HÔPITAL DU SAINT-ESPRIT-EN-SAXE
Le grand établis.scment du Saiiit-Esprit-en-5aa:e est placé entre le Tibre et le Vatican, dans cette partie de Borne que T>éon LV ceignit de murs et qui s’appelle cité Léonine, Ce nomde5aa:e lui fut donné parce qu’il reçut les Saxons qui descendirent en Italie avec Karl-le-grand, ou plutôt parce qu’Ina, leur roi, bâtit en cet endroit pour ses soldats, en 717, un hospice que l’on nomma École des Saxons. Innocent III élevé au pontificat en 1198, voulant ouvrir un asile pour les malades et les enfants trouvés, crut digne de cette œuvre ce lieu depuis si long-temps consacré à la charité et il en confia l’exécution à l’architecte Marebionne XIII. Déjà saint Symmaque, pape en 498, y avait construit un hôpital, restauré et agrandi par les pontifes ses successeurs, mais négligé depuis à cause des malheurs du temps. Dès qu’innocent III eut terminé son entreprise, il j)ensa ti-ès sage -
ment à la déposer entre les bras de la charité, et la confia à un certain Gui de Montpellier qui, peu d’années avant, avait fondé en France un ordre hospitalier sous le titre du Saint-Esprit, d’où vint ce nom au nouvel hôpital. A côté des frères. Innocent plaça des religieuses gouvernées par la môme règle, pour soigner non-seulement les enfants trouvés, mais aussi les infirmes, ce que permettait la simplicité du temps et ce que font d’ailleurs encore, eu France, les sœurs de la charité. Afin quclcslaïques servissent aussi les pauvres , il créa la première confrérie de Rome, rétablie par Eugène IV, enrichie de privilèges par Jules III, et très florissante aujourd’hui. Je parlerai dans ce chapitre du seul hôpital , me réservant de traiter plus loin des orphelins et des aliénés ajoutes postérieurement au Saint-Esprit.
Les bôtiraents du pieux établissement construits sous Innocent III, souffrirent beaucoup lors du séjour des papes à Avignon, tellement que Sixte IV, en 1471, fut obligé de les réédifier. D’après les beaux dessins de l’architecte BaccioPintelli, il fit construire une grande salle longue de 364 palmes* architectoniques, large de 55, haute de 60, capable de contenir trois rangs de lits. Dans la façade donnant sur la rue, on éleva un élégant portique, muré plus tard, où l’on plaça des réchauds pour les pauvres auxquels on distribuait les restes des repas. A l’intérieur, dans la partie supérieure des murs, des fresques rappelèrent les principales actions du pontife fondateur. Andrea Palladio embellit ensuite cette salle d’une belle coupole et d’ un autel placé, pour l’avantage des ma-
' Dix palmes sont une canne arehittelunique qui êqiiiv.aul à i nièlrcs i déciluèires 3 eeuliiiiclrcs 4 millhnéli es.
lades, devant la porte principale. Une autre salle, longue de 1 49 palmes, large de 48 , haute de 49 , qui coupe à angle droit la précédente, et contient soixante-quatre lits, semble avoir été construite du temps d'Alexandre VII. Elle est aujourd’ hui destinée aux maladies chirurgicales, et se nomme le Petit Hôpital des Blessés. On reconnut, avec le temps, la nécessité de séparer les divers genres de maladies pour obtenir plus facilement leur guérison. Aussi les scorbutiques eurent une salle particulière dans les portiques murés de la cour sixtine ; et sous les mêmes portiques, du côté opposé , on a , plus récemment , placé les maladies chroniques, qui n’eussent pas ailleurs trouvé de refuge. La pulmonic, réputée mal contagieux, fut reléguée dans la salle de Saint-Hyacinthe ; les malades opérés, de même que ceux qui ont besoin de beaucoup de repos et d’une garde continuelle, eurent la salledeSaint-Philippe ; les furieux furent gardés dans une chambre garnie délits de force, afin qu’ils ne troublassent point les autres. Enfin, l’on assigna le petit hôpital de Saint-Girolamo aux infirmiers malades.
