‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 30 sur 69 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

« S» La liberté politique, qui assure à tout individu son concours dans la confection des lois, dans la surveillance de la fortune publique ;

« 4* La liberté d'enseignement par récriture ou par les livres, par la parole ou par Texemple ;

« 5» La liberté administrative dans la famille, dans la commune, dans la province et dans TÉtat;

« Co Enfin, la liberté d'association, qui comprend les nationalités, Tassociation des capitaux pour les grandes entreprises , des bras pour le travail des cœurs et des consciences pour la prière, pourTexercice de la cbarité, et même pour le plaisir. C'est de cette dernière espèce de liberté que dépend plus spécialement le progrès de la civilisation (i). »

On le voit de reste, il n'y a rien de commun que le nom entre cette liberté réclamée par les catholiques et celle qui sert de masque à la démocratie et à la révolution. J'ai dit ailleurs (2), combien la liberté était incompatible avec l'esprit démocratique et révolutionnaire. Avant la catastrophe de 1848, et à la vue des premiers symptômes de l'orage, j'avais prédit que la liberté serait la première et la seule

(0 De la liberté et de Vatenir de la république franfaite, p. 86 à 40« Voir la soite et le développement de ces Idées dans V Appendice, n' 1. — ^Parmi les libertés que revendique le savant prélat, il en est quelques-unes dont l'expérience de nos dernières années a dû lui démontrer le danger ou rinulilité. J'y voudrais ajouter celle que j^appellerai la liberté de patrimoine, et que les lois révolutionnaires ont presque partout confisquée ou réduite à des limites déri* soires.

(9) Diteourtde réception à TAcadémie française, le 5 février 1853.

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i^iclime des conquêtes de la démocratie. Qu'on me permette de rappeter ces paroles prononcées à propos de l^talie : « Quand le gouvernement ett « dans la rue, savez-vous où il va ? il passe tout « naturellement à la caserne (t). » Et à propos de la France : « Savez-vous ce que le radicalisme oie- « nace le plus? Ce n'est pas au fond le pouvoir; « le pouvoir est une nécessité de premier ordre |>our « toutes les sociétés ; il peut changer de mains, « mais tôt ou lard il se retrouve debout : il ne périt «jamais tout entier. Ce n*est pas non plus la pra< « priélé ; elle aussi peut changer de mains, mais je « ne crois ni à son anéantissement ni à sa transfor- « malion. Mais savez-vous ce qui peut périr chez «tous les peuples? C'est la liberté. Ah! oui, elle « périt, et pendant de longs siècles elle disparaît. « Et pour lâa part, je ne redoute rien tant, dans le • triomphe prochain du radicalisme, que la perte de « la liberté (2). •

(1) Moniteur d^ninf Ut 1848.

(2) Discours sur la chule do Sonderband. MonileÊur du 15 ]«avier 1848. Me serait-il permis d'ajouter ici les paroles que j^adressais, uo an plus lard, à rassemblée eonsti> tuante, au commencement des luttes entre le pouvoir lé-> . gislatif et le président de la république ;

« Ce qui est ébranlé dans certaines âmes, c'est la croyance A la liberté l Oui, je vois, pour ma part,^avec douleur, aveo terreur, un trop grand nombre d*àmes défaillantes, qui conrondent la liberté politique avec l'agitation, avec la ruine, avec la misère, avec le désordre. Il ne faut pas grossir le nombre de ces àmes-là, mais il faut surtout ne pas contribuer à les encourager dans leur erreur.... Pour mol, to liberté politique, c'est le gourernismenl de discussion, le

