CHAPITRE T. 8S
pensée chrétienne dans le gouvernement de la société ; on osail aire que la république dalait du Cakaire, el que la liberté, Tégalilé et la fraternité étaient trois rayons partis du cœur de Jésus crucifié.
Cette fausse monnaie de rÉvangîIe fut bientôt hors de cours : les adhésions servîtes et les illusions généreuses reçurent également un prompt el sanglant démenti.
Nous assistons aujourd'hui à la contre épreuve de cette intirmité morale, à un mouvement d'opinion qui n'est autre chose qu^une évolution de la même disposition :
Eadem mutata resurgo.
C'est le même esprit, alors même que les hommes ne sont pas les mêmes ; ce sont toujours les pontifes de la force , les chantres du succès, qui, en se pliant aux événements du jour, prétendent aussi plier le passé et Taveniraux caprices de leur inconstance.
Le gouvernement monarchique était à peine tombé en 1848, et déjà Ton voyait des écrivains se h^ter d'en conclure que la royauté ne reviendrait pas ; que c'était une forme usée du développement humanitaire ; que les catholiques devaient en faire leur deuil, et se hâter de saluer les nouvelles destinées du monde.
Aujourd'hui des âmes de la même trempe, des esprits de la même portée se livrent aux mêmes ébats sur la tombe provisoire de la liberté. Parce que l'excès de la discussion a abouti à la suppres-
sion de toute discussion ; parce que le gouyernement représentatif, atteint par le revers du coup qui ne devait abattre que le socialisme, s'est éclipsé ; parce qu'il a trébuché dans un piège que de sols amis et d'habiles adversaires creusaient à la fois devant lui, on bat des mains à sa chute, on le déclare à jamais enterré. Pourquoi fâut<il que des écrivains catholiques se fassent les échos de ces èpigrammes sans péril, et les tenants de ces insjileurs posthumes?
J'ai combattu les illusions et les faiblesses de ceux qui flattaient le succès en 184i^. S'il n'était fastidieux de se citer soi-même, je pourrais répétsr aujourd'hui, en n'y changeant que l'adressci les protestations qui parurent alors nécessaires contre les courtisans delà victoire (i).
Aujourd'hui la nécessité de semblables réserves semble bien plus grande encore, car le péril est plus grand, et surtout sera plus durable.
Des hommes qui ont invoqué toute leur vie la liberté; qui ont conquis la confiance et la juste admiration des catholiques, en leur montrant comment la liberté pouvait servir au bien et au vrai ; ces mêmes hommes en sont venus aujourd'hui jusqu'à la déclarer inutile et dangereuse. Les constitutions, les discussions, les parlements, le contrôle des législatures, des assemblées, n'excitent plus chez eux que la risée ou le dédain. Ils ne veulent plus servir, dans l'ordre politique, que le pouvoir. Ils ont trouvé un maître qui leur veut du bien, et ils semblent se confier en aveugles à la faveur de ce maître et à la
(i)Voir à V Appendice, n°u.