‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 15 sur 78 · I, XXXVI · texte numérisé non relu

I, XXXVI

(einines réunies viveul clés l'ùge do dix ou douze ans jusqu'à leur mariage ou leur mort , sous une règle douce, dans l'habitude d'un travail dont le tiers du produit leur revient. Et, comme sur une population de >148,900 âmes, 2,000 femmes pauvres sont ainsi gratuitement entretenues, et fortifiées dans les principes religieux, pas une fille du peuple ne se trouve sans un abri et sans un lionorobic travail. De pareilles institutions, incompréhensibles dans nos idées on le monde et l'action entrent comme éléments essentiels, doivent être envisagées du point de vue des mœurs romaines qui placent avant tout l’amour du repos , de la vie en commun , et cet esprit et ces formes monastiques , cachet du génie italien.

Mais en thèse générale, le premier et immenseavaiïtage qui en résulte, c'est que la cause d’une des plus hideuses plaies de la société disparait. L’origine du vice et de l’oubli de toute pudeur en une femme , c’est, on le sait bien , beaucoup moins la passion que la misère; la faim y conduit plus de victimes que le libertinage , et il est constaté que généralement c’est l’abandon , la malédiction d’un père imprudent après une i)remière faute, qui jette dans le désespoir et l’abjection de pauvres âmes perdues. L’habitude ensuite les retient et un odieux plaisir les enchaîne , mais il n'est presque jamais la cause déterminante de leur chute. Cette impudeur légale , ce honteux Iraficadminislrativement organisé, est une des tristes misères humaines qui saigne le plus vivement le cœur, quand l’on se prend à considérer la société. La femme, être si noble et divin, dont la vue est si douce et la parol<‘ si bienfaisante, la femme à ce

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point avilie ! Et des sources de corrupliuii alimentées dans toutes les villes, sous la tutelle de l'autorilc! Et des clooques infects , où , sous la (jarantic de la loi , vont se perdre la santé publique, s’éteindre rinslinct moral, s’énerver l’esprit, le talent, l’entbousiasme du dévouement et la puissance du caractère national 1 Des gouffres où l’épargne de l’ouvrier s’engloutit, où régnent le cynisme et l’exemple permanent du crime, d’où monte un long blasphème contre le ciel ! Mais en vérité, c’est à faire croire que le principe chrétien n’est point venu régénérer encore les sociétés modernes , et que le paganisme sert toujours de base aux gouvernements.

La charité catholique n’a pu qu’ouvrir des refuges où les femmes sorties du bourbier, regagnent par le repentir la vie pure et honnête ; et encore, ces pieuses maisons dont le but est si hautement moral , ont l’inconvénient de transporter sans transition d’un extrême à un autre, du vagabondage à un célibat forcé , tandis qu'il faudrait alors, si c était possible, un digne mariage. Et cependant, dans les villes de France où existent de ces asiles du bon pasteur, ils ne sufliscnt j)oint au nombre des repenties. A Rome, le gouvernement pontifical a attaqué le mal dans sa racine, ou plutôt il l’a empêché de naître. Toute jeune fille pauvre a dès, ses plus jeunes années^ une retraite poulies jours dangereux, et le nom de conservatoire indique assez le but de ces abris de paix et d’honneur. Elevée là dans le travail et la vertu, elle arrive doucement au mariage ou sc consacre à la vie du cloilre ;

I une et l’autre vocation sont favorisées par une dot de 500 francs.

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Après de telles facilités pour une honorable et heureuse existence, tolérer le mal n’était plus possible; aussi la prostitution est interdite à Rome, et des peines sévères sont portées contre toute femme qui non- seulement s’offrirait publiquement, mais qui par des intermédiaires, cbercberait à entraîner chez elle ; les tiers entremetteurs sont punis très rigoureusement. Le soir, parcourez la ville, vous n’y verrez pas ces hideux repaires de débauche où s’étale effrontément le vice. Vous pouvez respirer l’air délicieux de la nuit, errer librement dans les rues et dans les quartiers déserts où les ruines appellent vos pas, sans que vos yeux tombent avec dégoût sur d’affligeants objets qui réveillent, quoique l’on fasse, dans la perverse nature l’instinct coupable.

