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DU SUBSIDE DES TRAVAUX PUBLICS

L’emploi le plus utile que l’on puisse faire des bras des pauvres valides, c’est de les occuper aux travaux publics, surtout à des entreprises non de pur agrément, mais d’utilité réelle, qui augmentent les capitaux de la richesse sociale. En fait de travaux publics, Rome ancienne et moderne rivalise avec les cités les plus magnifiques de l’Europe, ou plutôt les surpasse toutes. Les papes ont appliqué leur âme à ces grands objets , nonseulement pour répandre sur leur ville la gloire et la splendeur, mais aussi pour offrir aux pauvres inoccupés un moyen de profit et de soulagement ; tel fut le but de Sixte V et d’innocent XII, entre autres, dans leurs entreprises utiles autant que magnifiques ; de sorte que le subside des travaux pubbes, bien qu’établi sous ce nom par l’administration française, existe en substance depuis des siècles à Rome. Les Français accueillaient tous les travailleurs qui se présentaient , leur donnaient une soupe, un pain et un demi-franc. On les divisait en trois classes, hommes, femmes, enfants; leur nombre s’élevait de 1 ,500 à 1 ,800. Cinq millions de francs recevaient chaque année cette destination, comme on peut le voir dans le cinquième livre des études statistiques du comte

(le Toiiruon, Le gouvernement y eontribuait pour moitié, et l’administration municipale de la ville fournissait le reste. La nécessité était bien le plus puissant aiguillon de cette générosité , parce que Rome , privée de la cour papale et tombée du rang de capitale à celui de chef-lieu de province, restait dépourvue de nombreux moyens de subsistance, et que le peuple, oisif et affamé, aurait volontiers troublé la tranquillité de la ville. Léon XII remit en activité les travaux publics interrompus; il donnait 20 baïoques (1 fr. 10 cent.) par jour et un pain à chaque individu ; et dans les jours les plus solennels de r année, on distribuait une paie double, un pain, do la viande et du linge. Pie VIII porta au budget des travaux publics une somme de 500 écus par semaine ; le souverain pontife régnant l’a augmentée jusqu’à 640 écus (25 baïoques par semaine), ce qui fait par an 33,293 écus donnés par le trésor. On admet au travail les seuls hommes qui ont un billet du député-préfet régionaire des subsides, parce que les travaux publics sont, on quelque sorte, annexés à cette commission. { Voy. le chap. IV ci-dessous.)

Les ouvriers sont ordinairement au nombre de 600 ; on leur donne 12 baïoques et un pain. Celui qui manque trois jours de suite est censé congédié. A l’exception des ouvriers drapiers qui trouvent de l’ouvrage à Saint-Michel, il y vient des artisans de toutes sortes , et principalement des maçons. Soixante autres individus sont attachés, par un contrat spécial, aux belles forges de Tivoli. A Rome, l’administration se compose de deux inspecteurs qui reçoivent 12 écus par mois, de huit

surveillants qui ont 40 baïoques par jour, de trente-deux caporaux, auxquels on donne 30 baïoques ; enfin de quelques greffiers et gardiens qui reçoivent 20 baïoques : tous, excepté les inspecteurs, sont pris parmi les ouvriers eux-mémes. Les pauvres sont occupés aujourd’hui aux fouilles du Forum , si ce n’est que quelques-uns sont em])loyés à la bâtisse de la basilique de Saint-Paul , et d’autres aux forges de Tivoli.

Des ouvrages importants à entreprendre seraient encore le curage du Tibre, dont le lit, exhaussé en plusieurs endroits, gêne pendant certaines saisons le libre passage des barques ; la construction de nouvelles routes, veines du corps social; l’entretien des anciennes; la reconstruction de l’ancien cimetière Sachetti, et l’achèvement de celui de Saint-Laurent ; une promenade sur les bords du Tibre qui, protégeant la ville contre les inondations, serait en outre d’un grand agrément; et tant d’autres travaux d’une incontestable utilité et d’une éminente beauté. Trois députés de la Commission des subsides sont chargés des travaux publics , en ce qui concerne la discipline; le reste est soumis, pour la direction, à une commission récemment établie. Il serait très important qu’une seule dirigeât le tout; elle proposerait les travaux les plus utiles à la société, organiserait des ateliers sur deux points différents, au moins, pour obtenir plus d’ordre, et admettrait, avec les précautions nécessaires, les jeunes gens et les femmes, afin que nul pauvre valide ne fût inoccupé, et que toute excuse fût enlevée à l’oisiveté vagabonde.

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