‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 28 sur 73 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

DE l’hospice de SAINTE-MARIE- üES-ANGES.

Pendant qu’ils occupaient Rome, les Français recueillirent les mendiants dans le palais de Latran et dans le couvent de Sainte-Croix-de-Jérusalem. -L’excellent pontife Pie VII, rendu aux vœux de ses sujets, pensa que ce lieu ne leur convenait pas et les transféra aux Thermes de Dioclétien, dans les anciens greniers des magasins de blé

Jusqu'à 1824 ce dépôt de mendicité n’éprouva aucun cliangement notable ; mais Léon XII, si zélé pour les institutions charitables, voulut le transformer en une maison d’industrie pour donner du travail aux pauvres et leur enlever tout prétexte d’oisiveté. De semblables maisons s’étaient ouvertes déjà en quelques villes d’Europe, sur le modèle de celle que le comte de Rumford avait créé en Bavière en 1790, et qui avait purgé la ville de Monaco de tous les vagabonds. Quels qu’en soient les motifs, une vraie maison d’industrie ne fut jamais organisée, quoique le lieu en ait reçu le titre, et l’on forma seulement, pour les deux sexes, un hospice qui porte aujourd’hui le nom de l’église voisine, la Madone-des- Anges.

Le bâtiment est très vaste et très solide ; mais, destine à conserver des grains, il n’a ni les aisances, ni la salubrité nécessaires à un dépôt d’hommes. Malgré cela, le consacrer au soulagement de l’humanité fut une excellente idée , puisque les nouvelles théories économiques l’avaient rendu sans emploi. Il se compose de quatre grandes ailes, dont trois se joignent à angle droit , et la quatrième est séparée des premières par la place; on nomme cette dernière Clémentine , en souvenir du pape qui l’aélcvée.MonscigneurCapaccini, directeur de l’œuvre dès l’origine, mit en bon état l’aile Clémentine consacrée aux infirmeries ; plus récemment on a fait de notables améliorations dans la partie occupée par les hommes pour la mettre en harmonie avec les besoins du service, et les travaux seront certainement étendus à l’habitation des femmes, afin que tous les bâtiments soient en accord avec leur nouvelle destination charitable.

M)ospicc est soumis à la commission des subsides, et le cardinal préfetdeccttecommissioiicü est, avec le titre de protecteur, le directeur-général. La communauté des femmes a, pour les choses spiritucUcs, un supérieur ecclésiastique, ordinairement évéque titulaire ; et pour les choses temporelles, un député de la commission des subsides nommé président délégué. Les hommes sont conflés aux frères de la doctrine chrétienne, vulgairement appelés ignorantins, qui relèvent directement du cardinal protecteur. Ces bons frères furent appelés, pour le grand bien de l’hospice, à en prendre la direction disciplinaire et économique le 29 décembre I8.V1. Ils sont au nombre de •seize et .se partagent les fonctions comme il suit : directeur, économe, assistant au réfectoire, cuisinier, portier, quati c préfets, quatre sous-préfets et trois infirmiers. Les hommes montent à 350 individus divisés en cinq catégories dont quatre en santé, une de malades. Les centuries des bien-portants se forment par Age , se subdivisent en chambrées et ont des dortoirs séparés; à chaque dix-huit lits est préposé un chef de chambre, les cellules des frères sont placées de manière que d’un seul coup-d’œil ils jieuvent, par une petite fenêtre, surveiller le dortoir. Les lits se composent de pieds de fer, tablettes, matelas, draps et couvertures de laine; la nourriture consiste en 20 onces de pain pourles.plus forts, I G pour les plus jeunes, 3 onces de viande , autant de soppc et une demi-feuillette de vin ; le vêtement, en chemise et caleçons que l’on ehange tous les huit jours, pantalons et vestes de car/'ajnebonnet de drap élargi au sommet par un cercle de bois, chanssettes de drap et souliers. Les jours de fête , le bonnet et les

habits sont de drap aux couleurs mélangées. Pour conserver la propreté des vêtements de laine, on a des fourneaux ou s’échauffent des fers de tailleurs que l’on passe sur toutes les coutures, afinqu’ilne s’y loge aucun insecte.

La centurie des malades est une lourde charge pour l’hospice, elle est de 50 individus. Ceux qui ont des infirmités aiguës, ou des maux du ressort de la chirurgie sont envoyés dans les hôpitaux respectifs. Afin que les maladies contagieuses ne se propagent pas , tous ceux que l’on reçoit à l’hospice sont, pendant trois jours, déposés dans une sorte de lazarets, visités et appropriés avec grand soin. L’infirmerie a été placée dans la partie la mieux préparée de l’aile Clémentine ; elle est aérée , propre, saine et bien desservie. •’

