CHAPITRE VI
UE e’ HOSPICE DE SAINTE-MARIE- DES-ANGES,
Pendant qu’ils occupaient Rome, les Français recueillirent les mendiants dans le palais de Latran et dans le eouveiit de Sainte-Cioix-de-Jérusalcm. L’excellent pontife Pic Vil, rendu aux vœux de ses sujets, pensa que ce lieu ne leur convenait pas et les transféra aux Thermes de Dioclétien, dans les anciens greniers des magasins de blé
Jusqu’à 182'i cc dépôt de mendicité n’éprouva aucun changement notable ; mais Léon XII, si zélé pour les institutions charitables, voulut le transformer en une maison d’industrie pour donner du travail aux pauvres et leur enlever tout prétexte d’oisiveté. De semblables maisons s’étaient ouvertes déjà en quelques villes d’Europe, sur le modèle de celle que le comte de Rumford avait créé en Bîivière en 1790, et qui avait purgé la ville de Monaco de tous les vagabonds. Quels qu’en soient les motifs , une vraie maison d’industrie ne fut jamais organisée, quoique le lieu en ait reçu le titre, et l’on forma seulement, poulies deux sexes, un hospice qui porte aujourd’hui le nom de l’église voisine, la Madone-des- Anges.
Le bâtiment est tris vaste et très solide ; mais, destiné à conserver des grains, il n’a ni les aisances, ni la salubrité nécessaires à un dépôt d’hommes. Malgré cela, le consacrer au soulagement de l’humanité fut une excellente idée , puisque les nouvelles théories économiques l’avaient rendu sans emploi. Il se compose de quatre grandes ailes, dont trois se joignent à angle droit , et la quatrième est séparic des premières par la place; on nomme cette dernière Clémentine, en souvenir du pape ([ui l’a élevée. MouseigneurCapaccini, directeur dcl’œuvre dèsl’originc, mit eu bon état l’aile Clémentine consacrée aux infirmeries ; plus récemment on a fait de notal)les améliorations dans la partie occupée par les hommes pour la mettre eu harmonie avec les besoins du service, et les travaux seront certainement étendus à l’habitation des iémmes, afin que tous les bâtiments soient en accord avec leur nouvelle destination charitable.
L’ liospice cs( soumis à la commission des subsides, et le cardinal prél'ctde cette commission eu est, avec le titre de protecteur, le directeur -général. La communauté des femmes a, pour les choses spirituelles, un supérieur ecclésiastique, ordinairement évêque titulaire ; et pour les choses temporelles, un député de la commission des sul>sides nommé président délégué. Les hommes sont confiés aux frères de la doctrine chrétienne, vulgairement appelés ignorantins, qui relèvent directement du cardinal protecteur. Ces bons frères furent appelés, pour le grand bien de l’hospice, à en prendre la direction disciplinaire et économique le 29 décembre 1834. Ils sont au nombre de seize et se partagent les fonctions comme il suit ; directeur, économe, assistant au réfectoire, cuisinier, portier, quatre préfets, quatre sous-préfets et trois infirmiers. Les hommes montent à 350 individus divisés en cinq catégories dont quatre en santé, une de malades. Les centuries des bien-portants se forment par êge , se subdivisent eu chambrées et ont des dortoirs séparés ; à chaque dix-huit lits est préposé un chef de chambre, les cellules des frères sont placées de manière que d’un seul coup-d’œil ils j)cuvent, par une petite fenêtre, surveiller le dortoir. Les lits SC composent de pieds de fer, tablettes, matelas , draps et couvertures de laine ; la nourriture consiste en 20 onces de pain pour les plus forts, 1 6 pour les plus jeunes, 3 onces de viande , autant de soupe et une demi-fcuillettc de vin ; le vêtement, eu chemise et caleçons que l’on change tous les huit jours, pantalons et vestes de carfagnehom\ct de drap élargi au sommet par un cercle de bois , chaussettes de drap et souliers. I es jours de fête, 1e bonnet et les
Iial)its sont de drap aux couleurs mélaugéw. Pour conserver la propreté des vêtements de laine, on a des fourneaux ou s’échauffent des fers de tailleurs que l’on passe sur toutes les coutures, afinqu’ilne s’y loge aucun insecte.
La centurie des malades est une lourde charge pour l’hospice, elle est de 50 individus. Ceux qui ont des infirmités aigues, ou des maux du ressort de la chirurgie sont envoyés dans les hôpitaux respectifs. Afin que les maladies contagieuses ne se propagent pas , tous ceux que l’on reçoit à l’hospice sont, pendant trois jours, déposés dans une sorte de lazarets, visités et appropriés avec grand soin. L’infirmerie a été placée dans la partie la mieux préparée de l’aîle Clémentine ; elle est aérée, propre, saine et bien desservie.
