‹ Des institutions de bienfaisance publique et d'instruction primaire a Rome, essai historique et statistiqueChapitre 30 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

nii I.’lIOSPICi; \POSTOLIQUE DE SAI>T-MICHEL.

Le grand |)ontifc Sixte V‘, effrayé des vices qu’engendre l’oisive mendicité, résolut d’enlever de Home cette plaie hideuse et d’exécuter ce précepte de Moïse ; « Que l’on ne voie point de pauvres et de mendiants parmi vous *. » Sur les dessins du chevalier Dominique Fontana il fit élever, près du pont Sixte, un hospice (aujourd’hui nommé des Cent-Prétres ï pour les pauvres des deux sexes, et ordonna que tous s’y tinssent renfermés sans plus parcourir les rues et les places en demandant l’aumône. Ce fut le premier asile ouvert à Rome pour éteindrela mendicité; car bien que les papes précédents. Pie IV et Grégoire XTII, aient en la même pensée, le temps leur avait manqué pour la mettre à exécution.

(Cependant peu d’années avant cette entreprise, et précisément en 1582, un nommé Jean Léonard Ceruso, ayant compassion des pauvres enfants abandonnés que, cette année-là, la rigueur de l’hiver avait rendus fort nombreux, les recueillit dansquelques chambres d’ une maison delà me des banquiers, près du palais Chigi. Cet homme était né à Carisi, diocèse de Saler ne en 1 551 . Dansleprincipe, ilavait enseigné la grammaire, et comme il prononçait souvent quelques paroles latines on l’avait nommé par plaisanterie le lettré, nom qui fut donné à ses enfants et qu’ils

' ItiiIlP in^rma de 1787.

^ .Non deerunl pauitcn*" in Irrra hiihilalioiiU tu^r. idcii’co ego pr»npio lihi lit iiporias iDaiiuin frali’i lim cgtMio ol paiiperi.. . onmiiin indigenscl iik'ikIîcii-v non f'i'il inliT vos., ul henrtiical lihi Onmiims Peiis (mis* . .

portent encore, li employait ses élèves à nettoyer les rues, moyennant une petite rétribution des marcliands. II allait par la ville avec un habit bleu venant à mi-jambe, un gros chapelet au cou, tète et pieds-nus, avec un maintien si modeste que saint Camille de Lellis le nommait le prédicateur muet. Saint Philippe l’estimait aussi beaucoup et le fit connaître au cardinal Frédéric Borromée, qui plaça son portrait dans la galerie des hommes illustres de la magnifique bibliothèque Ambroisienne de Milan. Il mourut en février 1595, et l’on voit dans l’église delà Mort une, pierre tumulairc qui en garde le souvenir. Son établissement fut transporté par les soins du cardinal Baronius , près de l’église deSainte-Marie-de-la-Charité, au Cours, et plus tard, il fut, ainsi que le dépôt de mendicité de Sixte V, incorporé dans l’hospice apostolique de Saint- Michel, à Eipagrande, dont je vais rappeler l’origine.

Thomas Odescalchi après avoir complété ses études à Cônie sa patrie , et passé sa jeunesse dans les armes et les plaisirsdela chasse, vintà Borne où, à l’exemple du cardinal Benedetto et de 1). Marcantonio ses parents , il se livra aux œuvres de charité. Benedetto son oncle devenu paj)e, il fut lui-mème aumônier et ensuite chanoine de Saint- Pierre. Allant un jour à Sainte-Galle ou D. Marcantonio logeait les pauvres pendant la nuit , il s’a[)crçut que l’on y admettait souvent des jeunes gens, fugitifs pour la plupart de la maisou paternelle, et dont personne ne prenait soin. Il pensa que ces enfants étaient mal placés dans les dortoirs communs, etles réunit dans une maison de la [)lacc Margana où il les occupa aux gros travaux de la laine. Ils étaient alors une trentaine, et bientôt ils arrivèrent au nombre de soixante. Innocent XI les confia aux Pères des