La population de Rome qui, de Sixte IV à Benoît XIV, avait doublé, encombrait quelquefois l’étabUssement de près de mille malades qu’il ne pouvait contenir en même temps, et qu’il fallait loger dans les greniers les plus proches. Ou n’ avait pasencore bien compris en Europe la supériorité des petits hôpitaux sur les plus grands ; Benoit XIV y ajouta donc, .sur les dessins de Euga, une nouvelle salle aussi large et aussi haute que la sixtine, longue de 4 1 4 palmes , nommée le Bras-Nouveau. Gregorio Guglielmi l’orna de jjeiiitiires consolantes qui rappellent les guérisons opérées j>ar le Sauveur. Benoit XIV enrichit en
outre l’établissemeut d'un amphithéâtre et d’un beau cabinet d’anatomie, augmenté et pourvu de belles collections par Pie VI ; on y remarque les systèmes artériens, nerveux et veineux , travaillés avec une incroyable patience par le savant Joseph Plajani. Le cardinal Zelada fit aussi don de morceaux en cire parfaitement naturels. Si Benoit XIV, éloignant des rives du Tihre le grand cimetière, l’avait, au lieu de le placer sur le Janicule, transporté dans la vallée qui s’étend au pied opposé de cette colline , il eût mieux encore mérité de la salubrité publique.
Pie VI , sous le règne duquel la population de Rome monta à près de 105,000 âmes, joignit au Saint-Esprit un bâtiment nouveau, séparé de l’ancien parla voie publique , remarquable par sa grandeur et les cinquantehuit colonnes qui en soutiennent la voûte, mais d’une faible utilité. Il est divisé en deux étages, dont le premier nommé Sainte- Marie, est long de 527 palmes, haut de 20, large de 74 ; et le second, Saint-Charles, est long de 529 palmes, haut de 45, large de 75. Tous deux ont les fenêtres très rapprochées et donnant sur les lits. On peut y placer quatre rangs de lits. En récapitulant le nombre des malades que peuvent contenir toutes les salles du Saint-Esprit, on a un total de 1,616 lits.
Sous Pie VII et l’administration de monsignorDandini , alors commandeur, on fit de notables améliorations aux bâtiments ; on reconstruisit les bains , on substitua des poêles aux réchauds , on ajouta une très belle salle d’opérations, vaste, clarteuse, aérée, abondamment pourvue d’eaux, de tables de marbre , telle en un mot, qu’au dire des étrangers mêmes, avares de louanges pour tout
ce qui nous concerne , nul établissement en Europe n'en possède une si complète. PieVII, en 1805, fonda l’école de clinique médicale ; elle a deux professeurs agrégés à r Université qui, alternativement, donnent des leçons aux élèves, et dix-huit lits, dont douze pour les hommes, six pour les femmes.
Le Saint-Esprit est spécialement destiné au traitement des hommes attaqués de la fièvre. Celui qui en est saisi, quels que soient son âge, sa patrie , sa condition; sa religion, n’a besoin d’aucune recommandation, il sc présente, et sur-le-champ il est admis. On y reçoit aussi, dans une salle particulière d’observation, ceux qui n’ont pas la fièvre, mais prétendent se sentir malades. Un greffier 'scrirano) inscrit sur un registre le nom, le surnom du malade , son <\ge , sa patrie , le jour, le mois , l'année de son entrée à l’hôpital, le numéro du lit qui lui est assigné, üe tous ses habits ont fait un fardeau qui se conserve dans une chambre spéciale ; si le malade guérit, on les lui rend; s’il meurt, on les vend au profit de l’hospice. Les lits se composent dans cet établissement, comme dans tous ceux de ce. genre, à Rome, de supports en fer, de planches vernissées, d’une paillasse, d’un matelas, d’un chevet, d’un oreiller, de draps, d’une couverture piquée pour l’été, de deux ou trois couvertures de laine pour l’hiver. On nomme têtes de lits les plus voisins des murs , surmontés de baldaquins dans les salles de Sixte IV et de Benoit XIV ; carioîe , ceux qui suivent immédiatement les premiers et les joignent dans leur longueur ; ceux qui viennent ensuite se désignent par les mots troisièmes, quatrièmes. De deux en deux lits sont des tables de marbre, scellées dans les
murailles, qui servent à poser les choses nécessaires aux malades, et des lieux d’aisances. Le cardinal Castelli, visiteur sous Benoît XIV, lit apposer aux murs, entre chaque lit, de petites tablettes qui, au moyen de coulisses mobiles portant des signes convenus, indiquent à merveille l’état et le traitement du malade. Dans le haut on met les signes qui désignent la nourriture qu’il doit prendre; au bas tous les autres; par exemple: s’il doit recevoir le viatique, s’il a déjà eu l’extrême-onction, etc. , sur un petit morceau de papier attaché aux tablettes, on écrit le nom de l’infirme et tout ce que le scrivano a mis dans son registre.