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Aujourd'hui Tépreuve >8Q faite, et le résultat en est manifeste. Dès que Ia|déniocratie remporte, on peut rannoncer avec certitude, c*en est fait de la liberté. L'une parait encore à côté de l'autre pendant quelque temps, mais son heure a sonné. Aucune des révolutions faites par les idées et les passions démocratiques, depuis soixante ans, n*a pu durer sous une forme Ul>érale; landis^que les révolutions faites autrefois par des peuples que la démocratie n'avait pas encore envahie leur ont garanti la liberté ou la nationalité qu'ils réclamaient : témoin le Portugal en 1640, TAngleterre en 1688. Au fond, la démocratie estj incompatible avec la liberté, parce qu'elle a pour base Tenvie (i) sous le nom d'é-

gouferoemeotâe tribnne, le gouvernement des assemblées : ce gouvernement qui (ait que plus ou moins, depuis (rente, quatre ans, l'on vientà celle tribune.... y discuter les grands intérêts de son pays avec indépendance , avec fierté, avec éloquence, quand on le peut. Oui, c'est ce grand mode de gouvernement que Je crains de voir s'affaiblir, se dépopula* riser dans les âmes d'un certain nombre de Français trop Justement alarmés par les agitations que nous venons de traverser. Oui, ce pays si généreux, si inlelligent, si audacieux, a des mouvements si brusques, si saccadés, que toute réaction, tout mouvement d'opinion est toujours à craindre chez lui. Il ne sait pas se contenir, il ne sait pas ménager les transitions: tous ceux qui ont étudié son histoire le diront. En présence de celte expérience, prenez garde de ne pas l'indisposer contre ce régime, contre ce gouvernement de la tribune, des assemblées, dont Je suis, pour ma part,' un très-humble instrument, mais le plus sincère admiraieur et le plus fervent partisan. • ( Moniteur du 13 Janvier 1819.) (i) « La démocratie, c'est l'envie. » P.-J. Proudhon. Lq réwluHen êoeiale démontrée par le S décembre, p. 76.

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galité, landis que la liberté, par sa nature même, proteste sans cesse contre le ni?eau tyrannique et brutal de Tégalité. Pour se maintenir, la démocratie condamne tout ce qui veut vivre et agir à abdiquer toute valeur personnelle, et à se plonger en adora* tion servile devant le fantôme de la raison et de la vertu des masses. Elle, détruit ainsi logiquement et graduellement, non-seulement toutes les traditions, tous les droits anciens et héréditaires, mais encore toute indépendance, toute dignité et toute résistance. Elle réduit ainsi le genre humain en poussière ; et, comme Ta dit Benjamin Constant, « quand Torage vient, la poussière devient de la boue. •

Aussi, partout où elle triomphe, elle prépare et assure le triomphe du pouvoir absolu ; elle le rend nécessaire ; elle ne trouve qu'en lui un tempérament à ses passions, un remède à ses fautes ; elle finit par se personnifier en lui et se confondre avec lui.

Tout peuple qui se croit souverain au nom de la démocratie paye de sa liberté la rançon de sa prétendue souveraineté. Le marché peut n^ètre pas bon, mais il est inévitable.

Méconnaître cette vérité, c'est fermer volontairement les yeux à tout ce qui se passe en Europe depuis 1789; c'est nier un fait qui a acquis la certitude d'un théorème de géométrie.

Mais la transformation ne se fait pas partout en un jour. La démocratie a deux formes extérieures: tantôt elle se personnifie en un chef unique, tantôt elle se gouverne par une assemblée souveraine. Sous cette dernière forme, les libertés civiles et politiques que nous avons énumérées plus haut sont

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tout aussi menacées, mais tout aussi indispensables: elles sont la seule sauvegarde de la yérilé. de la dignité, dePhonneur.

Les catholiques Tont éprouvé partout dans ces derniers temps : en Amérique comme en Europe, ils n'ont eu de refuge contre le pouvoir illimité de rÉtat démocratique que dansia liberté. Aujourd'hui, la réaction nécessaire et légilimo ocntro la démocratie révolu lionnaire menace de dégénérer en réaction contre la liberté elle-même. Si les catholiques s*y associaient, ce serait briser Tarme avec laquelle ils ont si heureusement lutté, et renier le drapeau qui les a conduits à la victoire; ce serait abandonner tout le terrain conquis par des efforts si généreux et si sincères; ce serait reculer, non pas jusqu^au bien, ce qui est un vrai progrès, mais jusqu'au mal, à un mal pire encore que celui de nos iours ; ce serait ressusciter les idées et les institutions qui ont partout amené ou accompagné la décrépitude des nations catholiques.

u DES isrixim catholiques.

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