dans les ateliers des jeunes gens ; les autres, d’un âge plus avancé et d’ une santé chancelante, sont dispensés de tout ouvrage. Les premiers occupent un grand dortoir, ditdeSiÜ^)|ixte; les seconds, une salle nommée l’infirmerie-Rasse d’où, sans monter un seul degré, ils vont au réfectoireet à l’église. Un prieur, prêtre, dirige cette communauté; aujourd’hui composée de 120 individus, dont 100 entretenus gratuitement , 20 au moyen d’une légère pension. Il est permis aux vieillards de sortir à certaines heures, et ceux que leur santé empêcherait de le faire, ont un corridor intérieur couvert où ils peuvent se promener. Leur nourriture consiste en dix-huit onces de pain, quatre de viande, auxquelles, deux fois la semaine, on ajoute des légumes ou choses semblables, un potage,
une feuillette de vin pur ; le soir , des légumes et une salade ; quelque chose de plus les jours de fête. Les vêtements se composent, en hiver, de pantalons, habit court, manteau et bas en étoffe de laine gris brun ; et des mêmes objets en toile l’été. Lorenzo Bonimontria avait fondé cinq lits pour cinq pauvres prêtres ; mais les revenus , diminués de trois cinquièmes, ne permettent plus d’en admettre que deux, nommés prêtres élèves qui, sous les ordres du prieur, surveillent les vieillards ; parce que la vigilance est extrêmement importante vis-à-vis d’hommes qui, sentant leurs forces s’affaisser sous le poids de l’àge, se livreraient facilement à la boisson.
Les vieilles femmes sont au nombre de 90, et en y joignant 30 jeunes filles de service, on a une communauté de 120 personnes, réparties en cinq -dortoirs , dont l’un se nonune infirmerie des invalides, parce que l’on y place les femmes qui ont besoin du secours des autres. Une seconde infirmerie, la plus vaste de tout l’hospice, est destinée aux malades. Elles ont la même nourriture que les vieillards, et reçoivent une petite somme annuelle en place des vêtements, dans lesquels on n’exige point d’uniformité. Elles s’occupent à faire des bas, à coudre les étoffes nouvelles, à raccommoder les anciennes. Les jeunes filles, annexées à cette communauté comme femmes de service (/“aricanri), soignent la lingerie des vieillards, des femmes et des jeunes gens; elles servent la salle des invalides, l’infirmerie, le réfectoire commun et la cuisine des malades. La communauté est présidée par une prieure, choisie parmi les habitantes mêmes de l’hospice, et renouvelée tous les trois ans. Ix* prêtre prieur du conservatoire l’est aussi de cette
communauté. On permet aux femmes de sortir pour se promener ou faire quelque commission : les tilles de service sortent toutes ensemble , accompagnées d’une vieille. Si elles se marient, l’hospice leur donne lOécus de gratification.
La famille des jeunes gens fut, comme nous l’avons vu, placée la première à Saint-Michel, par monsignor Odescalchi , et augmentée sous Innocent XII par l’adjonction des élèves du lettré. Innocent XII voulait que ces enfants fussent tous orphelins et au nombre de 300, chiffre qu’ils n’ont jamais atteint. Il les aimait tant qu’il leur donnait le doux nom de ses fils, et qu’il vint les visiter au moins 64 fois. Les jeunes élèves, en souvenir de cette affectueuse bonté , célèbrent chaque année, pour l’àme du pontife , un service solennel au jour anniversaire de sa mort, et en redisent les louanges. L’hospice compte 200 jeunes gens, divisés suivant leur âge en six chambrées , qui prennent le nom de leurs saints protecteurs, Saint-Michel, Saint-François-Xavier, Saint- Philippe, Saints-Picrre-et-Paul , Saint-Charles , Saint-Innocent. Chaque chambrée a un préfet clerc ou prêtre , et deux sous-j)réfets nommés décurions, choisis parmi les élèves les plus sages et les plus raisonnables. Un prêtre-recteur surveille la discipline intérieure de la communauté. Pour être admis, les enfants doivent être orphelins, Romains ou au moins originaires des États pontificaux , et {\gés de moins de douze ans. Quelquefois on en admet moyennant la légère rétribution mensuelle de 4 écus et demi, parce que les revenus de l’hospice ne suffiraient pas à r entretien d’un si grand nombre do jeunes gens; ilen est
actuellement 1 60 reçus gratuitement , 60 avec pension . Leur nourriture est celle indiquée plus haut , avec un supplément de 4 onces de pain pour les plus âgés. Leur lit se compose d’une paillasse, d’un chevet de laine, de draps, de deux couvertures de laine ; les pieds sont en fer, le reste en marronnier. Le vêtement d’intérieur et de travail est de drap en hiver, et en été d’un tissu de (il et coton nommé rigatino. Quand ils sortent, ils ont une soutane de drap noir. Tous les habits et linges sont numérotés, afin que chacun ait toujours les mêmes et soit tenu de les conserver avec soin. Il est permis aux élèves d’aller quelquefois dîner chez leurs parents, pour entretenir les affections de fannille. Les jours de fête ils sortent deux à deux , par chambrée , guidés par le préfet. On les mène quelquefois se divertir dans une vigne hors de la \)orie Portese^ probablement celle qui fut léguée à l’hospice par monsignor Odescalchi.
