‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 17 sur 69 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

monde. Puis sa rivale, encore plus jeune, l*ardiieonfrériedu Saint-Cœur de Ma rie pour la conrersion des pécheurs, enfantée en 1837, par un simple prôtre, dans la paroisse la plus abandonnée, la plus décriée de Paris, et dont les annales constatent par milliers les paroisses, les congrégations, les communautés agrégées à cet humbleaulel de Notre-Dame di^s Vietoires, qui fleurit entre la Bourse et la Banque (i). Puis encore cette œuvre majestueuse de la Propagation de la foi, créée par une pauvre fille déjà oubliée, dans un faubourg de Lyon, et devenue en quelque sorte une des grandes institutions de TÉglise universelle ; cette œuvre dont une prière quotidienne est le seul lien, et dont le budget, recueilli sou par sou, et semaine par semaine, dans Tépargne du pauvre, subvient à Téducation, aux voyages, à la subsistance de tant de missionnaites ; alimente les catholiques opprimés de la Scandinavie et de TOrient^ comme les chrétientés naissantes de TOrégon et de TAnstralie ; donne du pain aux martyrs du Tongking et de la Polynésie, jusqu*au jour où ils moment au ciel, et suffit pour rejeter dans Tombre tout rimmense effort de ces sociétés bibliques qui savent bien prélever de Tor par millions, mais qui n*ont jamais su enfanter un martyr.

Je passe sous silence nos associations vouées à renseignement avec leurs conquêtes récentes et chaque jour croissantes : j^aime mieux renvoyer au témoignage éclatant que leur rendait, il y a si peu de temps, une voix éloquente et non suspecte, celle

(i) Le dernier résumé en compte dtarmt/te quaUt^ngitroit.

52 DES IlfTi&éTS CATHOLIQUES.

de M. Guizot, en énumérant devant «on audiloire étonné les travaux, les progrès et les fondations des Frères de la doctrine chrétienne et de leurs émules des. deux sexes (i).

Mais à côté de ces grandes œuvres, qui sont la gloire de la France et le patrimoine du monde chrétien, que d^autres œuvres moins vastes, que d'autres associations moins nombreuses, mais qui sont la bénédiction spéciale de notre pays, Thonneur de notre temps, Fespoir, Tunique espoir de notre ave nir. L*œuvrede Saint-François-Régis, pour la légitimation des unions illicites ; Tœuvre de Sain(-Fran> çols-Xavier, pour l'instruction des ouvriers; la Société d'économie charitable ; Pœuvre de Saint- Maurice, pour les soldats; les œuvres des prisonniers, des apprentis, des colonies pénitentiaires, etc. Et où se recrutent toutes ces pieuses confraternités ? N'est-ce pas surtout parmi cette jeunesse dont l'af* fluence rend quelquefois nos églises trop étroites, et dont les rangs serrés autour de la chaire des Lacordaire et des Ravignan ont tant de fois déjà consolé le cœur de leur "pasteur et déconcerté le regard du scepticisme. Vienne maintenant le temps des épreuves et des luttes ; vienne la persécution, s'il le faut : l'Église sait où se trouvera son armée ! Elle est là, dans ces jeunes hommes, dont les aines montent chaque jour dans l'assemblée des hommes, et qui chaque jour aussi ouvrent leurs rangs à de nouvelles recrues habituées aux luttes et aux sacrifices; qui ont déjà goûté les joies austères du devoir, de la prière, de la pénitence ; qui savent d'où leur vien-

(i) Discourt à l'Oratoire, en mai 1852.

CHAFITKi: II 5Î

dronl toujours la force, la lumière, le courage, respérance; soldats aguerris à vingt-cinq ans par le mépris des préjugés^ par la défaite de leurs passions, et pour avoir vaincu, en bataille rangée, le plus formidable des ennemis, le respect humain.

Oui, ils sont passés pour toujours ces temps où le respect humain régnait sans contestation, non-seulement sur la place publique et dans h^s salons, mais jusqu'au sein des familles; où les femmes, les mères chrétiennes osaient à peine réclamer pour ellesmêmes une timide liberté, et remettaient au lit de mort ou à la lecture de leur testament le soin de rappeler un père, un époux, un fils, à la pensée de Dieu et d*une autre vie. Un tel état de choses peut encore exister dans certains intérieurs, dans certaines classes, où les yeux n'ont pas encore été dessillés; maisj*affîrme que, dans une foule de familles, c'est un ^lat de choses qui n'est connu que par la tradition. Demandez à nos mères et à nos grand'mères comment les choses se passaient de leur temps, et vous les verrez s'émerveiller de la simplicité, de la facilité avec laquelle leurs enfants confessent et pratiquent la foi qu'ils ont sucée avec le lait, et que leurs pères oubliaient comme lui.

Oui, voilà la révolution, la vraie, la bonne révolution qui s'est accomplie de nos jours, la seule qui convienne à des chrétiens, la révolution de nos cœurs ! J'ose dire que depuis deux cents ans, depuis la grande rénovation catholique de la France dans la première moitié du xvii<^ siècle, il n'y a point eu de spectacle plus consolant et plus merveilleux.

Et comme pour combler la mesure des grâces que Dieu nous a accordées, pour imprimer a la victoire

54 DES IIITÉRETS CATHOLIQUES.

un câcbet incontestable, pour confondre Torgueil et la sagesse humaine, on a vu reparatire ces ordres religieux, ces moines qui étaient Tobjet spécial de la haine et des mépris du monde rationaliste. Les yoilà qui sortent un à un de Tabime où Ton croyait les avoir précipités pour toujours ; qui marchent avec une modesle confiance à la conquête des âmes ; qui, n^ayant que la pauvreté pour arme et pour refUge, luttent contre tous les obstacles et toutes les tentalions de la civilisation. Les voilà! non-seulement ces jésuites, dont la ruine, opérée par le criminel aveuglement des rois, a été partout ravant-coureur de la chute des trônes, et qui partout répondent à leurs détracteurs par des prodiges de zèle, de patience et de charité (i) ; mais encore les bénédictins, humblement courbés sur Tineffaçable sillon que leur ordre a tracé dans toutes les sciences et toutes les gloires; mais les fils de saint Bernard, plus nombreux et plus austères dans leurs Trappes qu^on ne lesavait vus au temps de Rancé ; mais les dominicains, régénérés par un homme qui est un saint religieux avant d'être un admirable orateur; mais ]usqu*aux capucins, dont le froc, si longtemps méprisé, excite encore plus de sympathie que de surprise. Les voilà! non-seulement à Rome ou en

(i) Ils étaient i peine deux cents dans tout Tonivers jcn 1803; aujourd'hui Je ne crois pas me iromper en portant leur nombre à plus de quatre mille. Au milieu des persécutions qui, de 1840 à 1850, ont éclaté contre eux dans presque tous les pays de TEurope, cette milice dVIite n*a pas eu à déplorer une seule défection. Le nombre de ses novices s^esi partout accru en proportion de la rage de ses ennemis.

Page 1