CHAPITRE YIl
«rhomines, même médiocres, placés à côlé de lui pour le contenir. Rien ne le garantit : mais quand même cela serait certain, rien ne le fera croire longtemps aux hommes de notre siècle; et, sans cette croyance, Tédifice croule par sa base. '
En outre, on dénonce comme un^danger social les triomphes de L'éloquence, comme si vraiment réloquenee avait été une denrée si commune; on donne comme une découverte cet axiome, que Véloquence n'est pas toujours de la sagesse, et on invoque Thistoire de tous les orateurs depuis Déraosthène Je ne savais pas, pour ma part, que le régime parlementaire fut coupable de trop d'éloqu( nce : jVusse été tenté de lui reprocher la quantité de ses discours, plutôt que la qualité; et j'estime qu'il est fort glorieux pour lui de n'être réprouvé qu'au même litre que Démoslhènc!
Mais où en sommes-nous déjà tombés, pour que de si puérils sophismes puissent s'étaler sans contradiction dans les organesles plus répandus! Certes il conviendrait de les passer sous le silence du dédain, s'il ne s'était pas trouvé des plumes cathoii<|ues pour les transcrire. Ht^ureusement le genre humain, et en particulier l'esprit français, en appellera toujours de ces jugements dictés par l'ignorance ou Tenvie. Que les orateurs, s'il en reste, se consolent : on en a dit bien d'autres des poètes et de la poésie, depuis Platon. Et cependant toutes les fois qu'on verra couler le cours limpide et pur de la vraie poésie, on s'y abreuvera avec passion. Toutes les fois que jaillira du cœur d'un honnête homme ce torrent de pensées et de paroles qu'on nomme l'éloquence, il jaillira en même temps du cœur de
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sa nalkm an cri d^admlration et de lympalhie. iwqit^ présent il irest rien que les hommes éclsiréj aient salué avec plus d'enthousiasme que la véritable éloquence ; et, après les rares génies que la religion seule a inspirés et absorbés, la renommée ae place personne, dans Tordre intellectuel, au-dessus de Démosthène et de Gicéron, de Burke et de Mirabeau, malgré leurs faiblesses. Nous tombons dans la banalité ; triste apanage de ceux qui se dévoarnl à la tâche d'arrêter le paradoxe au passage. Hier il fallait défendre la notion même de la propriété; aujourd'hui c'est la parole humaine qui est sur la sellette. Notre temps est condamné à voir successivement contester et* défendre les choses nécessaires et les vérités évidentes. C'est une leçon et un châtiment pour son orgueil. Le plus triste est de penser que des voix religieuses se font l'écho de ces para- ' doxes servi les. Pour nous consoler, reportons-nous â oe beau Jour où , sous les voûtes de Notre-Dame, comblée d'une jeunesse fervente et pure, le P. Lacordaire faisait l'oraison funèbre d'O'Gonnell , et disait aux détracteurs de la parole i « Tant qu'il reste une « Ame juste avec des lèvres hardies, le despotisne » est inquiet; il s'agite, il se doute que l'élernilé • conspire contre lui. *
On poursuit enfin de ses sarcasmes le peiit groupe de mécofitents qui regrettent leur importance déchue, et on plaisante agréablement sur les gens atteints de l'incurable maladie du pouvoir perdu et de la parole perdue.
Hélas 1 je le sais bien, le pouvoir parlementaire, comme tous les pouvoirs, a eu ses faililesses et sei
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ridicules. Avant d*avoir ses détracteurs patentés , il « eo ses courtisans et ses flatteurs, ses importants et ses parasites, ses intrigants et ses espions, ses Dangeau et ses Foudié. H doit être permis de le dire à im tiomme qui a notoirement déploré les manèges et les intrigues des coulisses législatiyes. Mais, après tout, les couloirs d*une assemblée valent bien les antichambres d^un palais. Les orateurs et les tacticiens de tribune, malgré leurs ridicules et leurs faiblesses, restent bien en deçà des Dangeau et des Fouché du pouvoir absolu. On peut pleurer autre chose que le pouvoir perdu et la parole perdue, surtout quand on n'a jamais possédé Tun et qu'on a peu ou point usé de Tautre. On peut pleurer la liberté perdue, la dignité perdue. On peut gémir d'être destiné à traverser un temps où Findépendance la plus modeste est dénoncée comme un acte de mauvais citoyen, où la seule chose qui ennoblisse rhomme dans toutes les situations de la vie, le caractère , n'a plus cours que comme une médaille fruste, propre à amuser le loisir des archéologues. On peut plaindre une société toujours défaillante, un pays à la merci de tous les coups de main , qui se laisse toujours prendre par surprise, en se réservant tantôt de maudire et tantôt d'acclamer ceux qui le violentent. On a déjà connu des temps pareils; on sait le rang qu'ils occupent dans rhistoire. L'empereur Napoléon a essayé de faire passer Tacite pour une méchante langue ; mais Tacilp n^*en a pas moins fixé l'opinion du monde. Alors , comme aujourd'hui, il se trouvait des gens du bel esprit, fraîchement revenus d'Athènes, amanls exclusifs de la belle littérature , pour se moquer des Thraséa" -
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mais , quoi qu'on fasse, c^est aux Tb rasées que reste le champ de balaille dans la mémoire du genre humain. Qui se souvient des dithyrambes en Thonneur de César victorieux ? Mais qui ne se souvient pas de rhommage arraché par un reste de pudeur au client de Mécène , au flatteur d'Auguste :
Et cuncta terrârum iubaeta, Prœler airocem animum CaUmis ?
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