Des hommes ont soutenu la nécessité sociale, pour le repos des familles honnêtes, de donner aux indomptables passions ce facile moyen d’écoulement , comme si jamais un mal aussi évident pouvait être admis en vue d’un bien imaginaire; comme si la société ne devait pas tendre, d’accord avec la religion, à modérer les penchants vicieux au lieu de les assouvir ; « comme si les deux sexes étaient sur ce point de nature différente, et que dans l’absence ou le célibat, il fallût à l’honnéte homme des ressources dont l’honnête femme n’a pas besoin » Sans doute on ne pourrait pas, dans une ville comme Paris, supprimer d’un trait de plume la prostitution; mais les efforts du gouvernement doivent tendre à la restreindre, et <à on détruire les causes pour avoir le droit de la dé-

' Lettre de Julie dans la Nouvelle Hèloise.

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femh-e cnsiiilc. Car, au fond, c’cst la sociclc qui est coupable. Elle ne donne pas à tous le moyen de vivre lionorablemcnt, elle laisse subsister comme principe d’éxisterice , la nécessité du vol ou de la débauche , puis elle flétrit ou punit les malheureux qu'elle n'a pas su préserver de l’ablme d’une affreuse tentation. Rome a plus sagement agi ; elle a arrêté le torrent dès sa source, et rendu les remèdes inutiles par l’absence du mal. Que l’on dise tant qu'on voudra que les mœurs s’en ressentent et qu’il y a plus de désordre dans les familles ; c'est lè d’abord ce qu’il faudrait prouver, et puis fût-il admis que Rome est dans une position exceptionnelle sous ce rapport , ce qui est loin d’ètre vrai, la facilité des femmes tient à d’autres causes; et Naples, par exemple, où règne la plus hideuse prostitution, n'est pas plus pure ni plus Adèle aux vertus conjugales Toujours est-il que le gouvernement papal remplit un devoir en défendant le vice dans ce qui dépend de lui, et qu'il n’est point responsable des suites d’une loi dont l’observation est de justice absolue.

Deux mille places gratuites sont donc destinées, dans les conservatoires , aux femmes pauvres, et onze cents dots distribuées annuellement tant à elles qu’aux jeunes Ailes de familles indigentes. Cette institution des dots est, dans la charité romaine, une des branches principales de ce vaste système de pi’évoyance qui, tout insufAsant qu’il est, ne s’oppose pas moins à beaucoup de mal. Elever pieusement dans le travail ou l’étude deux jeunes gens, puis quand l’âge les rapproche, les unir en rendant possible leur avenir par les ressources qu’on leur a crcccs, c’est le

jiianJ iiiuyeii défavoriser des mariages iicureux et <le préparer de vertueuses générations. « Les malades secourus, l’enfance et la vieillesse soignées, le sexe (|ui peut le moins se soustraire à la misère, mis à l’abri des périls qu’elle lui fait courir, il semble qu’il ne restait rien à faire à la charité des Romains. Il en est autrement, et d’autres moyens de soulager les classes pauvres ont été imaginés par elle , qu’on ne s’attendrait pas à voir employer dans un pays où le célibat est tenu à grand honneur; ce sont les distributions de dots. Croirait-on qu’à Rome on marie chaque année, aux frais de l’État, un nombre considérablede pauvres lilles, et qu’une maison connue sous le nom de l’Aniionciade consacre des revenus assez importants à cette œuvre pic , inconnue aux autres pays? Qu’enfin une portion des produits de la loterie est employée au même usage? Ainsi , afin d’établir une sorte de compensation, le gouvernement qui excite le plus vivement au célibat par les honneurs qu’il lui réserve, est celui qui encourage le plus le mariage *. »

Tous ces hospices, ces conservatoires, ces dots sont l’objet d’une réprobation sévère de la part do l'école anglaise, et il faut convenir qu’un jugement superficiel pourrait les faire aisément condamner comme coupables d’offrir, en quelque sorte, une prime à l imprévoyance du pauvre, de bâter les mariages imprudents et de multiplier la population misérable. Depuis que Maltlius a élevé sa grande voix effrayante cl prophétique sur les maux que prépare à l’Eurojie un excès de population , rinquiéfude s’est emparée

