CHAPITRE I
Contraste entre la «It nation dn eatholiclfinie en ûhOO et en «999.
Quand on aborde un sujet qui lient à la majestueuse immensité du catholicisme, le difficile est de se contenir et de renfermer ses efforts dans des limites précises. Je voudrais, en jetant un regard sur lin passé encore récent, et surTétat actuel des intérêts catholiques en Europe, éviter toute excursion dans le domaine de la théologie, de la philosophie ou de la science, écarter même tout souvenir historique trop éloigné, et concentrer Taltention de mes lecteurs dans le cercle des relations directes de TÉglise avec la société présente.
C DES IKTERETS CATHOLIQUES.
Pour juger nettement Tensemble de cette situation, je ne conçois pas de procédé plus rapide et plus sûr que de se reporter à cinquante ans en arrière, et de se représenter Tétat du catholicisme en Europe au premier jour de la dernière année du XV1I1« siècle.
Au le' janvier 1800, il n'y avait pas de pape. Pie Yl était mort à Valence (i), exilé et prisonnier d'une république athée. Rome sortait à peine des mains d'une horde de païens qui avaient inauguré un semblant de république en proclamant la déchéance éternelle de la papauté. Huit mois du plus périlleux inlcrrègne devaient séparer la mort de Pie YI de l'élection de Pie Yll. Le sacré collège, chassé de Rome, ne pouvait se rassembler qu'à l'abri d*une armée schismatiquc venue du fond de la Moscovie pour arrêter un instant les armes parricides d'un peuple naguère le premier des peuples catholiques. Quelques vieillards se réunissent derrière les lignes russes, dans une lie des lagunes de Venise, de cette fière et habile Venise, qui venait de périr, après s'être signalée par son hostilité tracasfiière contre l'Église romaine, dont elle avait été, au mjyen âge, le boulevard et l'honneur. Les cardidinaux restent cent quatre jours enfermés sans pouvoir se mettre d'accord, préoccupés par ce qu'un contemporain appelle Vélat de trahison flagrante (Je VEurope catholique : leurs sufiPrages se réunissent enfin sur un moine dont l'obscurité était le principal titre (2). Les Autrichiens occupaient les
(1) Le 29 août 1799. Pie VII ne fui élu que le 14 mars
(•) Artaud, Histoire de Pie VIT, p. 9<, 97. Rien déplus curieux que les détails de ce conclave, donnés par cel his-
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Légatiotts; Tes Napolitains étaient maîtres de la Tille de Rome. Ce ne fut pas sans peine que les uns et les autres restituèrent à Pie VU les États que Napoléon allait bientôt lui arracher de nouveau.
Dans le royaume de Glovis et de Saint Louis, Toici quel était Télat de la religion catholique :
L'épiscopat tout entier dans Texil ; le clergé décimé par la guillotine et la déportation; les fidèles traqués et harcelés, longtemps condamnés à choisir entre Tapostasie apparente ou la mort, commençant à peine à respirer, à jouir en silence de la tolérance du mépris.
Aucune ressource matérielle ni morale; le vaste patrimoine de TÉglise, formé par Tamo'ur et le libre don de quarante générations, réduit en poussière; les ordres religieux, après mille ans de gloire et de bienfaits, gisant déracinés et anéantis ; trois mille monastères des deux sexes abolis, et avec eux tous les collèges, tous les chapitres, tous les sanctuaires, tous les asiles de la pénitence, de la retraite, de rétude, de la prière !
La France, souillée par dix ans de révolution, venait de se donner un maître en la personne d*un Jeune vainqueur qui Tavait délivrée en roêmet^mps de la licence, et de la liberté, qui savait toul, pouvait tout, et voulait tout (i), qui en Italie avait imposé au sainlsiége le cruel traité de Tolenlino, qui en Egypte avait caressé Tislamlsme, et qui n'était encore connu de TEglise , qu'il allait si glorieuse-
torien, qai les recueillit de la bouche du cardinal Consalvi, alors secréiairedu conclave.
(i) Sieyès.
8 DES IITTÉRÉTS CATHOLIQUES.
ment relever, que pour ravoir trompée et dépouillée (i).
La persécution à peine éteinte avait fait place à la victoire incontestée du mal. La législation, Téducation, les moeurs, étaient en proie à la pratique de toutes les théories du xTni« siècle. La famille se décomposait sous Taction du divorce. Dieu avait été chassé de partout. Pour avoir prononcé son nom, Bernardin de Saint-Pierre était insulté en pleine Académie. Toltaire eût semblé trop réservé, et Rousseau trop mystique, au sein de cette société qui ne se dérobait aux préoccupations de la guerre et à Pinfaillibililé des mathématiques que pour se délecter avec Parny et Pigault-Lebrun.
