‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire à RomeChapitre 64 sur 73 · ET DES AUTRES OEUVRES EIV FAVEUR DES PRISONMERS · texte numérisé non relu

ET DES AUTRES OEUVRES EIV FAVEUR DES PRISONMERS

L’archiconf rérie de Saint- Jérôme , si justement surnommée de la Charité, a pour mission de nombreuses et très diverses œuvres charitables. Elle distribue des aumônes, dote des jeunes filles, soutient devant les tribunaux la cause des veuves et des enfants privés de leur père; mais, par-dessus tout, elle s’oecupe des prisons qui dépendent très particulièrement d’elle. Instituée eu 1519, par Jules de Médicis, cousin de Léon X , cardinal , vicechancelier et pape enfin sous le nom de Clément VII, elle possède la belle église de Saint-Jérôme , dessertie par quelques bons prêtres, qui sont les instruments de beaucoup d’œuvres saintes opérées par l’archiconfrérie et spécialement les ministres des soins spirituels qu'elle répand

sur les prisonniers. Saint-Philippe-de-Néri fut pendant trente-trois ans l un de ces prêtres, et l’on remarquait aussi parmi eux, à cette époque, d’autres hommes d’une insigne vertu, tels que monsignor Cacciaguerra, Pcrsiano llosa, Francesco Marzupini et Pietro Spadari, successivement confesseurs du saint.

La Confrérie de Saint-Jérôme reçut , dès son origine, la direction des prisons romaines du palais Savelli et de quelques autres maisons de détention de la ville. Lorsqu’ Innocent X eut, au milieu du xvii^ siècle, fait élever cette prison de la rue Giulia , que Howard lui-mème , regarde comme l’une des plus solides et des plus salubres de toute l’Europe, Saint-Jérôme en fit l’acquisition et se chargea sur ses propres fonds de l’entretien des détenus. C’était une belle pensée de remettre ainsi ces malheureux entre les mains de la Charité, et le trésor public s’en trouvait lui-même grandement soulagé. Mais les dernières s('cousses politiques ayant de beaucoup diminué les ressources de l’œuvre, en même temps que le nombre des prisonniers croissait outre mesure, la chambre apostolique lui accorde aujourd’hui quelques subventions, et le trésorier général intervient dans les contrats que l’on passe avec des fournisseurs. Les religieux de Saint-Jérôme vont tous les dimanches dans cette piison prêcher, faire le catéchisme et d’autres exercices de piété, avec l’aide des Pères jésuites qui viennent chaque jour dans la prison Julienne. comme dans toutes les autres et dans les galères , distribuer abondamment les instructions chrétiennes. Les pieux confrèresdel’oratoire établi dans l’église de Saint-Jérôme ,

consacrent le dimanche à des actes de charité envers les

détenus malades ; ils leur portent des douceurs, leur fout la barbe , réparent leurs lits et les consolent ou les instruisent.

L’archiconfrérie embrassant, comme je l’ai dit, plusieurs œuvres distinctes, délégué une députation spéciale ])our la surveillance des prisons. Celle-ci se compose d’un prélat-président, de six membres et d’un solliciteur. Outre ses visites fréquentes dans l’intérieur des étaWissements pour la bonne tenue et l’exécution des réglements, elle se réunit une fois par mois , dans une salle de la prison, fait comparaître devant elle les employés, écoute les plaintes des détenus, parcourt l’infirmerie, examine la nourriture et fait sur le tout un rapport à la congrégation générale de Saint-Jérôme. Le solliciteur presse!’ expédition des affaires, s’entremet pour apaiser les querelles, adoucir les haines, pour pacifier et concilier les différends.

Près de la prison innoceniienne, vulgairement nommée prison neuve, s’élève le pénitencier des jeunes détenus, créé par Léon XII , pour les enfants jusque-là placés à Saint-Michel. Deux députés de la Congrégation de Saint- Jérôme, l’un ecclésiastique, l’autre séculier, dirigent cet asile correctionnel qui est dans une excellente voie de prospérité. Les jeunes gens ont chacun leur cellule séparée, ils travaillent la laine et observent le plus rigoureux silence. Une société de prêtres, sous le titre de pieux ouvriers, vient aussi répartir abondanunent les secours spirituels à ces pauvres enfants qui, malgré les chutes de leurs premières années , donnent l’espérance de les voir revenir à la sagesse, à la vertu, à la vie d’un bon et utile citoyen.

Une autre confrérie qui s’intitule de la Pitié des prison-

niers, donne encore ses soins aux prisons innocentiennes. Elle fut érigée par le père Jean Tallier, jésuite, et approuvée par Grégoire XIIT. En 1 575, Sixte V lui affecta une rente annuelle de 2000 écus, afin qu’elle pût délivrer, à Pâques et à Noël, quelques prisonniers pour dette. Elle s’occupe aujourd’hui particulièrement de prévenir l’incarcération des pauvres ouvriers, en désintéressant leurs créanciers. Un de ses membres, prêtre et désigné sous le nom de solliteur, est chargé de visiter chaque jour les prisons, de goûter les aliments et surtout la nourriture des détenus au secret qui doit être plus choisie , plus abondante et plus saine que celle des autres. Enfin les confrères de la Pitié vont très fréquemment aussi voir tous les autres prisonniers, en sorte que ceux-ci, soumis à un régime très humain, secourus par tant d’associations charitables, environnés de tant de forces et de ressources spirituelles , se trouvent soulagés dans leur pénible position et arrachés à la fange du vice par cette réhabilitation morale qui les élève à la vertu.

Une touchante institution fondée sous Innocent VIII, en 1488, assiste les condamnés à mort avec une charité vraiment chrétienne, du moment où la sentencci leur est notifiée jusqu’à celui de leur exécution. Les membres de cette sociétédoivent être Florentins ou du moins de familles originaires de Toscane , en souvenir des fondateurs de l’œuvre ; ils portent le titre de Frères de la Miséricorde ou de Saint- Jean décapité. Dans leur église, située près du grand cirque ancien , ils ensevelissent les corps des suppliciés et accompagnent leurs âmes du suffrage de leurs prières et de leurs exercices pieux.

Les autres prisons romaines du Château Saint-Ange^ du Capitole , des Thermes et de Saint-Michel , sans abonder autant que celle d’innocent X en secours spirituels, n’en sont pas cependant dépourvues. Sans parler des Pères Jésuites qui se dévouent journellement avec un infatigable zèle au salut des prisonniers , chaque maison de détention a ses chapelains, et beaucoup de prêtres séculiers, animés de l’esprit du christianisme, y viennent travailler à l’amélioration morale des détenus par la puissante influence de la religion. Il est bien à regretter qu’une association de dames qui avait pris sous son patronage la prison des femmes de Saint-Michel , pour instruire , éclairer et ramener au bien ces infortunées victimes de la séduction et du crime , n’ait pu subsister. Plaise à Dieu que nous voyions renaître une œuvre de si haute utilité publique! l’influence des femmes est, on le sait bien , immense pour le perfectionnement moral de la société.

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