' Toiirnon, /Cliiilef x'iiliMif/Kcn, I 11, p. 1.V’,

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(jcs espt’ila à la vue de celle progression rapide que suit le chifl'rc des naissances, et les efforts des économistes se sont tournés vers les moyens d’en arrêter La inarebe ascendante. 11 est certain que dans les pays où la population double èn vingt-cinq ou trente ans, de sérieuses appréhensions peuvent naître, et l’on doit se demander avec crainte comment il sera possible de donner la nourriture et l’espace à tant d’êtres lancés pauvres et impuissants sur la terre. Il y a de quoi frapper de stupeur l'imagination et de quoi émouvoir le cœur de pitié mais cette cause de misère et de larmes est heureusement , jusqu’ici du moins, particulière à certains pays, à ceux où règne exclusivement l’industrie. Le système de Maltbus est né en Angleterre et ne pouvait naître que là. Dans les Iles britanniques, la terre eststrictement limitée et ne peut s’étendre au gré des besoins ou des désirs de l’homme; l’émigration ne suffit point au déversement de ce trop plein annuel qui ne trouve pas à s’écouler et à s’asseoir dans les bornes étroites tracées par la mer, et l’industrie concentre sur des points trop rapprochés de fortes agglomérations d’individus. La vertu prolifique du sang des hommes du nord se joint encore à CCS raisons et à d’autres causes morales, pour créer chez nos voisins d’ou Ire-Manche cette effrayante exubérance de population. En France, les mêmes symptômes paraissent déjà dans quelques départements ti'ès industriels ; mais la terre de France est vaste , et l’agriculture offrira, quand on voudra sérieusement répandre sur elle les capitaux encore disponibles, de nouvelles sources de richesse et de roccupalion |)our tous les l)ras. Les ihéories cconomi<|ues n’ont civ

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Ijénéral , qu’une vérité relulivo et locale; hors des conditions et des pays où elles sont nées, elles perdent toute valeur, les vouloir prendre toujours pour ternie de comparaison, serait s’aveugler à plaisir; et, entre toutes, les idées anglaises sont encore les moins applicables aux sociétés modernes qui vivent dans une autre sphère d’idées et d’intérêts que l’Angleterre. Ainsi, craindre dans les états Romains un execs de population, serait étrangement s’abuser, puisque le défaut de culture, d’où naissent la misère, les maladies, la faiblesse de l'État, provient lui-même du manque de travailleurs et de l’absence dans les solitudes arides et désolées de la plaine, d’habitations, de familles, de fortes aggrégations d’hommes. Bien loin donc de s’évertuer à découvrir les moyens d’arrêter la production humaine, ilfaudraitplutùten chercher pour la hâter et la centupler. Les encouragements donnés au mariage sont sans doute une barrière impuissante contre le désert envahissant de la campagne de Rome; mais ils ne menacent pas, à plus forte raison, de créer une surabondance nuisible, et l’économie sociale peut se rassurer. Ainsi la politique loin de contrarier l’ordre et le vœu de la nature, se joint à la morale pour engager le gouvernement et la charité à favoriser les mariages. Car enfin, l’on ne peut se dissimuler que le système de prohibiiion ne court risque de tomber dans l’injustice et l’immoralité, ou de languir dans I impuissance. Se borner, pour prévenir les excès de la population, à prêcher la contrainte morale, c'est se consumer en vains efforts, en stériles paroles , et l’on doit SC l ésigner à n’avoir pas dans sa croisade l>eancotq> de succès. Comment imposer, au nom

d’une prélendue loi économique, à un homme matériel, sans éducation, grossier, l’obligation qui exige la plus grandeforced’ûme, la plus haute dignité de caractère et un empire très rare et difficile sur soi-même.

La religion seule rend possible un tel sacrifice , et seuls des motifs surnaturels peuvent l’inspirer; et, chose étrange , ceux qui demandent la chasteté à l’ouvrier ne veulent pas y croire dans le prêtre. Cependant, la continence dans le mariage est plus difficile peut-être que l’absolue privation ; car, le célibataire vertueux vit loin des occasions de tentation et de chute , tandis que l’homme marié est toujours exposé à suivre l’appel de ses désirs ou à se débattre contre l’invincible et légitime entraînement de ses sens et de son cœur ; il flotte entre l’oubli de la contrainte ou l’acte le plus odieusement immoral , à moins qu’une robuste vertu ne le maintienne entre l’un et l’autre. Que si l’on convertit la contrainte morale en contrainte légale, si l’on oppose des prohibitions au mariage des pauvres, la société s’arroge un droit qu’elle n’a pas; elle abuse de sa force contre l’ordre de la nature et de la Providence.

Non , Dieu n’a pas mis au sein de la femme cette mystérieuse fécondité ; il n’a pas déposé dans le sang de l’homme ce germe créateur qui fait la gloire de la virilité, pour que des systèmes de commode philosophie viennent a rrêter cette sève d’éternel le jeunesse qui coule depuis le commencement dans les veines de l’humanité. Le but de la science ne doit pas être d’empêcher la production, mais de lui dessinerson cours, de lui creuser un lit plus large et plus profond à mesure que le fleuve grossit; elle doit multiplier les ressources

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