XL IV
Les écoles modernes de publicistes et d’écono- . mistes ont eu le tort d’exiger avant tout, pour l’application de leurs systèmes, une organisation complètement nouvelle de la société, ce qui est seulement impossible. Parce que des tbéorics célèbres ont tenté à la fois de résoudre ce grand problème, on s’est persuadé que tout bien-être dépend de sa solution, et l’on demeure, en attendant, dans une inaction qui fait oublier les devoirs du présent. Mais à chaque époque , de Platon à Thomas Morus et à l’abbé de Saint-Pierre, des milliers d’utopistes, plus ou moins connus, ont rêvé des républiques idéales, et les hommes sérieux de leur temps ne négligeaient [las pour cela le bien qui les environnait, et n’ajournaient pas à la réalisation de ces cités imaginaires le soin de l’amélioration et du soulagement de leurs frères.
Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est moins renverser l’ordre de choses existant pour en reconstruire un nouveau, tout de bonbeuret d'harmonie, que faire jaillir du sein de notre société tout le bien que recèlent ses entrailles. Un revirement vers la Foi, un retour sincère à la morale chrétienne, l’application pure et simple de ses principes, sans bouleverser le monde entier, tels en sont dans notre pensée les vrais moyens. Que le catholicisme résolve toutes IcsdifQcultés d’économie sociale, qu’il tranche, par exemple, les questions capitales du salaire, du paupérisme, delà population, c’est une conviction qui est résultée pour nous de toutes nosétudes; le prouver par des raisonnements et par des faits serait l’objet du plus beau livre que l’on put écrire; mais nous ne pourrions l’esquisser même ici sans risquer un volume à propos d’une préface.
Digitizod by Googte
Je sais que l’on reproclie au système économique du catholicisme son excessive libéralité, une largeur imprudente dans ses principes de générosité, son incrédulité pour la découverte d’une terre promise, d’où disparaîtrait la misère. On le blûme d'entretenir la pauvreté par le mérite même qu’il attaciie à l’aumone et par la profusion des secours qu’il verse sur l’infortune. Un savant professeur exprimait dernièrement sur ce sujet dans la chaire du conservatoire, des idées que je ne puis me refuser au désir de consigner ici. Il s’agissait de la grande question de la lutte établie entre le capital et le salaire, entre l’entrepreneur et l’ouvrier, de la question du paupérisme enfin. Voici comment il terminait sa leçon ' :
« Il y a deux systèmes qui veulent résoudre cette immense difficulté : le système protestant et le système catholique. J’adopte ces dénominations sans vouloir accuser ni exalter le protestantisme, ni le catholicisme, mais tout simplement parce que l’un de ces systèmes est principalement recommandé et pratiqué parmi les protestants, tandis que l’autre est soutenu et réalisé parmi les catholiques. Le système protestant part d’un fait impitoyablement formulé par Malthus ; ce système prétend que la population s’accroît dans une proportion plus grande que les ressources ; qu’il y a trop de monde, que la concurrence en provient, et qu’il n’y a d’autre remède que d’arrêter l’accroissement de la population. Il dit aux pauvres : « C’est vous qui avez tort ; pourquoi êtesvous nés? Pourquoi êtes-vous venus demander votre
' Nous pj'eiions ce fragment ilii cours de M. Blanqui dans le journal t'l"nivei\i du *2i février 1X21.