écoles pieuses et pour leur entretien leur assigna 50 écus par mois, retirés par l'aumônerie à d’autres lieux eharitables plus favorisés de la fortune. Monseigneur Odescalchi s’attacha tellement à ces pauvres enfants, qu’il leur acheta , en 1 686 , sur la grande rive du Tihre , un beau terrain, sur lecpiel il fit élever un hospice. Dans les étages inférieurs on construisit de vastes ateliers, afin que les élèves n’allassent plus travailler chez les fabricants de la ville; et dans les étages supérieurs, des dortoirs, un réfectoire et des chambres pour les Pères des écoles ; lui-méme travaillait souvent avec les manœuvres , par amour et chrétienne humilité. Le 9 avril 1689, il transporta dans ce nouveau local ses chers élèves, qu'il continua à aimer et à diriger jusqu’en novembre 1692, que Dieu l’appela à jouir du bonheur des justes. 11 laissa son hospice et une vigne peu éloignée de Rome au prince RivioOdescalclii, lequel, l’année suivante, en transféra la propriété au pape Innocent XII. Celui-ci avait, dès le mois d’octobre 1692, recueilli, comme Sixte V, tous les mendiants dans le palais de Latran. Il envoya tous les enfants qui se trouvaient parmi eux'aux Pères'des écoles pieuses de Saint-Michel, auxquels furent aussi confiés les élèves du lettré ; de sorte que deux cent soixante enfants se trouvèrent réunis dans le même local, ainsi que le rapporte Piazza, auteur eontemporain. Innocent XII conçut alors le projet' de rassembler à Saint-Michel quatre grandes familles de pauvres, c’est-à-dire les invalides et les orphelins des deux sexes. Mais le temps lui manqua pour cette belle entreprise, et les vieillards restèrent àl’ liospicesixtin, les jeunes orphelines au palais de Latran, seulement tout fut mis entre tes mains ’ ntillo .1'/

de la même administration générale. Innocent la dota des bêtiments de la curia Innocenziana , du palais de la poste, de la place Colonna, et de Baldinetti, au cours, des deux douanes de terre et du port. Il enrichit de plus l’hospice de Saint-Michel d’une belle fontaine, placée au milieu de la cour et alimentée par les sources Paulines.

Clément II, successeur immédiat d’innocent XII dont il avait été l’intime conseiller, en poursuivit le projet; à la partie orientale du bâtiment Odescalchi U ajouta une aile nouvelle sur les plans majestueux et solides de Carlo Fontana,ety transporta les deux familles de vieUlardsdes deux sexes, logés jusqu’alors à l’hospice sixtin. Ce bâtiment , parfaitement construit , a une belle cour transformée en jardin , entourée de deux étages de portiques , avec un vaste réfectoire , des dortoirs , une infirmerie , une cuisine, une pharmacie et des caves amples et commodes, de sorte que rien ne manque aux exigences de la vie. Dans cette aile est l’église, que l’architecte dessina fort habilement en croix grecque, afin que chacune des quatre communautés ait sa nef spéciale et que le maîtreautel, placé au milieu, fut visible de toutes parts. Mais le bras qui devait servir aux jeunes filles n’a jamais été construit, et l’église, bien que vaste et belle, est restée brusquement tronquée de cette partie . Au-dessus de l’ église est un grand séchoir dont les charpentes sont remarquables; au-dessous, le cimetière; sur la porte on voit le buste de Clément XI avec l’inscription Àmplificalori bencficentissimo, et dans l’église même les portraits de Sixte V et d’innocent Xll; le premier, surmonté de ces mots : Fundatori oplimo; le second de ceux-ci : Benefactori maximo.

Cléineiit XI, avant même qu’il élevAt l’aile dont nous avons parle, avait fait construire, en 1 703, par l’architecte Carlo Fontana, une prison correctionnelle pour les jeunes gens coupables de délits. Le sage pontife pensait, de cette manière, que comme dans l’hospice voisin on les élevait pour les arts et la vertu ; ainsi dans ce nouvel asile on coiTigerait leurs défauts, ce qui est une seconde éducation. Le style de cette maison de correction est magnifique en son genre, et elle peut , à bon droit , être considérée comme la première idée des célèbres prisons pénitentiaires d’Amérique, de Suisse et d’Angleterre'. Imaginez une grande salle rectangulaire garnie, sur ses longs cêtés, d’un triple rang de cellules dont le,s portes donnent sur un balcon qui longe tout l’édifice intérieur. Deux larges fenètresouvertes vis à-vis l’une de l’autre, dans les deux petits côtés, éclairent et assainissentmerveilleusementla salle. Au fond est l’autel, et dans la même salle un espace suffisant pour les travaux. Les 64 cellules des prisonniers peuvent être surveillées d’un seul coup-d’œil par le directeur, avantage le plus grand du système panoptique de llentbam. Au-dessus de la prison est un grand séchoir pour les draps, au-dessous de commodes magasins pour les ouvriers drapiers. Parallèlement au |)éniteucier, Clément XI continua l’aîle Odesealchi et destina les étages suj)érieurs aux ateliers des beaux-arts et à la preinifu’c fabrique de lapis. Clément XII éleva, en 1735, entre ce bâtiment et la prison correctionnelle des jeunes détenus une maison de pénitence pour les femmes , lesquelles pouvant |)lus facilement se diviser en catégories, occupèrent aussi plus lard la partie des jeunes gens transportés près