Voici les gradations de la nourriture suivies dans tous les hôpitaux: Le signe nommé di terza indique qu’il faut donner au malade un bouillon avec un jaune d’œuf délayé, deux ou trois fois le jour, selon le besoin ; le signe sans pain permet un potage, un œuf, de l'eau et du vin pour deux repas. S’il y a diète, on donne, au dîner (^onime au souper, un potage, quatre onces dé pain, deux de viande, de l’eau et du vin, si toutefois pour ce dernier op a mis un signe particulier. Le mot viande indique pour les deux repas , une soupe , trois onces de viande, six de pain et du vin. A ceux des deux derniers degrés, on permet aussi quelquefois, par tolérance du médecin, de la chicorée cuite. Les malades qui ont le signe seconda doivent manger après les autres un potage, quatre onces de pain , un œuf et de l’eau. On distribue la nourriture de sept à neuf heures du matin, et de deux et demie à cinq heures et demie du soir, selon les saisons ; trois fois la semaine on touche de l’orgue ))endant cc temps. L’établissement fournit à chacun un ha-
bit de laiuc pour l’ hiver, de toile pour l'été, et des sandales pour sortir du lit. Les salles sont chauffées en hiver avec des tuyaux parfaitement construits qui partent de chaudières placées au centre ; sur celles-ci , de grands vases de cuivre étamé contiennent des décoctions pectorales composé<« d’eau d’orge, de lierre terrestre et de racine de réglisse , que l’on donne à boire aux malades quand ils le demandent. On y a joint récemment deux autres vases, l’un pour l’eau chaude, l’autre pour l’eau froide. Quatre fois par jour on approprie l’hôpital; tous les mois on blanchit les pavés ; le linge se renouvelle quaud les circonstances l’exigeut, sans limites fixées. Dès qu’un matelas est gâté ou s’ il y meurt quelqu’un, on le change à l’instant. Au printemps, lorsque le nombre des malades est plus restreint , on lave les lits, ou vernisse les banquettes, on blanchit les murs. Afin de conserver la pureté de l’air, on établit des courants et l’on désinfectionue les salles avec des acides. Sous le pavé des salles, dans toute leur longueur, un volume considérable d’eau coule dans un canal de pierre placé en pente, qui reçoit toutes les immondices et les emporte rapidement dans le Tibre par deux embouchures. En somme, tant ‘ de soins ont été apportés , surtout par l’administration actuelle, à la propreté de l’hôpital, que les plus difficiles doivent en être satisfaits.
