CHAPITRE IX
DES HémAUX ÎNATIONAIJX ET PABTICLXIERS.
Rome étant le centre de la religion catholique , presque toutes les nations y possèdent des «élises et des hospices pour recevoir leurs pèlerins et leurs infirmes. Je dirai peu de mots de ces hospices nationaux dont quelques-uns ont été bien maltraités ]>ar les bouleversements politiques. Une égale infortune a pesé sur plusieurs hôpitaux appartenant à des corporations d’arts et métiers dont je parlerai dans ce chapitre même. Ils étaient très tlorissants lors de l’existence des maîtrises et des académies d’arts, abolies très sagement, au commencement de ce siècle, par le pape Pie VII.
L’hôpital du Mont-Serrat pour les Espagnols, Arragonais, Maiorquins, Catalans, Valençais et Sardes est extrêmement ancien. Il naquit en 1350, sous Clément VI, de la générosité de deux dames Rarcelonnai.ses,Giaconia Fernandez et Margarita di Naïorica , qui unirent leurs
fortunes et fondèrent cet asile pour les pèlerins et les infirmes du royaume d’ Aragon. Charles Y lui assigna 500 ducats de rente et d’autres Espagnols lui firent aussi de magnifiques dons. A cet hôpital qui existe encore on a joint celui de Saint-Jacques, fondé l’an du Jubilé 1 450, sons Nicolas V, par Alphonse de Farinas, évêque de Rodrigo en Espagne, et destiné à accueillir tous les pauvres pèlerins malades et blessés de ce pays, qu’un médecin, un chirurgien et des infirmiers devaient soigner avec toute charité. C’est à Saint-Jacques que logea saint Ignace de Loyola lorsque, laïque encore, il vint à Rome pour la première fois , méditant la fondation de sa compagnie.
f.e cardinal Astorgio Agnense , protecteur particulier des pharmaciens, créa pour eux, en 1 450, une confrérie et un hôpital près de l’églisede Saint-Laurent-in-.Ifïranda. 11 s’y trouve quatre lits seulement, mais on pense à le restaurer, parce qu’il y aquatre ans quel’on n’y a reçu aucun malade.
La corporation des Imulangers de Rome , forma , à l’exemple de beaucoup d’autres , une confrérie nommée de Sainte-Marie-de-Lorette , l’an du Jubilé 1500, sous Alexandre VI . Avec les offrandes des confrères et d’autres pieuses personnes,ils achetèrent près de la place del-Macelde-corvi un terrain ou le célèbre Bramante leur éleva une église en l’honneur de Sainte-Marie-de-Lorette; près d’elle ils bâtirent un hôpital pour les pauvres boulangers malades. Pour leur service on y entretient un médecin , un chirurgien, deux infirmiei-s et un chapelain. L’hôpital a aujourd’hui quatorze lits et pourrait eu recevoir vingt autres ; on y admet toutes les maladies. Les revenus sont joints à ceux de l’église ; des salles particulières sont réscr-
v«“s aux prètivs »*t aux clercs attachés à l'église et aux gens de service et boulangers propriétaires.
Sous Sixte IV', quelques pieux Milanais créèrent à Uonie, pour leurs compatriotes, un hôpital aujourd'hui nommé Saint- Ambroise et Saint-Charles. En 1568, il se forma une eongrégation de tous les cardinaux Milanais, Morone, Scrbellone, (iallio, Trivclli, Alciati, Simonetti et d’autres pieuses personnes qui résolurent de donner a cette œuvre charitable plus d’extension; le nombre des lits fut augmenté, le traitement des malades amélioré et beaucoup d’aumônes réunies. Cet hôpital a trois salles qui peuvent contenir douze lits, mais n’en ont ordinairement que six; il admet toutes les maladies, excepté les chroniques et les contagieuses. Le nombre des infirmiers s’accroît selon les besoins. Je rappellerai que le grand cardinal saint Charles horromée servit souvent <le ses propres mains ses pauvres compatriotes dans cet hôpital et plus souvent encore y vint prêcher.
Le cardinal Stanislas Osio, évêque polonais, eut pitié des pauvres pèlerins de sa patrie , et voulant leur ouvrir un asile, obtint du pape Grégoire Xlll l’église de Saint-Laurent, depuis dédiée à saint Stanislas. Lecaixlinal mourut sur ces entrefaites, mais il laissa ses biens pour l’exécution de son projet qui futréahsé en 1580. Dans ce pieux asile, les pèlerins polonais doivent trouver un gile et des aliments pour plusieurs jours, et s’ils tombent malades, on les y retient jusqu’à leur guérison et on pourvoit à tous leurs besoins.
