‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 22 sur 78 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DK l’hôpital de SAI«TE-MAniE-DE-LA-PITlÉ DES PALVRES FOUS.

Fernando Ruiz,chapelainde Sainte-Catherine-des-Cordiers, et Diegoct Angelo Bruno, Espagnols, s’étaient mis, vers 1548, a recueillir les pèlerins venus à Borne, dans une maison qu’ils possédaient sur la place Colonna.

Voyant que la confrérie de la Sainte-Trinité, fondée à cette époque par Saint-Philippe de Néri , s’occuj>ait de la môme œuvre , ils ouvrirent leur maison aux aliénés qui dans toute la ville n’avaient point d’asile. Il arriva dans le môme temps qu’unepieuse dame, Faustina Francolinis , laissa en mourant, dansl’année 1 548, une habitation pour le soutien de quatre pauvres prêtres et confia l’exécution de sa volonté à Giulia Colonna, et celle-ci au père Lainez, second général des Jésuites. Ce religieux pensa qu’il eût été plus utile de donner cette maison aux aliénés que l’on avait déjà réunis au nombre de quatre-vingt , et il la leur concéda par acte public. Le cardinal espagnol Queva fut le premier protecteur de l’œuvre, et Saint-Charles Borromée un de ses principaux bienfaiteurs, puisqu’il lui assigna dix écus par mois. Une confrérie nommée de Sainte Marie-de-la-Pitié-des-Fous, dirigeait F établissement. Benoît XIII, en 1 726, le transporta de la place Colonne à la Longara près de l’hôpital du Saint-Esprit, élevant deux aües séparées pour les hommes et les femmes. Léon XII l’augmenta à cause du nombre croissant de ses malheureux habitants.

Les bâtiments actuels renferment avec peine tous les aliénés, parce que l’on y admet non-seulement ceux de Borne, mais des autres parties des États de l’Église. 11 y a (leux cours quadrangulaires autour desquelles, dans les étages supérieurs, sont les dortoirs et au rez-de-chaussée les réfectoires , la cuisine, les bains et la chapelle. Quand on voudra élever cet hosïûee au degré de perfectionnement où sont arrivés beaucoup d’autres du môme genre , il faudra quitter cet emplacement et le Janicule avec scs villas offrirait un site bien convenable. Oncnlcv(Tait ainsi

les pauvres insensés ii la vue des rues voisines d’où souvent (pielf|iie |)assant peu eliaritable se permet de les insulter. D’autres ont proimsé de le transférer au palais Salviafi (]ui est près de là , en déposant les areliives au palais de l.atrau, laissé sans destination ; car on a besoin d’un vaste local pour établir les nombreuses séparations et catéprories nécessaires. Nous avons en Italie, de beaux modèles à imiter dans ce genre, et les hospices de Païenne et de Pérouse sont comptés parmi les plus remaniuables de l’ Europe. Le célèbre docteur Esquirol, qui a tracé le plan d’ un hôpital pour cinq cents aliénés, d’après les connaissances (pie lui ont données l’expérience et les études de toute sa vie , a visité cette année notre hospice et a loué ce qui avait été fait jusqu’ici, sans dissimuler qu’il l’estait lieaucoup à. faire. L’inhumauité des fers et du fouet a disparu; les camisoles et les lits de force sont les seuls moyens opposés à la violence des furieux. Les bains, si utiles à cette maladie, s’emploient de diverses manières, parmi lesquelles je noterai comme la plus heureuse , la surprise. On admet gratuitement les pauvres de Home; ceux qui appartiennent aux autres communes y sont entretenus par elles moyennant cinquante écus par an. La nourriture se compose de dix-huit onces de pain, d’une feuillette de vin, de trois onces de soupe, de sixde \ iande, et d’une salade le soir. Les employés ont un excellent traitement; ce sont le cuisinier, l’infirmier, le barbier, cimj gardiens, trois gardiennes, le recteur pour les hommes, la prieuie pour les femmes. Un médecin et un chirurgien visitent chaque jour l’hôpital.

On observe en toute l’ Europe une augmentation progressive et ('ffrayante d'aliénés; les causes de ce triste

fait doivent être plutôt morales que ptiysiques, et je pense que l’affaiblissement des sentiments religieux et les secousses politiquesy sont pour beaucoup. T.a viede l’ bomme est si triste et traversée de tant de douleurs, que si ou lui ravit le soutien de la religion, et cette force et cette patience quelle inspire, il tombe facilement dans l’ aliénation mentale. Les troubles politiques faisant succéder sans cesse de grandes misères à dehautes fortunes, tourmentent la faiblesse humaine. Quelques-uns cependant nient cette progression de la folie et prétendent que la multiplicité croissante des lieux où on la soigne a seule donné lieu à l’illusion. S’il est vrai toutefois que l’aliénation mentale est héréditaire , je croirais volontiers que les deux raisons morales que je viens d’indiquer concourent réellement à l’augmentation du nombre des fous. Suivant quelques statistiques, la proportion entre les insensés d’Italie et de France est comme 1 à 4 , et entre ceux d’Italie et d’.4ngleterre comme 1 à 7. Mais j’ai peur que ce calcul ne soit basé que sur le nombre des fous enfcimiés dans les établissements, ce qui évidemment fournirait des résultats incertains, bien que notre hospice dépende du commandeur du Saint-Esprit, il a une administration spéciale qui peut disposer de 15,000 écus dont 10,000 fournis parle trésor. A cette somme il faut joindre les pensions que paient les communes ou les familles riches pour leui s aliénés.

D’une table quinquennale, statistique de l’hospice, il résulte que Sainte-Marie-<le-la-Pitié nourrit journellement 570,38 individus des deux sexes; que le séjour moyen de chacun deux e.st de 773,52 jours; que le nombre des hommes est à celui des femmes comme 2,00

est à 1,51; que, en supposant guéris tous ceux qui sont sortis on aurait 36,53 guérison par cent, c’est-à-dire, 45,16 hommes et 27,90 femmes; que la mortalité de chaque année est de 5,59 par cent, c’est-à-dire 4,71 pour les hommes, 6,47 pour les femmes. Ainsi la fohe semble plus rare chez les femmes ; mais elle est pour elles plus dangereuse parce qu’ elles en guérissent moins facilement et meurent plus promptement.

Page 1