CHAPITRE Vil
DK l’hospice ecclésiastique.
Jean- Antoine Vestri , de Côme , pharmacien à Sainte- Lucie-de-la-Clavicule , allant un jour au Saint-Esprit pour y soigner les pauvres malades, selon sa charitable coutume, s’aperçut qu’à son aspect l’un d’eux, couché dans un lit, se couvrit le visage avec son drap. Il sut plus tard que cet homme était un prêtre de sa connaissance qui , en le voyant, s'était senti pénétré de honte d’être ainsi confondu avec la populace dans un hôpital public. Le bon Vestri fut fortement impressionné de ce fait, et résolut d’ouvrir un asile particulier aux prêtres infirmes. Il acheta quelques chétives maisons près de Sainte-Lucie, où il demeurait, et y plaça quatre lits ; il y recevait, y servait et fournissait d’aliments et de remèdes les prêtres qui s’y retiraient. Cet homme bienfaisant
mourut le 21 décembre 1650, consacrant toute sa fortune à son hôpital , qui s’accrut de six lits. Il le confia, par acte de dernière volonté, cà la Gongrégatiou des cent prêtres et vinÿt clercs, fondée dans l’église des saintsMichel-AhgeloetMaguodansleBorgo. ClémentX en fit r érection canonique par un bref apostolique de l’ an 1 6 7 4 ,
Quand l’hospice des invalides du Pont-Sixte fut abandonné par ses habitants, transférés à Saint-Michel, on établit à sa place un collège ecclésiastique, et l’on y joignit l’hôpital de Vestri, mettant le tout entre les mains d’un cardinal et de quatre députés; ensuite il passa sous la direction des Pères des écoles pieuses ; mais l’union du collège et de l’hospice modifia peu à peu les deux institutions, et il en résulta une maison de retraite pour les pauvres prêtres qui, affaiblis par les fatigues du ministère, avaient besoin de repos et de soutien. On en compte ordinairement huit ou dix logés et gratifiés de 15 baïoques par jour. Aujourd’hui l’on ne recevrait donc plus un prêtre malade dans l’hospice ecclésiastique; et même si l’un des pensionnaires le devenait, on l’enverrait aux BenfratelU, où il serait soigné aux frais de l’hospice lui-même. La députation des quatre ecclésiastiques en est revenue ti le diriger sous la protection du cardinal-vicaire de Borne. Le chanoine doyen de Saint-Pierre est député né ; deux autres sont prélats, un quatrième homme de loi. Les revenus se composent surtout de la location de la majeure partie du bâtiment ; ils sont de 1 ,000 écus environ.
J’ai dit que le bon Vestri laissa l’administration de son hospice à la Congrégation des cent prêtres et des vingt
clercs ; je dois ajouter que cette œuvre toute spirituelle lut créée en 1G35, à F imitation d’autres œuvres semblables qui florissaient jadis à Eome, comme on le lit sur des inscriptions chrétiennes conservées dans les églises de Saint-Côme-et-Damien au Forum, et de Saint-Jeanet-Paul sur le Célius. Le but de la Congrégation est de prier pour les âmes des frères défunts. Dès que l’on sait la mort d’un des prêtres ou clercs affiliés, on récite l’office des morts, on célèbre une messe de repos , et chaque prêtre est tenu de dire ou de faire dire une messe pour le défunt. On maintient toujours le nombre de cent : les clercs devenus prêtres prennent les places vacantes de préférence à tons autres. Tous les vendredis ils se réunissent dans l’égüse de Saint-François au Pont-Sixte, récitent un nocturne de l’Office des Morts, puis chacun tire au sort un petit papier sur lequel est désigné un acte de vertu qu’il doit accomplir, comme suffrage et prière poulies âmes des défunts. Cet exercice a remplacé les conférences ecclésiastiques tenues auparavant tous les vendredis.