' Voyp/ |;i <|ii (radnclnir.

de la prison d’ Innocent; et aujourd’ hui , par malheur, elles sont trop voisines de l’hospice auquel leur séjour est même adjacent. Pie VI compléta enfin, en 1790, le plan d’innocent XII et fit élever le conservatoire des jeunes filles qui habitaient encore le palais de Latran. Nicolo Forti fut larchitectede ce bâtiment, de beaucoup inférieur au reste de l’hospice, soit par le vice du plan qui a dessiné le mur en ligne courbe , soit pour défaut de solidité des constructions, puisque vingt ans après on fut obligéde les étayer. Il circonscrit une cour quadrilatérale ornée d’une fontaine ; sur trois de ses côtés sont les dortoirs, ateliers, cuisine, réfectoire et lieux de décharge ; on duty ajouter une petite chapelleintérieure, l’église paroissiale manquant, comme je l’ai dit, de celle de scs nefs destinée aux jeunes filles. Sousl’énergique administration de monsignor Tosti l’édifice a acquis un nouveau genre de beauté par l’éloignement detoutee qui déformait la pensée primitive, etradjonctiondenouvellcs ctimportantes constructions; de sorte qu’ aujourd’ hui , au dire des étrangers mêmes, nul établissement en Europe ne peut être comparé à Saint-Michel pour la grandeur, la conimodité, la magnificence. La longueur de l’édifice est de 1 503 palmes : 334 mètres ), la largueur de 360 palmes 80 mètres , lepourtourde 3325 palmes (850 mètres); c’est-à-rlireplus d’un demi-mille. La plus forte hauteur est de 112 palmes (25 mètres); enfin l’emplacement a 540,000 palmes carrées (26,720 mètres). Monsignor Vai publia, en 1 774, une description de l’iiosjiice, Saint-Michel , et monsignor Tosti , président' , a écrit un ouvrage important de droit fnibliesur tout ce qui concerner histoire, les l'églemenls

* A'ij'iiinriini ol NUil^nr :»|mshiU«j*KMN‘ l'ho'.jtlrf* rie Sjiliil-MiclK’l*

et l’économie du même établissement; j’en ai extrait, en grande partie , les détails de ce chapitre.

L’ hospice apostolique embrasse quatre grandes familles , c’est-à-dire celles des vieillards de l’un et de l’autre sexe, des jeunes gens et des jeunes filles . Les garçons occupent le bâtiment Odescalchi, agrandi par Innocent XII ; les vieillards, celui de Clément XI; les jeunes filles, l’aile bâtie par Pie VI . Les vieillards doivent être Romains, ou domiciliés à Rome depuis cinq ans ; Us doivent dénoncer en entrant -la quotité de leurs biens, sous peine de les voir confisquer au profit de l’hospice. On ne reçoit point ceux qui auraient des maladies incurables ou contagieuses, et pour éviter toute fraude, le médecin les visite avant leur admission. Us se divisent en deux classes; la première se compose de ceux qui ajantencore une santé suffisante, sont employés aux travaux de la cuisine, de la dépense, du réfectoire ; ils sont portiers, surveUlants ou gardiens et travaiUent dans les ateliers des jeunes gens ; les autres, d’un âge plus avancé et d’ une santé chancelante, sont dispensés de tout ouvrage. Les premiers occupent un grand dortoir, dit de Saint-Sixte; les seconds, une salle nommée l’Infirmerie-Rasse d’où, sans monter un seul degré, ils vont au réfectoire et à l’église. Un prieur, prêtre, dirige cette communauté, aujourd’hui composée de 120 individus, dont 100 entretenns gratnitement , 20 an moyen d’une l^èrc l>ension. Il est permis aux vieillards de sortir à certaines heures, et ceux que leur santé empêcherait de le faire, ont un corridor intérieur couvert où ils peuvent se promener. Ijeur nourriture consiste en dix-huit onces de pain, quatre de viande, auxquelles, deux fois la semaine, on ajoute des légumes ou choses semblables , un potage ,