Les enfants auxquels leur ûge n’a point encore permis d’entreprendre l’apprentissage d’un métier, ont une école de catéchisme, de lecture et d’écriture. Les autres reçoivent . également des leçons après leurs travaux, pendant le jour en hiver, après le dîner en été. Rome n’ayant point d’école publique de musique instrumentale, Monsignor Capaccini a formé des élèves, sans les enlever à leurs métiers, une troupe militaire qui s’ exerce chaque jour pendant quelques heures dans une salle particulière et a déjà donné des preuves de son habileté en faisant publiquement de la musique ; on exerce dans l’hospice les métiers de cordonnier, tailleur, imprimeur, teinturier, serrurier, chapelier , menuisier et ébéniste. De ses ateliers sortent ces chaises si légères et faciles à manier, connues sous le nom de sièges de Chiavari. Une grande partie des jeunes gens est employée à la confection de la chaussure et des vêtements

militaires , parce que toutes les fournitures des soldats se font dans l’hospice. 11 y a unatelier de cordonniers et tailleurs pour les besoins de la maison. La teinturerie sert à colorer les cotons et autres étoffes fabriquées par les femmes. Généralement les ateliers et les travaux sont affermés à des entrepreneurs , ce qui est la méthode la plus avantageuse , quand les contrats sont régulièrement stipulés et passés entre gens honnêtes. L’imprimerie seule n’est point mise en adjudication et publie ordinairement de petits ouvrages de dévotion qu’elle livre à bas prix ou donne gratuitement. Le salaire se répartit en trois parts : un tiers reste à la maison, un tiers revient à l’ouvrier, un autre tiers est mis en commun et divisé par la suite. C’est une excellente coutume d’envoyer une partie des pauvres garçons aux travaux de la campagne , parce que le nombre de ceux qui se livrent, à Rome, aux arts mécaniques est certainement surabondant. La position de l’hospice, entouré de villas, de vignes, de jardins et de vergers, facilitera peut-être la réussite d’ une entreprise très utile, vainement tentée d’autres fois. Pour vaincre cet éloignement que les habitants, même les plus pauvres, de la capitde, ont pour les travaux champêtres , de tels établùSmii^ats de jeunes agriculteurs seraient d’une j^ande utilité, mais plutôt dans les villages voisins que dans la ville même ; parce que l’on éviterait ainsi les funestes effets de Isl malaria qui décourage les cultivateurs de nos campagnes.j^^r^:

^ La famille des femmes , "'composée de 550 personnes, se ^ divise aussi en cinq centuries, y compris celle des malades, qui comprend d’ordinaire 60 infirmes. Elles habitent de très vastes salles à trois ou quatre nefs, non suffisamment

encore réparées. Leur nourriture et leur couchage sont les mêmes que ceux des hommes ; elles sont vêtues de car/agne dans l’intérieur, et quand elles sortent, elles mettent des robes d’ une couleur cendrée, et se couvrent la tête avec un mouchoir. Elles travaillent le coton, le fil et le lin ; elles empaillent les chaises fabriquées par les hommes ; vingt d’entre elles sont employées au blanchissagedes deux communautés, vingt autres à coudre et à réparer la garderobe. Elles demeurent à l’hospice tant qu’elles ne se marient pas, ne se font pas religieuses, ou ne se mettent point en service dans des maisons particulières. De sorte que la communauté a été toujours en croissant, et qu’elle est aujourd’hui devenue presque le double de l’autre. On avait pensé à les renvoyer vers 25 ou 30 ans , afin de ne point surcharger la maison de tant de femmes vieilles ' et impotentes, et de faire de la place pour les jeunes filles de 10 ou 12 ans qui n’ont point encore reçu d’éducation et courent grand risque de se perdre. Mais ce projet n’a point eu de suite, et l’on garde dans ce conservatoire, comme dans tous ceux de Home, la même coutume. La cuisine, dont on va confier les soins à ces femmes , les habituera à ces travaux domestiques qui sont à la charge d’une mère de famille.

La Congrégation des filles du refuge du Mont-Calvaire, fondée à Gênes par la servante de Dieu Virginia Centurione-Branelli, morte en 1651 , et qui dans cette ville dirige toutes les oeuvres pieuses en faveur des femmes aliénées, des malades,, des exposées, des orphelines et des pénitentes, transplantée à Rome depuis sept ans par la vertueuse princesse Theresa Doria-Pamfili, préside la

communauté des femmes dans notre hospice. Une de ces filles du refuge connues vulgairement à Gênes sous le nom de Brignoles, est directrice générale; une autre préside à l’infirmerie, une autre aux écoles, une quatrième aux métiers de tissage, une cinquième à la lingerie, une sixième enfin à la garde - robe , et toutes remplissent leurs fonctions avec beaucoup d’habileté et d’exactitude. Elles ne font point de vœux, mais seulement après leur noviciat jurent persévérance. Elles sont vêtues de noir, et un long voile tombe de leur tête. En 1833, elles ouvrirent un noviciat à Saint-Norbert, où sont déjà 6 ou 7 novices. Tous les cœurs qui ressentent vivement l’amour des pauvres doivent faire des vœux ardents pour l’accroissement et les progrès d’une si utile institution. Le petit nombre de ces excellentes dames ne suffisant pas aux exigences de leur grande famille, elles se choisissent des aides parmi les femmes les plus sages de celles confiées à leurs soins, et celles-ci couchent dans les dortoirs communs , et conduisent leurs compagnes à la prome-

Quatre chapelains prennent soin du spirituel des deux communautés , et des prêtres du dehors viennent souvent, surtout dans les infirmeries, distribuer par charité les secours de la religion. Chaque matin on assiste à la messe, le soir on récite le rosaire, tout le monde doit se confesser une fois par mois, et reçoit l’instruction du catéchisme, base d’une bonne éducation religieuse.