Les jeunes gens apprennent les arts mécaniques ou étudient les arts libéraux. Dans l’intérieur de l’hospice sont des ateliers d’imprimeurs, relieurs, tailleurs, cordonniers, chapeliers, lainiers, teinturiers, selliers, ébénistes, serruriers et quincailliers. Pour les beaux-arts, on a la fabrique des tapis en figures ou ornements , la seule de toute ! Italie; la gravure sur bois, 1 ornementation, la peinture, la sculpture, la gravure sur cuivre, camées et médailles. D’excellents maîtres donnent des leçons de ces diverses branches d’études ou d’industrie, et rien ne manque au perfectionnement de chacun de ces arts. Quelques élèves sont employés à la comptabilité de la maison ; ce qui les rend propres à une utile ])rofession et les dispose à être de bons régisseurs. L’hos-
pice a d’ailleurs l’antique et louable coutume de distribuer ses emplois intérieurs à ceux qui ont été ses fils. L’instruction littéraire est à la hauteur des connaissances nécessaires à des artisans et à des artistes. Il ,y a une école de lecture, écriture, arithmétique et catéchisme où vont les élèves, jusqu’à ce qu’ils aient prouvé qu’ils en ont profité. Ceux qui s’adonnent aux beaux-arts suivent l’école du nu au Capitole, et étudient un. peu d’anatomie, la mythologie, l’histoire sacrée et profane. L’illustre professeur Poletti leur fait aussi un cours de géométrie et de mécanique appliquées aux^arts, et l’on y a récemment ajouté l’école de chimie appliquée qui manquait à Rome. Enfin, une école de musique vocale, suivie avec succès par quelques élèves, les met à même de divertir au carnaval, par des représentations dramatiques, non-seulement la communauté, mais le public. En résumé, l’hospice de Saint-Michel est une véritable école polytechnique, un vrai conservatoire d’arts et métiers, ouvert par le génie des papes un siècle avant qu’en possédassent les nations les plus éclairées de l’ Europe.
La communauté des jeunes igppelée aussi conservatoire de Saint-Jean, du nom dju palais de Latran quelle
occupa pendant plus d’un siècle,* comprend 240 personnes, presque toutes entretenues gratuitement. Le but de cet établissement, comme de tous ceux de ce genre, est d’enseigner la religiou^aux jeunes filles, de les sauver de la séduction, soins^ domesti-
queset.|ii^||||^|j||p|^ filles de Saint-Michel
occupent neuf grands dortoirs présidés par les plus anciennes. La prieure et la sous-prieure sont choisies tous les trois ans parmi les plus avancées et les plus sages.
Les proches parents peuvent venir les voir, mais ne pourraient jamais les avoir à dîner chez eux, parce qu’il en résulterait peut-être des désordres. Elles sortent toutes ensemble, accompagnées du prieur, qui est un prêtre chargé de la discipline intériéure. Leur nourriture' est la même que celle des autres communautés ; elles portent, quand elles vont dans la ville, un vêtement uniforme de serge noire avec un voile blanc sur la tête. On leur donne des leçons de lecture, écriture, arithmétique, ainsi que de musique, d’ouvrages de femmes ; ce qui facilite leur entrée dans des monastères et sert à embellir les cérémonies de la chapelle particulière du conservatoire. La cuisine et le blanchissage se font dans la communauté même, suivant un très ancien usage, et ces travaux préparent utilement les femmes aux soins qui leur seront confiés dans leur ménage. Elles fabriquent en outre tous les ornements d’uniformes de la milice papale , et on leur abandonne, comme encouragement, une moitié du gain. Quelques autres travaillent la soie, la toile, les rubans^ soit pour l’usage de l’hospice lui-même, soit pour des négociants. Comme on ne congédie les pensionnaires que pour les marier ou les faire religieuses, il en est de vieilles, incapables de fatigues, et qui ont besoin de l’aide des autres; les plus fortes d’entre celles-là font f office de maîtresses ou de surveillantes des plus jeunes. L’archiconfrérie de l’Annonciation donne par an 100 écus qui servent de dot aux mariées ou aux religieuses.