Si le malade revient à la santé, on le conduit un matin à l’hospice des convalescents; s’il meurt malheureusement, ou le laisse pendant deux heures dans son propre lit, puis on le transporte dans la chambre mortuaire, où il reste vingt- quatre heures. On a conseillé de porter dans une chambre à ce destinée les malades prêts à ren-
dre le dernici' soupir, pour les soustralix; aux regards des autres, sur lesquels la voix du prêtre qui prie pour l’agouisant, les coavulsions du moribond, le râle et l’aspect horrible de la mort, peuvent produire une funeste impression. Je sais que ces inconvénients attachés aux hôpitaux, leur ont suscité beaucoup d’ennemis; mais les plus belles institutions humaines sont comme les monnaies, qui à des métaux précieux joignent toujours quclqu’ alliage. 11 faut prendre garde , en voulant éviter un mal, de tomber dans un mal pire encore. Il est dangereux de remuer le malade à l’extrémité; sachant qu’être emporté de la salle commune est un indice certain de mort, la crainte ])eut le saisir et rendre sa fin plus prompte et plus pénible. Tous les hôpitaux devraient être construits comme celui de Saint-Louis, à Turin ; là, à la tête de chaqne lit, une ouverture large comme le lit lui-même, fermée par un volet, est faite à la muraille. Si le malade meurt, s’il subit quelque opération, on ouvre le volet, le lit, porté sur des roulettes, passe dans un corridor voisin sans que l’on puisse se douter de sa disparition, parce que les rideaux abaissés en cachent l’absence. Lorsqu’on ne peut pas suivre cet exemple , il faut le plus tôt pos- sible éloigner le spectacle désolant du cadavre , en le transportant dans la salle mortuaire. Au Saint-Lsprit , après l’Ave Maria (ï angélus ) , une pieuse association de laïques se réunit au lieu où sont déposés les morts ; ils les placent sur un char couvert, et, tenant des torches à la main , les conduisent au cimetière du Janicule. Rien n’est plus touchant que le cortège de ces charitables frères qui viennent quelquefois des quartiers les plus éloignés de la cité , malgré les pluies ou le froid de l’hiver.
Lorsqu'il u'y a pas de morts à ensevelir , ce qui arnve souvent , Us vont de même au cimetière l'éciter des prières sur les tombeaux.
L’établissement est dirigé par un prélat de haute importance , grand-mai tre ou commandeur de l'ordre du Saint-Ësprit , nommé par le pape dont U relève immédiatement il administre les revenus , surveille la discipline et habite le beau palais élevé sous Grégoire \111 , entre l'église et l’ancien hôpital. Après lui viennent les chanoines du Saint-Esprit , fils de Gui de MoutpeUier , auxquels sont confiées diverses branches de l’administration et l'église paroissiale, élevée par Paul 111. T.éonXll voulut diviser l’ordre en deux classes, l’une de prêtivs , l’autredelaïqucs; ceux-là pour les soins spirituels, ceux-ci |)ourles temporels, soUs l’impulsion d’une même charité. Les prêtres qui a.ssistent les malades, avec le titre de chapelains ou confesseurs, sont au nombre de douze ; ils célèbrent la messe tous les matins dans les diffénmtes salles, administrent les sacrements, assistent le.s mourants. Chaque ordre religieux, suivant les prescriptions de Clément IX , doit envoyer une fois jmr mois deux pères |M)ur entendre les confessions |>endant cinq heures par jour , et , comme on reçoit au Saint-Esprit toutes personnes, sans distinction de religions, beaucoup de prêtres y viennent s’efforcer de ramener à la foi catholique celles qui malheureusement ne la professent pas. En outre, il ne manque pas de bons prêtres et de pieux laïques qui vont y faire la charité ; plusieurs confréries et congrégations y distribuent , surtout le dimanche , leurs charitables services : celui-ci apporte des confiturc's , un aiilre fait les lits, un troisième coupe la barbe , donne
des l)oissons , prcud soin des iimcs , console , instruit , exhorte. 11 faut avouer que souvent les bonnes intentions de ces pieux confrères produisent de mauvaisci'fcts, parce que , peu au fait des connaissances médicales , ils enlèvent , par exemple , de son lit , pour le refaire , un malade en transpiration , ou donnent de l’eau frtddieà un poitrinaire , des confitures à celui qui doit garder une diète rigoureuse. Je ne voudrais pas que l’on arréhtt la charité , mais qu’on la dirigeât. Innocent 111 l’avait prévu , lorsque , en fondant l’ hôpital , il voulut y créer une confrérie de laïcs qui s’exerceraient aux soins des malades ; ceux qui aiment à se livrer à des œuvres si louables pourraient faire une sorte de noviciat , étudier les signes des tablettes, savoir distinguer l’état de l’ infirme , et apprendre la vraie manière de lui être réellement utile. Ou II' enlève pas aux malades le plaisir de voir leurs parents ; les hommes peuvent entrer à l’ hôpital avant la distribution de la nourriture , les femmes deux fois la semaine et même plus souvent si elles sont des mères, des é[>ouscs, des filles ou des sœurs affectionnées. Ainsi l’on compense le mieux possible l’inconvénient des hôpitaux , exagéré par leurs ennemis , qui est de rompre d’une manière barbare les liens de la famille, en privant le pauvre de l’assistance si douce et si efficace de ses plus chers amis.
