CHAPITRE I
tés ecclésiastiques, où régnait depuis mille ans un bonlieur proverbial (i). Rienn^annonçait, même de très-loii\ un Stolber^;, un Schlegel, un GÔrres. Dans ce vaste naufrage, Toeil pouvait errer sur toute l'Allemagne catholique, sans y découvrir un écrivain, un docteur, un évêque digne de ce nom.
En Italie, même désolation et même humiliation : des lois rendues contre TÉglise par la monarchie absolue à Naples, à Parme, à Turin, à Florence, maintenues et exécutées par les démagogues : des armées étranjgères et d''éphémères républiques; des temples profanés, des couvents supprimés, des peuples censiemés ; pas un martyr, ni même un soldat.
En Autriche , l'Église dormait sur le lit de Procuste, que lui avait dressé Joseph 11. Sur les ruines des deux mille monastères confisqués par celte majesté apostolique, deux ans avant que rassemblée constituante n'eût appliqué les mêmes théories aux mêmes victimes, la bureaucratie impériale forgeait à'son arse les chatnes doublées de velours dont elle a su enlacer jus(|u'â ce jour tous les membres de sa captive. Joseph H avait écrit : ^J^aifaitde la phi- « losophie la législatrice de tnon empire. »> » En son successeur, Léopold II, fidèle de tout point à ses leçons, dénonçait, devant les États de ia Basse-Autriche, comme la source du mal le pouvoir uobiliaire et le monachisme, La Belgique, cette fille chérie et
(i) Unier dem Krummslab ist es gui wohnen : « Il faii bon vivre sous la crosse; » dicton jadis populaire en Alle-^ magne, et que rien D*est venu démentir.
12 DES IIÏTÉRÈTS CATHOLIQUES.
fidèle de la calbolique maison de Habsbourg, lui ^(ail arrachée pour toujours. Broyée sous le double effort de la révolution monarchique de Joseph II, et de la conquête révolutionnaire des terroristes, elle avait succombé, mais non sans avoir préludé, par un généreux effort en faveur de la religion et de la liberté, à la régénération catholique et nationale dont nous avons eu la consolation d'être les témoins.
La Pologne, ce royaume orthodoxe^ boulevard si longtemps invincible de l'Europe et de TÉglise contre rislamisme et contre le schisme grec, condam-, née par Voltaire avant d'être immolée par Catherine, se débattait, déchirée, sanglante sous la serre des potentats qui avaient consommé, pour la première fois depuis Tère de la rédemption, le meurtre d'une nation ehrétienne.
L'Espagne, dépouillée de toutes ses anciennes libertés, transformée par le plus étrange oubli de son Immortel passé en domaine privé de ses rois (i), éner • vée par deux siècles de despotisme sans gloire, spectatrice silencieuse de l'attentat inouï commis par Charles III contre la compagnie de Jésus, languis-
(i) Le conseil de régence, après la mort de Charles II, écrivait $n ces termes h Philippe V , le 3 novembre 1700 : « Nous dirons à V. M. qae le suocessèar du roi mort peut venir sans délai prendre possession de cette monarchie, et en disposer comme de ses propriétés particulières, » C^est à cela qu^en était réduite l'Espagne du Cid et d*Isabellc la Catholique.