une feuillette de vin pur ; le soir , des légumes et uue salade ; quelque chose de plus les jours de fête. vêtements se composent, en hiver, de pantalons, habit court, manteau et bas en étoffe de laine gris brun ; et des mêmes objets en toile l’été. Lorenzo Bonimontria avait fondé cinq lits pour cinq pauvres prêtres ; mais les revenus , diminués de trois cinquièmes, ne permettent plus d’en admettre que deux, nommés prêtres élèves qui, sous les ordres du prieur, surveillent les vieillards ; parce que la vigilance est extrêmemeut imimrtante vis-à-vis d’-hommes qui, sentant leurs forces s’affaisser sous le poids de l’àge, se livreraient facilement à la boisson.

Les vieilles femmes sont au nombre de 90, et en y joignant 30 jeunes filles de service, on a une communauté de 120 personnes, réparties en cinq dortoirs , dont l’un se nomme in^rmerie des invalides, parce que l’ou y place les femmes qui ont besoin du secours des autres. Uue seconde infirmerie, la plus vaste de tout l’hospice, est destinée aux malades. Elles ont la même nourriture que les vieillards, et reçoivent une petite somme annuelle en place des vêtements, dans lesquels on n’exige point d’uniformité. Elles s’occupent à faire des bas, à coudre les étoffes nouvelles, à raccommoder les anciennes. Les jeunes filles, annexées à cette communauté comme femmes de service (faticarUi), soignent la lingerie des vieillards, des femmes et des jeunes gens; elles servent la salle des invalides, l’infirmerie, le réfectoire commun et la cuisine des malades. La communauté est présidée par une prieure, choisie parmi les habitantes mêmes de F hospice, et renouvelée tous les trois ans. liC prêtre prieur du conservatoire l’est aussi de cette

communauté. On permet aux femmes de sortir pour se promener ou faire quelque commission ; les filles de service sortent toutes ensemble , accompagnées d’une vieille. Si elles se marient, l’hospiee leur doune lOécus de gratification.

La famille des jeunes gens fut, comme nous l'avons vu, placée la première à Saint-Michel, par monsignor Odescalchi, et augmentée sous Innocent XII par l’adjonction des élèves du lettré. Innocent XII voidait que ces enfants fussent tous orphelins et au nombre de 300, chiffre qu’ils n’ont jamais atteint. Il les aimait tant qu’il leur donnait le doux nom de ses fils, et qu’ il vint les visiter au moins 64 fois. Les jeunes élèves, en souvenir de cette affectueuse bonté , célèbrent chaque année, [wur l’àmc du pontife , un service solennel au jour anniversaire de sa mort, et en redisent les louanges. L’hospice compte 200 jeunes gens, divisés suivant leur âge eu six chambrées , qui prennent le nom de leurs saints protecteurs, Saint-Michel, Saint-François-.Xavier, Saint- Philippe, Saints-Pierre-et-Paul , Saint-Charles , Saint-Innocent, (’.haque chambrée a un préfet clerc ou prêtre , et deux sous-préfets nommés décurions, choisis parmi les élèves les plus sages et les plus raisonnaldes. Un prètre-recteur surveille la discipline intérieure de la communauté. Pour être admis , les enfants doivent être orphelins , Ilomains ou au moins originaires des États pontificaux , et âgés de moins de douze ans. Quelquefois on en admet moyeunaut la légère rétribution mensuelle de 4 écus et demi, parce que les revenus de l'ho.spicc ne suffiraient pas à l'entretien d'un si grand nombre de jeunes gens ; il en est

actuelleineut 160 reçus gratuitement, 60 avec pension. Leur nourriture est celle indiquée plus haut , avec un supplément de 4 onces de pain pour les |)lus âgés. Leur lit se compose d’une paillasse, d’un chevet de laine, de draps, de deux couvertures de laine ; les pieds sont en fer, le reste en marronnier. Le vêtement d’intérieur et de travail est de drap en hiver, et en été d’un tissu de fil et coton nommé rigatino. Quand ils sortent, ils ont une soutane de drap noir. Tous les habits et linges sont numérotés, afin que chacun ait toujours les mêmes et soit tenu de les conserver avec soin. Il est permis aux élèves d’ aller quelquefois dîner chez leurs parents, pour entretenir les affections de famille. Les jours de fête ils sortent deux à deux, par chambrée, guidés par le préfet. On les mène quelquefois se divertir dans une vigne hors de la porte i^ortese, probablement celle qui fut léguée à l’hospice par monsignor Odescalchi.