Les hôpitaux, en même temps qu’ils ont offert un refuge aux malades, ont fourni aux médecins une grande réunion de sujets sur lesquels ils (leuvent acquérir l’expérience de leur art. Quatre médecins et deux chirurgiens font deux visites par jour au Saint-Lsprit , avant l'heure des repas; chaque médecin a son assistant, chaque
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chirurgieu son substitut, qui demeurent dans l'établisseineut. Il est des surnuméraires que l’on appelle quand le nombre des malades augmente , alin qu’un seul n’ait jamais à so^er plus de soixante-dix ou quatre-vingt personnes. Viennent ensuite les jeunes étudiants, vêtus d’ un manteau bleu , admis à exercer certaines fonctions, après avoir subi un examen. Cinq d’entre eux se nomment maggiori; ce sont, le capo sanguigna, chargé des saignées ; r«nztonorio , qui pose les vésicatoires et les sinapismes ; le scrivano , qui inscrit ceux qui entrent , sortent ou meurent ; le caporale, qui surveille la salle des blessés j le mignattaro, qui pose les ventouses et les sangsues, dont la médecine moderne fait un grand usage. La jouraée est divisée en quatre gardes , dont chacune est présidée par un étudiant qui a le titre de caporale, et desservie par deux autres étudiants , deux chapelains , quatre infirmiers , deux porteurs d’eau et deux hommes de peine (facebini). La salle des opérations chirurgicales est surveillée alternativement par deux jeunes étudiants qui doivent être prêts à toute occurrence. L’école de clinique a quatre élèves qui, deux fois par jour, notent sur des feuilles imprimées pour cela f histoire de la maladie, leurs observations , les variations du thermomètre , du baromètre et de l’ hydromètre. La pharmacie est ]K>urvue d’un chef spécial, de cinq élèves et de deux hommes de peine ; c’est une partie fort intéressante de l’établissement; elle fournit des remèdes non-seulement à l’ hôpital du Saint-Esprit, mais aussi à celui des aliénés, an Conservatoire, à l'hospice des Enl'auts-'frouvés, aux nourrices, et aux nombreux inlirmicrs et employés de tous ces beux. On y garde en depot une grande quantité de dro-
gués qui se préparent et se distribuent très soigneusement. Dans tous les hôpitaux de l’ Kurope , il y a une pharmaco|)ée , c’est-à-dire une liste à l’usage des pauvres des remèdes que l’on distribue gratuitement; ici, la générosité romaine ])ermet aux médecins d’ordonner tous les remèdes possibles. Les employés (tuttala famiglia';, outre un léger salaire mensuel , reçoivent le logement et la nourriture.