L* Angleterre, détournéedutorrentrévolutionnaire par réloquence de Burkeet le génie de Pitt, contemplait d*un ceil étonné les verlus^et le courage de ces évéques et de ces prêtres catholiques que la proscription avait jetés par milliers sur ses plages; mais rien n'annonçait encore un changement prochain
(0 Bonaparte écrivait deToIentioo, le 19 février 1797, à Pie VI : « La république Trançaise sera, à ce que j'espère, « l'une des plus Gdèles alliées de Rome. • El, quelques mois plus tard, Cacault, ministre de la république à Rome, écrivait à Bonaparte : a La levée de trente millions que « Rome s'engage à payer par le traité de Tolentino, a « épuisé tout ce qu'il restait de sang dans les veines de ce et yleux cadavre. Nous le fuitont mourir àpeiii feu. Il tom- « bera de lui-même... aOn sait que plus tard Cacault montra un dévouement intelligent aux intérêts religieux. 11 disait de lui-même :« Je suis un révolutionnaire corrigé. » Artaud, EûliAre de Pie f//, p. 22.
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dans la législalion barbare qui ayait servi à extirper le catholicisme de la Grande-Bretagne, et à Técraser en Irlande. Le bienfait de ses glorieuses et solides institutions était assuré à tous, excepté aux papistes indigènes. Son code était encore déshonoré par des pénalités sauvages contre Texercice public du culte d* Alfred et de saint Edouard. Ses juges déclaraient, du haut de leur tribunal, que la loi ne reconnaissait à aucun catholique une existence légale* Les plus illustres races de son aristocratie étaient encore exclues de leurs sièges héréditaires à la chambre des pairs. Le plus courageux de ses soldats ne pouvait dépasser le grade de colonel, s'il était catholique. Aucun mérite, aucun talent, aucun service, si éclatant qu'il fût, n'eût suffi pour ouvrir les portes de la chambre des communes à celui qui aurait refusé de jurer que la transsubstantiation était une idolâ* trie, et la messe un sacrilège. Le roi Georges 111 aimait mieux priver son gouvernement du concours de Pitt, que de consentir à changer un iota à ces criminelles folies. Tous ceux qui parcouraient, il y a vingt ans, ce pays prodigieux, oui pu voir encore les impasses sordides, les hangars, les écuries où se glissaient les rares fidèles de Londres, pour assister aux saints mystères; et ces messes dites en plein air, où les Irlandais afiPamés, en haillons, se groupaient autour de leurs prêtres, en vue des cathédrales désertes et profanées qu'Elisabeth et Gromweli leur avaient volées.
En Allemagne, l'Église s'enfonçait de plu^ en plus dans cet abaissement, où elle semblait graduelle-t ment disparaître, depuis la fin de la guerre de Trente ans. Autrefois maîtresse de la moitié de cet empire
que ses moines avaient défriché et que ses évèques avaient conquis sur la barbarie, elle allait perdre irrévocablement tout ce qui lui restait de son patrimoine. Une moitié en était déjà réunie à la France, et l'autre allait être dépecée et jetée en pâture à tous ces princes, à tous ces seigneurs, catholiques et protestants, qui, à Lunéville et à Ratisbonne, mendièrent, des mains de la révolution victorieuse, une part dans la dépouille de TÉglise. Elle s'affaissait sans résistance, elle succombait sans honneur. Depuis longtemps les catholiques, prélres et laïques, n'opposaient plus qu'une inerte torpeur aux mépris du protestantisme et aux envahissements de la philosophie. Le catholicisme ne comptait pour rien, absolument rien, dans la politique ni dans la littérature de celte nation, qui se prosternait devant le grand Frédéric, et que le paganisme de Goethe faisait tressaillir d'aise et d'admiration. La théologie ne donnait quelques signes de vie que pour lutter contre Rome, sous l'inspiration de Fébronius et de ses émules. Le dernier acte historique des trois électeurs ecclésiastiques de Mayence, de Cologne et de Trêves, avait été de se réunir avec l'archevêque de Sallzbourg, primat de Germanie, pour dresser dans les Ponctuations d'Ema (t) le code delà révolte et de l'ingratitude contre le saint-siége. Ils étaient occupés à l'appliquer, quand les armées républicaines vinrent les détrôner et leur infliger le châtiment qu'ils avaient d'avance justifié. Pas une voix d'ailleurs nes'élevaitpour défendre la vérité chrétienne, ni les droits de la papauté, ni même ces souveraine- Ci) En 1786.