Les enfants auxquels leur âge n’a point encore permis d’entreprendre l’apprentissage d’un métier, ont une école de catéchisme, delectureetd’écriture. Lesautres reçoivent également des leçons après leurs travaux, j)endant le jour en hiver, après le dîner en été. Rome n’ ayant point d’école publique de musique instrumentale, Monsignor Capaccini a formé des élèves, sans les enlever à leurs métiers, une troupe militai re qui s’ exerce chaque jour pendant quelques heures dans une salle particulière et a déjà donné des preuves de son habileté en faisant publiquement de la musique ; on exerce dans l’hospice les métiers de cordonnier, tailleur, imprimeur, teinturier, serrurier, chapelier , menuisier et ébéniste. De ses ateliers sortent ces chaises si légères et faciles à manier, connues sous le nom de sièges de Chiavari. Une grande partie des jeunes gens est employée à la confection de la chaussure et des vêtements
militai iTS , i)arce que toutes les fournitures des soldats se font dans l’hospice. 11 y a un atelier de cordonniers et tailleurs pourles bcsoinsdclaraaison. La teinturerie sert àcolorer les cotonset autres étoffes fabriquées par les femmes. Généralement les ateliers et les travaux sont affermés à des entrepreneurs , ce qui est la méthode la plus avantageuse , quand les contrats sont régulièrement stipulés et passés entre gens honnêtes. L’imprimerie seule n’est point mise en adjudication et publie ordinairement de petits ouvrages de dévotion qu’elle livre à bas prix ou donne gratuitement. Le salaire se répartit en trois parts : un tiers reste à la maison, un tiers revient à l’ouvrier, un autre tiers est mis en commun et divisé par la suite. C’est une excellente coutume d’envoyer une partie des pauvres garçons aux travaux de la campagne , parce que le nombre de ceux qui se livrent , à Rome, aux arts mécaniques est certainement suralmndant. La position de l’hospice, entouré de villas, de vignes, de jardins et de vergers, facilitera peut-être la réussite d’ une entreprise très utile, vainement tentée d’ autres fois. Pour vaincre cet éloignement que les habitants, même les plus pauvres, de la capitale, ont pour les travaux champêtres , de tels établissements de jeunes agriculteurs seraient d’une grande utilité, mais plutôt dans les villages voisins que dans la ville même ; parce que l’on éviterait ainsi les funestes effets de la tnafarto qui décourage les cultivateurs de nos campagnes.
La famille des femmes , composée de 550 personnes, sc divise aussi en cinq centuries, y compris celle des malades, qui comprend d’ordinaire 60 infirmes. Elles habitent de très vastes salles à trois ou quatre nefs, non suffisamment
encore, réparées. Leur nourriture et leur couchage sontle.s mêmes que ceux des hommes ; elles sont vêtues de carfajne dans l’intérieur, et quand elles sortent, elles mettent des robes d’ une couleur cendrée, et se couvrent la tête avec un mouchoir. Elles travaillent le coton, le fil et le lin ; elles empaillent les chaises fabriquées par les hommes ; vingt d’entreelles sont employéesau blanchissage des deux communautés, vingt autres à coudre et à réparer la garderobe. Elles demeurent à l’hospice tant qu’elles ne se marient pas, ne se font pas religieuses, ou ne sc mettent point en service dans des maisons particulières. De sorte que la communauté a été toujours en croissant, et qu’elle est aujourd’hui devenue presque le double de l’autre. On avait pensé à les renvoyer vers 25 ou 30 ans , afin de ne point surcharger la maison de tant de femmes vieilles et impotentes, et de faire de la place pour les jeunes filles de 10 ou 12 ans qui n’ont point encore reçu d’éducation et courent grand risque de se perdre. Mais ce projet n’a point eu de suite, et l’on garde dans ce conservatoire, comme dans tous ceux de Rome, la même coutume. La cuisine, dont on va confier les soins à ces femmes , les habituera à ces travaux domestiques qui sont à la chaîne d’une mère de famille.
La Congrégation des filles du refuge du Mont-Calvaire, fondée à Gênes par la servante de Dieu Virginia Centurione-Branelli, morte en 1651 , et qui dans cette ville dirige toutes les œuvres pieuses en faveur des femmes aliénées, des malades, des exposées , des orphelines et des pénitentes, transplantée à Rome depuis sept ans par la vertueu.se princesse Theresa Doria-Pamfili, préside la
communauté des femmes dans notre hospice. Une de CCS filles du refuge connues vulgairement à Gènes sous le nom de Brignoles, est directrice générale; une autre préside à r infirmerie, une autre aux écoles, une quatrième aux métiers de tissage, une cinquième à la lingerie, une sixième enfin à la garde-robe, et toutes remplissent leurs fonctions avec beaucoup d’habileté et d’exactitude. Elles ne font point de vœux, mais seulement après leur noviciat jurent persévérance. Elles sont vêtues de noir, et un long voile tombe de leur tète. En 1833, elles ouvrirent un noviciat à Saint-Norbert, où sont déjà 6 ou 7 novices. Tous les cœurs qui ressentent vivement l’amour des pauvres doivent faire des vœux ardents pour l’accroissement et les progrès d’une si utile institution. Le petit nombre de ces excellentes dames ne suffisant pas aux exigences de leur grande famille, elles se choisissent des aides parmi les femmes les plus sages de celles confiées a leurs soius, et cclles-ci couchent dans les dortoirs communs , et conduisent leurs compagnes à la promenade.
Quatre chapelains prennent soin du spirituel des deux communautés , et des prêtres du dehors viennent souvent, surtout dans les infirmeries, distribuer par charité les secours de la religion. Chaque matin on assiste à la messe, le soir on récite le rosaire, tout le monde doit sc confesser une fois par mois, et reçoit l’instruction du catéchisme, base d une bonne éducation religieuse.
La commission des subsides donne à l’hospice de la Madone-des-Anges 35,000 écus par an. Le bénéfice des tra'saux peut monter à 4,000 écus. On calcule que cha-
que |)€r8onne coûte 12 baïoques par jour, tout compris. Les frères de la doctrine chrétienne administrent la caisse des hommes , le président délégué celle des femmes ; tous doivent rendre leurs comptes chaque mois au cardinal-préfet. La chambre apostolique vient au secours de l'hospice dans les dépenses de grandes réparations, et ne l’abandonnera sûrement pas, tant que la restauration des édifices ne sera point accomplie.