Les étudiants dont j’ai parlé ne devraient être admis à l’hôpital qu’ après avoii’ accompli le cours de leurs études médicales, et cependant on les y reçoit souvent lorsqu’ils sont encore à l’Université. Léon XII voulait établir au Saint-Esprit un collège médico-chirurgical , où des jeunes gens chargés des moindres fonctions de r hôpital, étudieraient la pratique en même temps que la théorie de leur art. Le besoin d’une plus solide instruction dans ces jeunes gens se lit sentir dès le temps du docteur Lancisi (dont le nom avec ceux de Giavina et de Pane, doit être rappelé toujours avec reconnaissance et gloire ) , et pour cet objet on établit une académie médico-chirurgicale dans la belle bibliothèque qu’il donna génci-eusement, et qui, sous le nom de Lancisienne, est le plus bel ornement du Saint-Esprit. En 1758 , le commandeur Erba fonda cinq écoles de chirurgie ; le cardinal Carafa, visiteur en 1802, créa celles des institutes médicales et de médecine théoriqiu; et pratique. Aujourd’hui, outre la clinique dont j’ai parlé, raonsignor Cioja, commandeur actuel, plein de zèle et de mérite, a établi
’ r.ftUc expretision esl assez diriit ite à lracliiii*e en français, parce quVIlt? et*n>- • prend uon-seulemenl les dtmiesliqucs, mais (ouïes les perHiimes allarhées A une inuisuii, aiim6iiiers, sf‘cniaires, hihliolht'cah cic.
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des chaires d'anatomie pratique, de chirurgie pratique, et d’institutes de chinirgie.
La plupart des malades sont des paysans et des soldats qui vivent sans précaution dans nos campagnes malsaines; aussi la population de l’hôpital est très forte en été et en automne, moindre au printemps. Ces hommes étant presque tous étrangers et sans famille à Borne, ne pourraient pas se faire soigner chez eux et doivent entrer dans un établissement public. Je sais que les secours à domicile sont bien préférables; mais par la raison dont je viens de parler, ils ne sont pas toujours possibles à Rome. Il est vrai qu'au lieu d’un grand hôpital, on pourrait en faire plusieurs plus petits pour prévenir les funestes effets de l’accumulation des malades ; les Anglais ont agi ainsi et on les en a loués, mais Rome bien avant eux avait fait de même. Jusqu’au XV* siècle , quand la population de Rome était le tiers de celle de nos jours , on y comptait de nombreux hôpitaux, très petits, destinés chacun à une infirmité particulière. L’hôpital du Saint-Esprit n’était point encore agrandi , Saint-Jacqnes et Saint-Jean étaient fondés parle cardinal Colouna, on y voyait Sainte-Marie-du-Portiquc , Sainte-Marie-des-Gràces , la Consolation , Saint- Lazare pour les lépreux, Saint-Antoine pour les Fraii- (;ais, et beaucoup d’autres hospices nationaux et particuliers.
Les biens du Saint-Esprit produisent 85,000 écus de rente. T.’ hospice des Enfants-Trouvés eu absorbe 50,000, et le reste ne pouvant suffire aux nombreuses dépense^ de l’hôpital, l’État lui fournit un supplément de .‘16,000 écus par au.
Voici, d’après un bulletin qui depuis 1781 se publie annuellement par ordre de monseigneur le commandeur, l'état des malades admis au Saint-Esprit durant les dix dernières années ou sortis par suite de mort ou de guérison. Ce bulletin manquant pour les années 182G, 27 et 28, j’ai dû y suppléer de mon mieux.
( Monsignor Morichini donne ici des tables statistiques dont il me semble inutile de reproduire les détails ; en voici la conclusion générale : )
l)e la table décennale qui précède, il résulte que le nombre des malades admis chaque année au Saint-Esprit, est de 1 1,903, 70; que leur séjour à l’hôpital est de 8 jours et 99 centièmes ; que le nombre moyen des malades est en général de 293, 43 ; que 11 1 , 96 emjdoyés sont nécessaires jiour les soigner; et qu’ enfin il meurt annuellement 84 1 , 50, ce qui donne un chiffre de mortalité de 7, 10 sur 100, mortalité bien faible dans un si vaste hôpital, et qui fait à elle seule le plus Iwl éloge tant de l’établissement que de la médecine romaine.
CHAPITIIE II.
DE l’hôpital du saint-sauveur.
Honoriiis P' convertit, en G2C, sa maison paternelle situé* sur le mont Célius , en une église qu’il consacra à l’apôtre saint André, à l’exemple de ce que l’empereur Justinien avait fait à Constantinople. Près de cette église, le cardinal Jean Colonna érigea, l’an 121 G, un hôpital sous
le nom de Saint-André; on l'appela ensuite Saint-Sauveur, parce qu’une confrérie de ce titre le dirigea longtemps, et aujourd'hui la basilique voisine de Latran lui a valu le nom de Saint-Jean. On voit encore les vestiges de l’ancien hôpital, et la salle la plus grande, conservée dans tonte sou intégrité, sert actuellement de dépense.
