CHAPITRE XXI
DU COH5ERVATOIRE DK LA VIERGE DES DOULEURS.
11 arriva qu’un jour le prince Baldassare Odescalchi rencontra dans la rue deux pauvres petites filles abandonnées, qui lui demandèrent l’aumône en pleurant. Saisi de pitié à leur triste a.spect, il résolut de les enlever aux périls auxquels ces malheureuses étaient exposées sur la voie publique, et les conduisit dans son palais où il les fit nourrir et élever. Cet homme charitable mourut, et ses fils, entre lesquels je dois citer par honneur spécial dom Charles, aujourd’hui cardinal de la sainte Église', pensèrent qu’il ne serait pas convenable de conserver près d’eux de si jeunes filles déjà grandes, et les confièrent à une bonne maîtresse du conservatoire des mendiantes. D’autres élèves furent bientôt remises entre les mains de cette même maîtresse, et le conservatoire des mendiantes étant déjà trop peuplé pour qu’il put recevoir encore de nouvelles habitantes, monsignor Charles Odescalchi, entièrement dévoué à ces pauvres jeunes filles, leur procura une maison près des Philippines, au mont Esquilin, où
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le jour de saint Louis, eu 1816, il installa la maitresse et ses élèves ; alors il songea à en faire un établissement utile. Il réfléchit que Rome, qui possède un grand nombre de monastères et de conservatoires, offre très peu de lieux où, movcnnant une faible pension, des femmes puissent vivre ensemble. 11 considéra aussi que, suivant une loi très prudente de leur fondation, les conservatoires ne reçoivent que des enfants au-dessous de 12 ans. Il voulut que son nouvel établissement accueillit pour la modique rétribution de 1 ou 5 écus par mois, les jeunes filles majeures de 1 2 ans, ni assez pauvres pour obtenir une place gratuite dans les conservatoires, ni assez riches pour payer une plus forte pension. Cet institut me semble une belle invention de charité sociale bien digne de trouver place en ces pages, d’autant plus que parmi les quarante élèves du conservatoire, plusieurs sont entretenues par des personnes bienfaisantes qui ne regardent point à débourser une aussi faible somme.
Afin que les jeunes filles soient bien instruites, deux ou trois habiles maîtresses leur donnent des leçons pour les ouvrages de leur sexe. L’uniforme de sortie qui se compose d’une robe noire, d’un chapeau et d’une pèlerine est à la charge de la famille des pensionnaires. EUes couchent dans des chambres divisées en trois classes, suivant leur âge ; celles qui paient les plus faibles pensions suppléent par leur travail et les ouvrages intérieurs de la maison, à la modestie de leurs ressources. Ce conservatoire a l’avantage de ne point garder de vieilles femmes, parce que toutes les élèves se marient, se font religieuses ou retournent dans leurs familles. Les
'2,000 é<‘iis nécessaires au soutien de la maison sont produits par les pensions des élèves, de sorte que l’ institut est très florissant sans avoir de revenus en biens propres.