En 1606, les garçons-lwulangers llorentiiis élevèrent, «lu produit de li>urs quêtes, un hôpital dans la rue Giulia cl le cotilièrcnt à radministrali«>n de la compagnie de la
Pitié des Florentins. AntonioCappola, AntonioCeppurelli et Pietro Cambi, tous trois de Florence, ses principaux bienfaiteurs, méritèrent que leur buste soit placé dans la qrandc salle de l’hôpital.
Iæ bi'itiment actuel fut commencé en 1G07, et le cardinal Bandiui en posa la première pierre avee grande solennité; outre la salle commune, quelques chambres séparées étaient réserxées aux malades d’une condition élevée. L’hospice compte aujourd’hui six lits, mais il pourrait en contenir vingt; il admet les malades munis d’un billet des directeurs de la confrérie qui administre' aussi la belle église de Saint-Jcan-des-Florentins. Les revenus sont communs à l’église et à l’hôpital.
UrbainVlIl accorda aux Lucquois,en 1631, l’église de Saiut-Bonaventure, assise au pied du Quirinal, et 1e couvent voisin où se forma uue confrérie de cette nation. Quelquesannéesaprès, en 1649, JeanGualtiei-otto, prêtre de Lucques, y créa un hôpital pour ses concitoyens pauvres et infirmes. Il a aujourd’hui quatre lits et un infirmier; il reçoit de préférence les confrères de l’association de SainüvCroix et Bonaventure, dont les su[m'rieurs dirigent l’église et l’hospice. Saint Félix de Cautalice habita ce lieu qui fut un couvent de capucins, avant qu’un ne transportât celui-ci à la place Bar- Ik-rini.
Le Flamand Jean di Piétro fonda, en 1500, l’ hôpital de Sainle-Marie-rle-rAine pour les Allemands, tandis (|u’il s’en formait iin autre pour les Allemandes à Sainte - Marie- j»-6'aH»po-.S'a«to. Ik' premier subsiste encore et reçoit surtout les pèlerins attaques de maladies aiguës, car
les malades chroniques sont envoyés aux hôpitaux publics.
A Saint-Antoine-des-Portugais , une noble dame , .leanne de Lisbonne, ouvrit un asile à ses compatriotes. On y voit encore quatre lits demeurés vides depuis plusieurs années faute de malades.
L’hôpital des Saints -Barthélemy -et -Alexandre fut établi pour les Bergamesques, en 1560. Fermé par suite des vicissitudes politiques, on pense à le rouvrir ; mais la confrérie ne manque point, en attendant, de secourir à domicile les malades pauvres de sa nation , s’il en est daus la ville.
Pour compléter le eadre des hôpitaux nationaux et particuliers, je donnerai les noms de quelques autres établissements qui ont été brillants et ont honoré la charité de tant de nations catholiques. Les Flamands avaient l’hôpital de Saint-Julien à Césarini, fondé très anciennement , restauré en 1 004 par Robert, comte de Flandre; les Esclavons possédaient Saint-Girolamo, érigé en 1471 ; les Français Saint-Louis, fondé en 1478, où l’on reçoit aujourd’hui les pèlerins. Clément VII avait, en 1 528, ouvert un liôpital pour les Maures et les Ahissins à Saint-Étienne près du Vatican. Les Génois en créèrent un , en 1 553 , près de leur église de Saint-Jean- Baptistc ; les Siciliens , en 1 505 , j>rès de Sainte-Maried'Ystrie, ou de. Constantinople; les Bourguignons àSainl- Claude, en 1662. Enfin, comme les boulangers itabeus avaient élevé un asile aux malades, à la Sladonc de Lorette, ainsi les Ixnilangers allemands, très nombreux alors et aujourd'hui même à Rome, en ouvrirent un à Sainli'-l'Jisalielli , près Saint- .\n(livMle-!a-Viillé‘e. Treize
corporatious d’arts et métiers créèrent, eu 1298, un magnifique hôpital près de leur église de Sainte-Mariedu-Jardin-in-rrosteuerc. L’agrandissement et le perfectionnement des hôpitaux publics ont diminué le hesoiu de tant d’ asiles nationaux et particuliers.