' Alexandre VII augmenta ce pieux établissement qui compte aujourd’hui quatre grandes salles. La première, capable de contenir 1 36 lits, est longue de 395 palmes , large de 37, haute de 38. La seconde, à angle droit avec la précédente, pourrait recevoir 84 lits, puisqu’elle a 258 palmes de longueur, 35 de largeur, 38 de hauteur. De l’autre côté de la rue est la salle dite Mulierum, mise en son état actuel en 1653, par la confrérie du Sauveur : au-dessus est celle que l’on nomme succursale , aérée, mais haute seulement de 25 palmes. La première jieut contenir 143 malades, la seconde 117. Quelques chambres voisines et subsidiaires logent, en cas de besoin, une trentaine de lits. Une salle à quatre places est destinée aux frénétiques, une autre à 24 aux phthisiques , enfin il y a un hôpital spécial pour les infirmiers et employés, le plus vaste de ce genre que nous ayons à Rome, puisqu’il contient 40 lits. Le nombre des malades que peut recevoir Saint-Jean est donc de 578, et plusieurs fois, dans le fort de l’été, il a réellement excédé le demi mille. Mais le nombre moyen est audessus de 200 ; comme au Saint-Esprit, il est plus grand en été et au commencement de l’automne, moindre nu printemps. Une exquise propreté fait l’ornement de ce vaste hôpital , et parmi les moyens employés pour l’obtenir, je signalerai les petits trous faits sous les lits, dans
la partie inférieure des murs, moveii inasité , je eruis , ailleurs , et très utile pour la salubrité et le renouvellement del'air, ainsi que les conduits creusés dans le pavé des salles pour en éloigner toute cause d’humidité. Dans la plus grande salle , de nombreuses inscriptions rappelleut les noms des bienfaiteurs , entre lesquels il faut citer la célèbre Vannozza dei Catani , veuve du duc Valentino.
L’établissement a une bonne pharmacie , bien fournie de drogues que l’on vend au dehors, parce qu’il n’y a pas dans ce quartier d’autres dépôts du même genre.
Comme l’introduction des sœurs hospitalières a rendu inutile, dans cet hôpital, les jeunes étudiants qu’elles remplacent dans tous les soins de basse chirurgie , il n’a ni amphithéâtre, ni école, ni cabinet anatomique , mais seulement la salle de dissection et une bonne bibliothèque utile aux médecins assistants et aux substituts.
Sous le pontificat de Léon XII , l’ancien cimetière fut agrandi et enrichi d’un oratoire, où l’on conserve une très aneienTie image de la Vierge, sous le titre de Sainte- Marie impératrice; une pieuse confrérie, érigée en 1784, accompagne charitablement de ses prières les morts que l’on transporte de l’hôpital au Campo-Santo.
L’hôpital dn Saint-Sauveur est aujourd’hui exclusivement destiné aux femmes, que l’on y admet , selon la généreuse coutume de la charité romaine, sans distinction d’àge, de condition , de patrie et de religion , dès (pi’elles sont atteintes de maladies aiguës ou chroniques. Tout ce <pie nous avons remarqué dans le chapitre précédent sur l'admission, le renvoi, la nourriture , le traitement et la discipline intérieure du Saint-Esprit , s’applique aussi bien a cet hôpital. Ici de pieuses et
charitables associations viennent aussi secourir les malades; et il n’y manque pas d’ouvriers évangéliques du clergé séculier et régulier qui le fréquentent, pour procurer aux infirmes l’abondance des consolations spirituelles. Sept prêtres habitent l'établissement ; l’un comme prieur est chargé de la discipline ; les autres assistent les mourants. Une inscription conservée dans salle neuve rappelle que le pape Clément IX , venu un jour visiter l’hôpital, trouva un malade à l’agonie et ne le quitta plus , lui prodiguant les exhortations religieuses, jusqu’à ce qu’il le sentit expirer dans ses bras. A cette époque , l’hôpital recevait aussi les hommes , dans des salles séparées. Il y a deux médecins principaux , deux assistants, un chirurgien en chef , deux substituts. Des médecins et chirurgiens surnuméraires sont prêts à donner leurs soins en cas de besoin , surtout en cas de maladie endémique. Un pharmacien en chef préside à la fabrication des remèdes.
