‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · CHAPITRE II. ftS · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. ftS

France, roai$ dans les cités enfumées de Pindustrie anglaise ; dans les landes de la Westphalie, où ils confondent les prédictions des novateurs ; en Algérie, où ils attirent le respect des Arabes ; sur les rives des grands fleuves de TAmérique, où ils déMchent les bois et les cœurs, comme autrefois les fils de saint Benoit aux bords du Danube et du Rhin. Les Toilà au bagne, où ils convertissent les forçais ; dans les champs et les forêts, où leurs labeurs dépassent ceux du plus robuste prolétaire ; dans la chaire, où quelques-uns égalent Téloquence des plus célèbres orateurs; dans le confessionnal, où tous remuent les consciences, éclairent les esprits, consolent et pacifient les cœurs, et livrent à cet orgueil rationaliste, qu'une fausse science a fait descendre jusque dans tes masses, une guerre permanente et victorieuse.

Et que serait-ce si je pouvais passer ici en revue, à côté des ordres d'hommes renaissants, toute Timinense armée des congrégations de femmesj Elle a déjà repris possession du sol de la France, au nom de la prière et de la charité. Bravant tous les genres de mépris et d'obstacles, elle envoie de Paris, d'Angers, de Nancy, des essaims de jeunes et intrépides conquérantes jusqu'au Caire et jusqu'à Berlin, jusqu'en Chine et en Californie. Sur ces vaisseaux qui portent dans le pays de l'or des nuées d'hommes dévorés par la cupidité et dégoûtés de la vie régulière, voyez-vous ce groupe à part, tranquille, recueilli, patient et joyeux ? C'est un missionnaire avec quelques sœurs de charité, qui vont à la recherche de quelques pauvres âmes, qu'il s'agit de dérober à la fièvre du gain et de préserver d'une ruine éternelle.

Partout cette race immortelle pullule , si j'ose m'exprimer ainsi, avec la même rapidité que les misères et les infirmités de Thomme. Embrassant dans sa vaste étreinte toutes les forces et toutes les faiblesses de la nature déchue et rachetée, elle est plus vieille que toutes les constitutions, plus neuve et plus féconde que toutes les utopies ; elle renouvelle, elle maintient, elle applique toutes les ressources qu'ont produites et le génie du moyen âge et la rassurante fécondité de la charité contemporaine, depuis les nobles filles de sainte ScolasUqu€ et de sainte Glaire, jusqu'à ces petites sœurs des pauvres, inventées par une servante i)retonne, à Teffet de recueillir les délaissés de la charité régulière, et de se nourrir des restes, non de la table des riches, mais de la desserte des pauvres. Il y a cinquante ans, pas une seule religieuse ne se montrait sur le sol de la France ; aujourd'hui, on voit apparaître leur cornette blanche, leur visage riant, leur regard pur et calme, dans chaque ville, dans chaque bourgade, à Tombre de tous les clochers, sur le seuil de toutes les écoles, de tous les hospices, partout où il y a une larme à essuyer, une misère à alléger, un mort à ensevelir, un vivant à consoler.

Vous avez vu une forêt abandonnée à la cognée du bûcheron : tout paraît mort, dévasté, stérile ; les vieux chênes sont tombés, et leur feuillage desséché jonche le sol d*alentour ; leurs grands bras dépouillés et dépecés, leurs troncs mutilés gisent à terre : rien n'est épargné, et jusqu'aux jeunes rejetons qui croissaient à l'ombre de leurs ancêtres semblent entraînés dans la ruine commune. Et cepen-

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