XI.Vl
pari au banquet de la vie où nous avons pris toutes les places? Prenez-vous-en à vos pères et mères. Cependant nous sommes généreux, charitables; nous vous donnerons du pain; mais rappelez-vous bien que vous n’y avez aucun droit, que c’est de noire part bonté pure; ne vous plaignez pas du peu, car ce peu sera encore plus que nous ne vous devons. » « Et cela dit, le système protestant, en Anglclerre, envoie les pauvres dans les PVork-Houses,Aan%\e&ma.\sons de travail, dans ces six cents prisons qu’on a élevées pour réprimer la misère et pour suppléer à la taxe des pauvres. Comment y sont-ils ces malheureu.\ ? Il ne faut pas qu’ils y soient bien; il ne faut pas même qu’ilsy soient d une manière supportable ; car telle est la misère de leur liberté, qu’ils se jetteraient en foule dans ces prisons, et qu’on ne pourrait les y loger ni les y nourrir. 11 faut donc imaginer des épouvantails ; il faut que le pauvre tremble devant le se cours cruel qu’on lui offre, et qu’il paie en tortures la charité qu’on lui fait. Oui, cela se voit en Angleterre ; on y voit sept ou huit personnes graves, instruites, riches, de bons bourgeois, desadministrateurs de charité, se réunir autour d’une table et poser le problème... Quel problème? Le problème de savoir comment on pourra ôter aux pauvres l’envie d’entrer, sans une nécessité impérieuse, dans les asiles qu’on leur a ouverts; le problème de savoir comment on s’y prendra pour leur rendre le pain amer, pour tourner en supplice le prétendu bienfait. Dès qu’ils veulent entrer dans la maison de travail, on sépare le mari de la femme, les enfants de la mère; on leur ôte jusqu'à leur nom; un les fait travailler à la roue
(tread-mill) , à celle roue barbare qui les force de niarcber comme des bêtes de somme ; on ressuscile lout exprès pour eux le Iravail des esclaves de l’anliquité. Ainsi luer d’une manière ou d’une autre, par la faim ou par la torlure, arrôler de force celte population qui progresse en proportion géomèlrique, voilà tout ce que le système protestant a su inventer pour les pauvres. Que voulez-vous? ce sont les pauvres qui ont tort; pourquoi venaient ils au monde quand toutes les places étaient prises?
« A ce système protestant s’oppose le système catholique représenté, en France, par M. de Villeneuvc- Bargemont et plusieurs autres écrivains. Le système catholique oppose , à cette rigueur , la bonté , à ce fatalisme impitoyable , la pratique libre de l’aumône, la charité cordiale. Cette charité se dit en elle-même : je donne peut-être à un fripon, à un paresseux, à un homme qui se conduit mal ; mais je n’en suis pas sûre, après tout; mieux vaut donner à un indigne que de risquer de refuser à un vrai pauvre; donnons toujours, il nous en restera une conscience satisfaite; nous aurons fait un acte de charité, de fraternité chrétienne. »
Ici le |)rofesseur observait que , si le système protestant est dur et inhumain , le système catholique , tel qu’il venait de l’exposer, est insuffisant; car, la charité qui donne au hasard est imprudente, elle fait des pauvres et des paresseux. C’est que M. Blanqui, sans s’eu apercevoir sans doute , après avoir tracé un portraitsi juste du régimeprolestant, a lait une exposition très incomplète du système catholique. Croire qu’en principe, la charité catholique agit sans discerne-
ineiil, pour la soûle salisfactioii de la eonscieiice , el sans s’inquiéter des suites de cette jouissance du copur, c’est méconnaître ses enseignements ; dire qu’elle a toujours préféré la libre pratique de l’aumône à l’organisation de la bienfaisance , c’est fausser son histoire.
Le Christianisme commença par anoblir et réhabiliter le travail ; Jésus choisit une vie pauvre mais laborieuse : il fut un ouvrier. Saint Paul , outre les sublimes fatigues de l’apostolat , travaillait de ses mains dans un atelier de mécanique, pour ne pas être à charge aux communautés naissantes des fidèles, et il a osé dire ces paroles si fortes : Celui qui ne veut pas travailler n est pas digne de vivre, dans un passage do SOS épîtres où il condamne vivement l’oisiveté et la mendicité'. Aussi Bossuet, résumant dans sa politique sacrée, la haute économie sociale du christianisme, termine ainsi : « Sous un prince sage, l’oisiveté doit être odieuse et on ne la doit j)oint laisser dans la jouissance de son injuste repos. C’est elle qui corrompt les mœurs et fait naître le brigandage. Klle produit les mendiants , cette race qu’il faut bannir d’un royaume bien policé et se souvenir de cette
' Denuntiamus aiitem vobis fratres in noinine D. N J. C , nt subtrahalis vos ab omni fratre ambulante inordinate et non scciinduin traditionein (|uam acceperunt a nobis. Ipsi cnira scitis quemadmodum opporteat iinitari nos ; qiioniain non inquieti fuiinus inter vos : neipie gratis panem mandueavimus ab aliquo, sed in labore et in fatigatione, nocte et die opérantes, ne qnein vestrum gravaremns. Nam et cum essemns apud vos, hoc dcnnniiabamus vübis ; (jHoniam si guis non vult operari nec manducel. Audivimus enim inter vos qtiosdainam6u<aret;iÿi(tetè, nihil opérantes sed curiose agentes, lis autein qui ejiismodi sont ilennntiamns et observamns in D. J. C. ut cum silentio opérantes suum pansm manducent . Vnsauteiii fratres nolite delirerc benefaeieiUes id Thessal.,0, ni, lî eiseg).