I.es jeunes gens apprennent les arts mécaniques ou étudient les arts libéraux. Dans l’intérieur de l’hospice sont des ateliers d’imprimeurs, relieurs, tailleurs, cordonniers, chapeliers, lainiers, teinturiers, selliers, ébénistes, serruriers et quincailliers. Pour les beaux-arts, on a la fabrique des tapis en figures ou ornements , la seule de toute l’Italie; la gravure sur bois, l’ornementation, la peinture, la sculpture, la gravure sur cuivre, camées et médailles. D’excellents maîtres donnent des leçons de ces diverses branches d’études ou d’industrie, et rien ne manque au perfectionnement de chacun de ces arts. Quelques élèves sont employés à la comptabilité de la maison ; ce qui les rend propres à une utile profession et les dispo.se à être de bons régisseurs. L’hos-

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pice a d’ailleurs l'antique et louable coutume de distribuer ses emplois intérieurs à ceux qui ont été ses fils. L’instruction littéraire est à la hauteur des connaissances nécessaires à des artisans et à des artistes. Il y a une école de lecture, écriture, arithmétique et catéchisme où vont les élèves, jusqu’à ce qu’ils aient prouvé qu’ils en ont profité. Ceux qui s’adonnent aux beaux-arts suivent l’école du nu au Capitole, et étudient un peu d’anatomie, la mythologie, l’histoire sacrée et profane. L’illustre professeur Poletti leur fait aussi un cours de géométrie et de mécanique appliquées aux arts, et l’on y a récemment ajouté l’école de chimie appliquée qui manquait à Rome. Enfin, une école de musique vocale, suivie avec succès par quelques élèves, les met à même de divertir au carnaval, par des représentations dramatiques, non-seulement la communauté, mais le public. En résumé, l’hospice de Saint-Michel est une véritable école polytechnique, un vrai conservatoire d’arts et métiers , ouvert par le génie des papes un siècle avant qu’en possédassent les nations les plus éclairées de l’Europe.

La communauté des jeunes filles, appelée aussi conservatoire de Saint-Jean, du nom du palais de Latran quelle occupa pendant plus d’un siècle, comprend 240 personnes, presque toutes entretenues gratuitement. Le but de cet établissement, comme de tous ceux de ce genre, est d’enseigner la religion aux jeunes filles, de les sauver de la séduction, et de les habituer aux soins domestiqueset aux travaux de leur sexe. Les filles de Saint-Michel occupent neuf grands dortoirs présidés par les plus aneiennes. La prieure et la sous-prieure sont choisies tous les trois ans parmi les plus avancées et les plus sages.

t«es proches parents peuvent venir les voir , mais ne pour»raient jamais les avoir à diner chez eux, parce qu’il en résulterait peut-être des désordres. Elles sortent toutes en*semble, accompagnées du prieur, qui est un prêtre chargé de la discipline intérieure. Leur nourriture est la même que celle des autres communautés; elles portent, quand elles vont dans la ville, un vêtement uniforme de serge noire avec un voile blanc sur la tête. On leur donne des leçons de lecture, écriture , arithmétique, ainsi que de musique, d’ouvrages de femmes ; ce qui facilite leur entrée dans des monastères et sert à embellir les cérémonies de la chapelle particulière du conservatoire. La cuisine et le blanchissage se font dans la communauté mëme^ suivant un très ancien usage, et ces travaux préparent utilement les fenunes aux soins qui leur seront confiés dans leur ménage. Elles fabriqnent en outre tous les ornements d’uniformes de la milice papale , et on leur abandonne, comme encouragement, une moitié du gain. Quelques autres travaillent la soie, la toile, les rubans, soit pour l’usage de l’hospice lui-même, soit pour des négociants. Comme on ne congédie les pensionnaires que pour les marier ou les faire religieuses, il en est de vieilles, incapables de fatigues, et qui ont besoin de l’aide des autres; les plus fortes d’entre celles-là font l’office de maîtresses ou de surveillantes des plus jeunes. L’archiconfréric de l'Annonciation donne par an 100 écus qui servent de dot aux mariées ou aux reUgieuscs.