Tous les infirmiers et employés , y compris les sœurs , sont au nombre de soixante-dix personnes , nourries et logées dans l’étabUssement même.
Le plus bel ornement de l’ hôpital, est l’institutdes sœurs hospitalières' , fondé en 1821 par la princesse Thérèse- Doria-Pamphili , dont le nom sera toujours en bénédiction. Elle eut la pensée d'introduire à Borne les sœur« héroïques de la charité, filles de Saint-Vincent-do-Paul. Léon XII sanctionna en 1 827 la règle de nos hospitalières, et leur congrégation fut définitivement approuvée et confirmée par le pape régnant Grégoire XVI. Elles font quatre vœux simples , pauvreté , chasteté , obéissance et
*Voy. 1: noie t'« ù la fin du volume.
liuspitaiilé. Elles portent un vêtement uniforme de serge noire et mènent une vie commune ; elles se divisent en oblates et convertes, et peuvent être filles ou veuves. L’hôpital n'ayant point de jeunes étudiants, comme nous l’avons dit, elles en remplissent les fonctions et s’acquittent des opérations de basse chirurgie. Jour et nuit près des malades, elles divisent lenr journée en quatre parties nommées gardes, dont chacune a six sœurs, toujours prêtes et attentives ; elles administixmt encore la dépense et la üngerie. L’hôpital de Saint- Jean renferme trente-six hospitalières qui y sont nourries et reçoivent en outre une somme proportionnée pour leurs vêtements et pour les autres dépenses de la vie commune. A leurs nombreux et fatigants travaux, elles joignent aussi les pratiques de piété adaptées à leur institution et organisées de manière à ne gêner jamais le soin des malades. La charité de ces dignes et excellentes femmes, séparées de tout ce que le monde offre de séduisant et d’agréable, pour se consacrer au soulagement de l’humanité souffrante, une telle charité ne pouv ait être inspirée que par la vraie religion.
Ijà confrérie du Saint-Sauveur dirigea long-temps r hôpital. L’administration française réunit tous les hôpitaux sous une députation, conservée et organisée par Pic VII. Léon XII donna une forme nouvelle à cette administration complexe. Il plut à Pie VIII de la diviser, tout en conservant pour le reste les dispositions de scs prédécesseurs, et alors l’uniformité de méthode fut brisée. Chaque députation particulière est composée d’un prélat président, d’un ecclésiastique et d’un laïque. Le cardinal Sala préside aujourd’hui Saint-Sauveur avec
uu rare dévouement , et prot^e 1 ordre des hospitalises qui lui doivent leurs progrès et leurs développements.
Je rappellerai que dans l’hôpital de Saint-Jean s’ est incorporé celui de Saint- Antoine , fondé près de Sainte- Marie-Majeure par le cardinal Capocci, en 1 1 1 2, pour recevoir surtout les malades attaqués du feu de Saint-Antoine. Un ordre hospitalier fondé en France par deux chevaliers de Vienne , Gaston et Girondo le dirigeait Outre les rentes laissées par le'cardinal Capocci, il jouissait aussi des offrandes faites par ceux qui allaient, alors comme aujourd’hui, faire bénir leurs animaux, le jour de la fête de Saint-Antoine. Cet hôpital fut d’abord tran.sporté à Saint-Pierre et Saint-Marcellin, et ensuite à Saint-Sauveur.
L’hôpital de Saint-Jean a un revenu de 32,000 écus, dont le gouvernement fournit 14,400. On calcule qu’un nfirme coûte un peu plnsde vingt baioques par jour.