‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 24 sur 78 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE l’hôpital de la SAIMTE-TKINITÉ POUR LES PÈLERINS ET LES CONVALESCENTS.

Boniface VIII ordonna, en 1300, la célébration d’un Jubilé semblable à celui du peuple Juif. Borne fouléi* déjà par tant d’étrangers qu’attiraient la gloire de son nom, la chaire de Saint-Pierre, ses insignes et vénérables reliques , Borne accrut encore par cette institution nouvelle sa puissance et ses richesses. Boniface fixa l’époque du Jubilé à chaque retour de siècle ; mais Clément VI, bien que résidant à Avignon, abrégea ce temps qui lui parut trop long, et fit célébrer, à Borne, le Jubilé en son nom, l’an 1350, par le cardinal Annibal Géccano. Enfin, Paul II, par égard pour la brièveté de la vie humaine, le mitàchaque vingt-cinq ans, et le célébra en 1475.

Plusieurs rois et princes de la chrétienté avaient dès les premiers siècles, créé à Rome des hospices pour ceux de leurs sujets qui en faisaient le pèlerinage ; cependant toutes ces fondations n’ayant pas résisté aux attaques du temps, et tous les peuples ne pouvant eu jouir, il arrivait (lue dans les années de Jubilé, aloi^sque le nombre des pèlerins est immense, plusieurs arrivant à Borne fatigués du

\ojage, 111 “ trouvaient point d’abri on poser leur t^te. C’(“tait en 1 550, et déjà depuis deux années, saint Philippe de iXéri avait organisé une association de jiieuses |iersonnes, qui, vêtues d’un sac rouge, symbole du l’eu de leur charité, SC livraient aux bonnes œuvres, surtout à l’adoration «lu Saint-Sacrement, f.e saint employa ses dévoués eonfrèrt's à recueillir les jK'lerins sans asile, dans une maison (juc donna gratuitement la noble dame Éléna tlrsini, aux Thermes d'Agrijipine.

L’année sainte terminée et le concours des pèlerins diminué, saint Philippe les appliqua à une nouvelle œuvre de charité, afin de ne pas laisser l’oisiveté refroidir leur zèle. Il voyait sortir des hiipitaux des honunes à peine relevés de maladie , exténués et lauguissants , sans les forces nécessaires au travail , et qui pour cela même retombaient souvent malades. T.a confrérie de la Sainte- Trinité (ainsi se nommait la charitable association) eomimmça donc , en 1551, à recueillir les convalescents et à les garder jusqu’à <5e qu’ils aient repris leurs forces et soient capables de travailler. La confreric n’ayant point d’église, Paul IV lui accorda la paroisse de Saint- \iciwii-atla-Rcgolu, près delaqutdle on acheta une maison destinée à servir d’hospice. Lu Itil2, l’iiglise fut céd«à“ à la confrérie par suite de la suppression delà paroisse, et totalement reconstruite, parallèlement à l’hospice. On distribua la maison en réf«“ctoircs au rez-de-chaussée «;t en dortoire dans les étages supérieurs. Chôment Ml lit «'(instruire, à angle droit avec les précédents, un autre réfectoire, et au-dessus deux dortoii's. Il semble «pi’on ait voulu faire uu parallélogramme auquel il manque «leux e<')ti‘s ; le plus grand, qui longerait la rue et don-

lierait au bâtiment un bel aspect qu'il n’a pas, et l’autre de moindre dimension boi-dant la ruelle. Le petit réfectoire contient deux cent quarante convives , le grand quatre cents ; les petits dortoire ont quatre-vingts lits chacun, les grands cent quarante-quatre. La partie destinée aux femmes a un dortoir de quarante lits, et deux réfectoires ; l’un pour cent quarante-quatre, l’autn pour cent soixante pereonnes ; de sorte que le nombre total des lits est de quatre cent quatre-vingt-huit, dont plusieurs sont tellement larges qu’ils peuvent reei'voir deux individus.

Dans tous les réfectoires réunis on peut servir à la fois neuf centquarante-qiiatrepersoniies. Si l’on complétait 1<‘ batiment comme je l’ai indiqué plus haut, on doublerait l’hospice, ce qui serait très utile; car dans les années saintes , il se trouve réuni le même jour six ou sept mille pèlerins qu’on loge dans les grands couvents de Saint-Callixte , de Saint-Augustin, de Saint-Clirisogonc, des Saints- Apètres, de Saint-André-de-la-Vallée et de la Minerve. Deux salles du rez-de-ebaussée sont destinées à la pieuse cérémonie du lavement des pieds (jue l’on fait en mémoire de l’acte du Sauveur vis-à-vis de ses apôtres. Celle des hommes contient soixante personnes à la fois, celle des femmes eiiuiuante. F.nfin, négligeant les détails de la description du saint lieu, je noterai seulement le vaste et bel oratoire où les bons exmfrères vont puiser 1a charité dans la prière.