Léon XII érigea en paroisse l’hospice apostolique, attaché jusque-là à la cure de Sainte-Cécile. Le curé a un vicaire qui le seconde dans la prédication, l’enseignement, d’administration des sacrements et l’assistance des mori-
bonds. Les quatre communautés entendent la messe le matin, récitent le rosaire et accomplissent d’autres pratiques de piété très nombreuses. Le curé et le vicaire sont aidés dans l’audition des confessions par deux prêtres pour les jeunes gens, deux pour les jeupes filles, un pour les vieillards et par d’autres encore qu’y appelle spontanément le zèle du salut des âmes. T^es dimanches, les gar^ çons et les filles récitent l’office; le vendredi, les vieillards ont le saint exercice de la bonne mort. Dans le courant de l’année une retraite spirituelle a lieu, suivant les exercices de Saint-Ignace, et les ouvriers drapiers peuvent aussi en profiter pour se préparer aux pàques. Je ne cesserais pas si je voulais énumérer toutes les œuvres de religion pratiquées dans l’hospice pour déposer au fond du cœur des élèves ces germes de solide piété qui, par la suite, en font de bons^ citoyens.
L’hospice recevait, dans le principe, les produits de (juelques impôts pubücs, sagement établis par les papes, qui par l’ usage qu ils en faisaient au profit des pauvres, en éloignaient toute idée de charge odieuse. Telles furent les taxes des armes, du bois, des cartes à jouer, du droit d’ancrage du port d’ Anzo, du péageau pont Talaro, taxes réunies plus tard au trésor, qui donne en échange uiie somme annuelle de 20,000 écu's, dans lesquels sont compris l’ indemnité des capitaux perdus et les 100 écus assignés chaque mois à l’école de tapisserie*. Une autre source de revenus est le pnvjl^e 4’ffi|^»ionner les palais aposto2||p^.^ la milice jmijtifioi# tout ce qui se fabrique |ans l’établissement. Innocent XII lui fit don du palais de Latran, de la curie bâtie par lui, et dans sa noble prodigalité lui envoya en une seule fois 100,000 écus.
Cet exemple fut splendidement imité par le pape régnant, Grégoire XVI, père plein d’amour pour T hospice, et qui, de sa propre cassette, a soutenu l’atelier des draps , dans un temps de crise, afin que les pauvres ouvriers de cette fabrique qui attendent de leurs travaux le pain de leurs familles ne fussent pas sans ouvrage. Quelques particuliers ont aussi donné des capitaux en échange du droit de placer librement les pauvres qu’ils protègent; de sorte que l’hospice a un revenu de 50,000 écus.
J’ai signalé le privilège de fournir des draps aux palais apostoliques et aux soldats pontificaux. L’atelier destiné à cette fabrication peut être considéré comme un établissement à part, semblable aux maisons de travaux ou d’indtistrie. La surabondance des ouvriers drapiers est extrême à Rome, par suite de T impossibilité où sont les fabricants de lutter contre la concurrence étrangère . Thomas Odescalebi établit donc dans son petit hospice des métiers détissage, et Clément XI fit construire, parFontana, un atelier si beau qu’il pouvait facilement recevoir tous les perfectionnements de l’art. Plusieurs élèves y étaient employés; mais aujourd’hui son peu d’importance les en a éloignés. Une vaste teinturerie, bienfournied’ instruments, estjointe à la fabrique et l’école de chimie appliquée, fondée cette année et la première jusqu’ici existant à Rome , formera de bons teinturiers , instruits et capables de tirer leur métier de l’ ornière. La fabrique se compose de deux vastes magasins pour les laines brutes , tirées eu général de nos bergeries , de bonnes qualités et même de race espagnole devenue indigène dans les états romains. Un vaste atelier est destiné auxcardeurs et imprimeurs; au-dessous est Je lieu où on lave les laines et où l’on nettoie les draps. La
filature se fait liors de la mais^^n par des femmes et en grande partie par les condamnées du pénitencier et les jeunes gens des prisons correctionnelles , auxquels on accorde la moitié du gain. Les tondeurs ont aussi leur lieu à part; mais tous les travaux ne pouvant s’exécuter dans l’hospice même, on en donne aux ouvriers dans leurs propres maisons. Tout se fait à la main, sans machines. La fabrique emploie 850 individus de tout Age et de tout sexe ; elle produit 30,000 aunes de draps destinés nonseulement aux soldats et aux palais, mais aux particuliers qu’attire la bonté de ses produits. Une éternelle reconnaissance est due AM. Antonio Costa qui, depuis plusieurs années, dirige la fabrication des di'aps avec un zcle et une habileté dignes des plus heureux résultats* .