CHAPITRE IV
DE l’hospice de PAPA-JEAW.
Pour opérer de grandes et utiles choses en faveur des hommes, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir des moyens puissants, un génie supérieur, de fortes ressources, il suffit de sentir brûler en son Ame ce feu de la charité qui s’enflamme au foyer de la religion. Un pauvre artisan , entièrement idiot comme le fut Jean Borgi, réussit à fonder, il y a cinquante ans, une institution belle entre toutes, iK)ur l’éducation deS orphelins abandonnés. Il voyait des troupes de jeunes garçons errer dans la ville, à peine
’ Voyez noie
vêtus et chaussés, grandissant dans le vice et l’oisiveté; quelques-uns étaient orphelins , d’autres délaissés par leurs parents. Il les recueillit chez lui, et au moyen de quelques aumônes, les habilla et les envoya en apprentissage chez des fabricants de la ville, afin de leur procurer l>ar le travail des moyens d’existenee. De généreux bienfaiteurs ne tardèrent pas à le seconder de leurs conseils et de leurs bourses ; entre autres D. Michel di Pietro , depuis illustre cardinal , qui loua pour lui un appartement dans la via Giulia et lui assigna 30 écus par mois , ce qui permit d’ élever à quarante le nombre des orphelins. Borgi les appelait ses enfants et ceux-ci réciproquement le saluaient du titre fibal de papa d’où vint à l’institut le nom de Tata-Giovanni (Papa-Jean). Pie VI, dont le cœur était si généreux, fut le principal protecteur de Borgi ; il lui acheta la maison dans laquelle il était en location et le traitait très amicalement ainsi que ses orphelins, auxquels il donna souvent de sa propre main de l’argent, dans la saeristie du Vatican.
Bien que papa Jean fut illettré, il sentait la nécessité de l’Instruction et fit enseigner à ses enfants la lecture, l’écriture, l’arithmétique par un certain François Ceiv vetti. Mais comme Jean était rude et grossier en ses manières, bien que charitable, leurs caractères ne purent s’accorder, et Cervetti le quitta pour fonder umautre refuge d’orphelins, dit de l’Assomption de la Vierge, qui, en 1812, fut réuni à l’hospice de Tata-Giovanni. Borgi mourut d’apoplexie le 28 juin 1798, âgé de 66 ans. Si l’asile des orphelins n’eut pas été une œuvre de Dieu, le tourbillon révolutionnaire l’eut sans doute emporté, puisque sous la nouvelle forme de gouvernement, il lui man-
quait ses cardinaux et ses prélats protecteurs, et que les esprits agités pensaient à toute autre chose qu’ aux œuvres de bienfaisance. L’avocat Bélisaire Gristaldi, devenu plus tard cardinal, se chargea de la maison pieuse, la transféra à Saint-Nicolo-di-Tolcntino où il mit tout en bon ordre et organisa les travaux intérieurs, pensant que dans les circonstances présentes , il n’ était pas prudent de laisser aller les enfants dans les ateliers delà ville. Le pape rendu à Rome, le couvent deSan-?ücolo retourna aux Augustins elles orphelins furent piis à Saint-Silvestre, au Quirinal, sonsla direction des Pères de la compagnie de la Foi. De Saint-Silvestre ils allèrent au bourg Sainte-Agathe^ ensuite au palais de Ravenne, enfin àla Madone-des-Monts dans la maison des catéchumènes, où ils ne restèrent pas long-temps , parce que Pie VII ayant rétabli ces derniers, accorda aux orphelins Téglisc de Sainte- Anne-des- Menuisiers et une partie du couvent des Salésiennes.
C’est dans ce local, assez mal adapté à sa destination,^ qu’est placé l’ hospice de Tata-Giovanni, aussi nommé de r Assomption de la Vierge j on y admet les enfants romains pauvres et abandonnés, suivant la règle du fondateur : et vraiment l’on ne peut assez admirer combien la seule charité inspira de prudence à un homme inculte qui ne demandait et ne recevait pas facilement des conseils. Les enl’ants occupent six chambres nommées de Saint-Joseph, de Saint-Philippe , de Saint-Pierre , de Saint-Paul , de Saint-Stanislas, des Saints Camille et Louis. Comme tout ' est simpledans cet institut, les jeunes gens eux-mêmes les plus sages, les plus âgés, président les chambres, et, mieux instruits que les autres, leur enseignent les premiers éléments de la science. De bons prêtres on de pieux laïques
viennent souvent, le soir, distribuer l’aumône de l’instr action , et il en est aussi qui enseignent les principes d’orne^ mentation et de géométrie, connaissances fort importantes pourde jeunes artisans. Mais par-dessus tout on s’attache à former leur cœur par l’enseignement religieux et par de solides praticjues de piété qui font croître les élèves sous les plus heureuses espérances, parce que quand la foi a poussé de profondes racines au fond de Tâme, elle y fait fructifier toutes les vertus chrétiennes et sociales.
Parmi les maximes que la religion inculque à l’homme, est celle-ci : que l’on doit par le travail soutenir son exis-
tence. AussHeSjâèves vont-ils, dès l’âge le plus tendre, apprendre ^ les atelier^ de ^rce que
l’institut P’a
pour le seul usage de la maison. Cette méthi^eiÉ^et jeunes gens de choisir l’état qui leur plaît, d’après leurs forces et leurs dispositions, et entre 120 élèves il y a 39. métiers différeiits..On n’oublie pas les beaux-arts, ni même l’étude des belles-lettres ; mais avant de les enlever aux arts mécaniques, but principal de l’institution , on exige des preuves non douteuses de leur talent, pour ne pas
changer abusivement la nature.d^ ^nâaux ét A vingt état de se tirer tiennent presque tous diu^ le inonde juduve combien de semblables institutions influent sûr la iporale publique.
L’hospice de Papa- Jean ne dépend pas des magistrats, mais, par un privilège spécial de Pie VII , le directeur temporaire se choisit un coadjuteur, et quand l’un d’eux vient à manquer, le survivant prend un nouvel aide et ainsi de suite. Tant que cette forme d’élection sera main-
tenue, l’hospice aura toujours de bons supérieurs , parce que l’électeur, étant attaché de cœur à Y institut, choisira un honune qui lui succède en affection comme en charge. Deux prêtres surveillent la discipline intérieure, un bon laïque procure le placement des élèves dans les ateliers, et tout le jour est en courses pour s’assurer de leurs progrès et de leur conduite. Les autres employés sont : un tailleur, un cordonnier, un cuisinier, un aide et un infirmier, de sorte que l’administration marche très simplement, sans grandes dépenses.
L’hospice n’a point de fonds, mais se soutient au moyen d’une subvention de 230 écus par mois, fournis par la chambre apostolique, et au moyen de quelques aumônes et du gain des orphelins eux-mêmes qui rendent 1 5 baïoques de leur journée, gardant le reste pour eux. Ce gain forme quelquefois une somme de 1 50 écus par mois. L’entretien général coûte 450 écus par mois, chaque individu revenant à 46 écus par an environ. Si le lecteur désire connaître dans ses plus minutieux détails!’ hospice d’ oqihelins de Tata-Giovanni qui, par sa simplicité, prêterait facilement à l’imitation de tout pays, il peut consulter le mémoire que j’ai publié en 1830, sous ce titre : De Jean Borgi, maître maçon, nommé Papa-Jean et de son hospice pour les orphelins délaissés.