Le nombre des pèlerins est très grand dans les années saintes de Jubilé. Dans les années ordinaires le wa.rimiw s’en trouve à Pâques et il se compose de trois ou (|uatrc cents hommes ou femmes. Plusieurs encore viennent

en pèlerinage aux fêtes de Saint-Pierre, de Corpus Domini (Fête-Dieu), de la Portioncule et à l’occasion du voyage à la Santa Casa. Pour être admis , ils doivent arriver d’un pays plus éloigné de Rome que soixante milles, munis d’un certificat de leur évêque ou de son vicairegénéral attestant qu’ils viennent à Borne pour visiter les Saints-Lieux. Quelques frères, nommés receveurs, examinent ces certificats, afin d’éviter toute fraude. Dans le cours de l’année on nourrit les voyageurs pendant un jour s’ils sont Italiens, pendant deux s’ils sont d’outre monts; les Bohémiens reçoivent à leur départ un écu sur des legs particuliers ; les Portugais sont entretenus pendant cinq jours, au bout desquels on leur donne un sequin romain. A Pâques, les Italiens reçoivent pendant trois jours l’hospitalité , les ultramont ains pendant quatre , les Portugais pendant sept jours. La journée est employée à la visite des basiliques ; après l’ angélus du soir on fait dans l’oratoire un sermon de circonstance, puis le lavement des pieds , enfin le diner. Le repas consiste en une livre de pain , deux feuillettes de vin , six onces de viande , un potage , des fruits , du fromage. Les confrères , vêtus de leur sac , servent les pèlerins, et c’est un beau et très édifiant spectacle de voir assis en longue ligne devant les tables, des hommes de physionomie , de mœurs et de langues diverses , venus à la fois des points les plus éloignés du monde pour gagner les indulgences, et en même temps des personnes distinguées par leur naissance et leurs dignités , leur rendre les soins les plus humbles. Souvent on a vu des personnages marquants venir par humilité chrétienne, en habit de ))èlerin, recevoir ces soins charitables; et il ne

faut pas s’étonner si devant tant d’exemples de vertu, plusieurs hérétiques se convertissent à l’occasion des jubilés. Le lecteur sera bien aise devoir quel a été le nombre des pèlerins dans les années saintes depuis l’institution de la confrérie; je l’ai cherché dans l’ouvrage du Père Buggero-Gactano {Mémoires sur l’Année sainte, 1675), et dans les archives de l’étabUssement.

On ne sait pas précisément quel fut le nombre des pèlerins en 1550, où saint Phiüppe et ses compagnons commencèrent à les héberger; on lit seulement qu’il en venait à l’hospice jusqu’à six cents par jour. Pour les jubilés suivants, je puis offrir la table ci-dessous :

Jubilés.

nommes.

Femmes-

Tulahiesbmicbos*

Balaik’c par j<

Outre l’hospice de la Sainte-Trinité qui n’exclut aucun pèlerin, Rome possède pour ces pieux voyageurs d’autres asiles nationaux et particuliers. Les prêtres, par exemple, sont reçus à Sainte-Lucie de’Ginnasi dans une bonne maison tenue par une société de prêtn's séculiers, fondée Sous Pie II, à la fin du xv® siècle. On y

so

compte aujourd’hui six lits. Au dernier jubilé , on y a reçu cent soixante-treize pèlerins. Us doivent apporter un billet de leur évêque attestant qu’ils viennent à Rome pour visiter les saints lieux, et peuvent rester huit jours. Dans un grand nombre des hôpitaux nationaux dont j’ai parlé, on donne a.sile aux pèlerins qui appartiennent à la môme nation.

Revenant maintenant à l’hospice de la Sainte-Trinité, je dirai quelques mots des convalescents'. On comprend facilement que leur nombre suit la môme proportion que celui des malades : le plus grand, pendant l’automne et l’été, est pour les hommes de cent, pour les femmes de soixante ; le plus petit pour les uns et les autres est de dix; ainsi la moyenne peut se fixer à quatre-vingt-dix. Tous les hôpitaux ont une voiture dans laquelle on fait monter les convalescents, quand on les congédie, pour les envoyer à la Trinité avec une note du greffier. Là ou les reçoit et on les garde pendant trois ou quatre jours et plus, s’ils en ont besoin. La nourriture consiste, le matin, en un bouillon et une once et demie de pain; au diner, un potage, six onces de pain , six de viande, une feuillette de vin et des fruits ; au souper, un potage, trois onces de viande, six de pain, une salade, une demi-feuillette de vin.

Un médecin visite chaque jour l’établissement : si le convalescent éprouve une rechute , on le transporte de nouveau à l’hôpital, ou bien on le conserve à l’hospice quand il n’est pas en état de supporter le trajet. Ua maison, y compris le service de l’église, com|)te

' Vnvt'7, diiiis ta pivfacc du li'aduounii-, un tirs tUwlei statistiques

de M de Toiirnon sur cel établUsemein.

vingt employés, nourris et logés dans l’établissement.

Les Anglais ont un hospice semblable, fondé pour les convalescents deux siècles et demi après celui de Eome, et nommé £a Samaritaine. On a mis en doute l’utUité de ces hospices , et l’on s’est demandé s’il ne vaudrait pas mieux laisser la convalescence s’accompUr dans les hôpitaux mêmes. Le trajet , souvent long à faire ; l’éloignement du médecin , qui , ayant connu la maladie , peut plus facilement diriger le retour parfait à la santé , et d’autres raisons semblables, ont engagé quelques publicistes à préférer les salles de convalescents jointes aux hôpitaux. D’autres pensent qu’il est utile et agréable aux malades de s’éloigner des tristes idées de l’hôpital et d’un air peu salubre. La solution de ces questions dépend de l’expérience plutôt que des raisonnements, et, en observant attentivement les faits , on doit découvrir quelle est la meilleure méthode. Les soldats complétaient jadis leur convalescence dans les hôpitaux ; mais depuis 1826, ils viennent aussi à la Trinité , et le trésor paie pour eux 14 baïoques et demie par jour.

Cet hospice est le seul aujourd’hui tenu par une confrérie , et , bien que tous les vingt-cinq ans il ait à supporter l’énorme charge du Jubilé , qui forme une dépense de 1 00,000 écus, il est dans une voie prospère. Les revenus collectifs des convalescents et des pèlerins sont de 18,000 écus, dont 2,400 donnés par la Chambre Apostolique.

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