Léon XII érigea en paroisse l’hospice apostolique, attaché jusque-là à la cure de Sainte-Cécile. Le curé a un vicaire qui le seconde dans la prédication, l’enseignement, ^’administretioii des sacrements et l’assistance des mori-

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bonds. Les cpiatre communautés entendent la messe le matin, récitent le rosaire et accomplissent d'autres pratiques de piété très nombreuses. Le curé et le vicaire sont aidés dans l’audition des confessions par deux prêtres pour les jeunes gens, deux pour les jeunes filles, un pour les vieillards et par d’autres encore qu’y appelle spontanément le zèle du salut des Ames. Les dimanches, les garçons et les filles récitent l’office; le vendredi, les vieillards ont le saint exercice de la bonne mort. Dans le eourant de l’année une retraite spirituelle a lieu, suivant les exercices de Saint-Ignace, et les ouvriers drapiers peuvent aussi en profiter pour se préparer aux pàqucs. Je ne cesserais pas si je voulais énumérer toutes les œuvres de religion pratiquées dans l’hospice pour déposer au fond du cœur des élèves ces germes de solide piété qui, par la suite, en font de bons citoyens.

L’hospice recevait, dans le principe, les produits de quelques impôts publics, sagement établis par les papes, qui par l’usage qu’ils en faisaient au profit des pauvres, en éloignaient toute idée de charge odieuse. Telles furent les taxes des armes, du bois, des cartes à jouer, du droit d’ancrage du port d’ Anzo, du péage au pont Talaro, taxes réunies plus tard au trésor, qui donne en échange une somme annuelle de 20,000 écus, dans lesquels sont compris l’indemnité des capitaux perdus et les 100 écus assignés chaque mois à l’école de tapisserie. Une autre source de revenus est le privilège d’approvisionner les palais apostoliques et la milice pontificale de tout ce qui se fabrique dans l’établissement. Innocent XII lui fit don du palais de Latran, de la curie bâtie par lui, et dans sa noble prodigalité lui envoya on une seule fois 100,000 écus.

(’iCt exemple fut spleiulidcmenl imité par le pape régnant, Grégoire XVI, père plein d’amour pour l'hospice, etqui, de sa propre cassette, a soutenu l’atelier des draps , dans un temps de crise, afin que les pauvres ouvriers de cette fabrique qui attendent de leurs travaux le pain de leurs familles ne fussent pas sans ouvrage. Quelques particuliers ont aussi donné des capitaux en échange du droit de placer librement les ])auvrcsqn'ils jirotégeut; de sorte que l’hospice a un revenu de 50,000 éeus.

J’ai signalé le privilège de fournir des draps aux palais apostoliques et aux soldats pontificaux. I,’ atelier destiné à cette fabrication peut être considéré comme un établissement ià part, semblable aux maisons de Iraimiix oud’induslrie. La surabondance des ouvriers drapiers est extrême à Rome, par suite de T impossibilité où sont les fabricants deluttercontrelaconcurrenceétrangèrc. Thomas Odcscalchi établit donc dans son petit bos])ice des métiers détissage, et Clément XI fit construire, parFontaua, un atelier si beau qu’il pouvait facilement recevoir tous les perfectionnements de l’art. Plusieurs élèves y étaient employés; mais aujourd’hui son peu d’importance les en a éloignés. Unevaste teinturerie, bienfournied’ instruments, estjointe à la fabrique et l’école de chimie appliquée, fondée cette année et la première jusqu’ici existant à Rome , formera de bons teinturiers , instruits et capables de tirer leur métier de l’ornière. La fabrique se compose de deux vastes magasins pour les laines brutes , tirées en général de nos Imrgeries , de bonnes qualités et même de race espagnole devenue indigène dans les états romains. Un vasje atelier estdestiné aux cardeurs etimprimeurs; au-dessous est le lieu où on lave les laines et où l’on nettoie les draps. La

(ilature se fait liors de la maison par des femmes et en grande partie par les condamnées du pénitencier et les jeunes gens des prisons correetionnelles > auxqnels on accorde la moitié du gain. Les tondeurs ont aussi leur lieu à part J mais tous les travaux ne pouvant s’exécuter dans l’hospice même, on en donne aux ouvriers dans leurs propres maisons. Tout se fait à la main, sans machines. La fiüirique emploie 850 individus de toutûge et de tout sexe ; elle produit .30,000 aunes de draps destinés nonsculcinent aux soldats et aux palais, mais aux particuliers (ju’ attire la bonté de scs produits. Une éternelle reconnaissance est dueàM. .Vntouio Costa qui, depuis plusieurs années, dirige la fahrication des draps avec un zèle et une habileté digues des plus heureux résultats'.

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