La commission des subsides donne à l’hospice de la Madone-des- Anges 35,000 écus par an. Le bénéfice des travaux peut monter à 4,000 écus. On calcule que cha-

que personne coûte 12 baïoqiies par jour, tout compris. Les frères de la doctrine chrétienne administrent la caisse des hommes , le président délégué celle des femmes ; tous doivent rendre leurs comptes chaque mois au cardinal-préfet. La chambre apostolique vient au secours de r hospice dans’ les dépenses de grandes réparations, et ne l’abandonnera sûrement pas, tant que la restauration des édifices ne sera point accomplie.

CHAPITKE VIL

DF. I.’hOSPÏCK F.CCLÈSI astique.

Jean- Antoine Vestri, de Côme, pharmacien à Sainte- Lucie-de-la-Clavicule , allant un jour au Saint-Esprit pour y soigner les pauvres malades, selon sa charitable coutume, s’aperçut qu’à son aspect l’un d’eux, couché dans un lit, se couvrit le visage avec son drap. Il sut plus tard que cet homme était un prêtre de sa connaissance qui, en le voyant, s’était senti pénétré de honte d’être ainsi confondu avec la populace dans un hôpital public. Le bon Vestri fut fortement impressionné de ce fait, et résolut d’ouvrir un asile particidier aux prêtres infirmes. Il acheta quelques chétives maisons près de Sainte-Lucie, où il demeurait, et y plaça quatre lits ; il y recevait, y servait et fournissait d’aliments et de remèdes les prêtres qui s’y retiraient. Cet homme bienfaisant

mourut le 21 décembre 1650, consacrant toute sa fortune à son hôpital, qui s’accrut de six lits. Il le confia, par acte de dernière volonté, à la Congrégation des cent prêtres et vingt clercs , fondée dans l’église des saints Michel-Angelo et Magno dans le Borgo . Clément X en fit r érection canonique par un bref apostolique del’ an 1 67 4 .

Quand l’hospice des invalides du Pont-Sixte fut abandonné par ses habitants, transférés à Saint-Michel, on établit à sa place un collège ecclésiastique, et l’on y joignit l’hôpital de Vestri, mettant le tout entre les mains d’un cardinal et de quatre députés j ensuite il passa sous la direction des Pères des écoles pieuses ; mais l’union du collège et de l’hospice modifia peu à peu les deux institutions, et il en résulta une maison de retraite pour les pauvres prêtres qui, affaiblis par les fatigues du ministère, avaient besoin de repos et de soutien. On en compte ordinairement huit ou dix logés et gratifiés de 1 5 baïoques par jour. Aujourd’hui l’on ne recevrait donc plus un prêtre malade dans l’hospice ecclésiastiqpie ; et même si l’un des pensionnaires le devenait, on l’enverrait aux Benfratelli, où il soigné aux frais de

f hospice lui-même. La députation- dès quatre ecclé-

siastiques en est revenue à le diriger sous la protection du cardinal-vicaire de Rome. Le chanoine doyen de Saint-Pierre est député né ; deux autres sont prélats, un quatrième homme de loi. Les revenus se composent surtout de J^lofHitipn^de 'la majeure^ partie du batiment;

sont "de* 1 ^000 ^us environ.

' ‘ J’ai dit que le bon Vestri laissa l’administration de son hospice à la Congrégation des cent prêtres et des vingt

clercs ; je dois ajouter que cette œuvre toute spirituelle fut créée en 1G35, à l'imitation d’autres œuvres semblables qui florissaient jadis à Borne, comme on le lit sur des inscriptions chrétiennes conservées dans les églises de Saint-Côme-ctrDamien au Forum, et de Saint- Jeanet-Paul sur le Célius. Le but de la Congrégation est de prier pour les âmes des frères défunts. Dès que l’on sait la mort d’un des prêtres ou clercs affiliés, on l’écite l’office des morts, on célèbre une messe de repos , et chaque prêtre est tenu de dire ou de faire dire une messe pour le défunt. On maintient toujours le nombre de cent : les clercs devenus prêtres prennent les places vacantes de préférence à tous autres. Tous les vendredis ils se réunissent dans l’égUse de Saint-François au Pont-Sixte, récitent un nocturne de l’Office des IMorts, puis chacun tire au sort un petit papier sur lequel est désigné un acte de vertu qu’il doit accomplir, comme suffrage et prière pour les âmes des défunts. Cet exercice a remplacé les conférences ecclésiastiques tenues auparavant tous les vendredis.

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