‹ Des intérêts catholiques au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 50 sur 69 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

dur, pojir nous autres peUts compagnons de la Gôle-d'Or et autres déparlements, de ne pouvoir jamais dire à uo pouvoir qui abuserai! , ce que disaient MM. de ^iiarny et de Mirebeau : Cela no à'ostjamaiâ fait, cela ne $e peut pas faire, et cela neseferapaa» Jl^joi^le que losdits peiite compa^gnom Font d^ià dit, et que, le cas échéant, ils sauraient bien le dire encore.

Personne n'est plus que moi laudator temporie acii; néanmoins, je demande qu'on veuille bien ne pas immoler en guise d'holoeauste au passé tous les intérêts et toutes les espérances du présent. Je voudrais bien aussi n'être pas obligé , pour jouir d'un peu de liberté, d'attendre que l'aristocratie fût re- Qonsliluée en France et en Europe.

Voilà donc le moyen âge hors de question. Mais poursuivons, et voyons derechef par quorl'on entend définitivement remplacer Todieux el méprisable système des garanties parlementaires.

Serait-ce par ^lasard l'ancienne monarchie, la monarchie absolue, telle qu'elle a existé depuis Louis XIII jusqu'à Louis xvi, el dont Louis xiv est le type le plus éclatant? Je crois bien que tel est le secret espoir de la plupart de eeu:i qui font la guerre aux libertés modernes, et qui vantent, quand l'occasion s'en présente, la révocation de l'édit de Kantes.

Mais j'ose bien leur donner l'assurance que cet espoir ne sera jamais accompli et qu'il ne doit pas l'être. 11 ne le sera pas , parce que la royauté ancienne est morte , morte comme la féodalité dont elle avait triomphé. Il ne doit pas Tétre, parce que rien ne serait plus mortel ^ Tascendanl renaissant de TÉ-

glise catholique que la renaissancederancienne monarchie, telle qu*elle fut pendant la dernière période d« son existence. Je passe sous silehce fout ce qu^aurait d'insupportable et d*inimoral le despotisme de ce temps dans Tordre purement séculier; Je me borne à rappeler que jamais peut^lre les intérêts catholiques ne furent plus étrangement méconnus. Je ne voudrais parler qu'avec une extrême réserve des erreurs de celte auguste race dont Thonneur est identifié avec celui de la France; de cette race deux fois victime du plus injuste exil, et sacrée par le malheur autant que par la gloire. Mais puisque aujourd'hui il se trouve des écrivains religieux qui lui reprochent d'avoir consacré, en 1814, les principales conquêtes de la liberté moderne , et de n'avoir pas rétabli l'antique despotisme, il est bon, il est nécessaire de rappeler par quelques traits le genre de services que ce despotisme rendait à l'Église. Â-t-on donc oublié que Henri iv, ce grand et bon Henri, traitait d'une main avec les Maures d'Espagne pour ébranler la monarchie catholique au delà des Pyrénées, (t) et de l'autre avec les protestants d'Allemagne i>our leur ofiFirir la sécularisation de toutes les principautés ecclésiastiques, et en obtenir la cession de la rive gauche du Rhin , pendant que les Turcs occuperaient l'Autriche, et que la Suède écraserait la catholique Pologne (2)? A-t-on oublié

(1) Mémoire* da maréchal de la Force, t. i, p. 311-375.

(s) Le texte aatheniique de ce traité secret, Dégocié par Bongara avec les agents des princes de Brunswick et de Saxe, a été lécemmenl découvert et publié par les Feuillet hitloriques cfpolitiqueM de l'Allemagne catholique, t. xxvii,

CHAPITKE YIII. 137

Louis XIII, par la main de Richelieu, soudoyant Gustave-Adolphe contre toutes les puissances catholiques, acheyantdans ce pays Pœuvre de^Luther, et, par les guerres affreuses qui précédèrent le traité de 'Westphalie, condamnant TÉglise à l*abaissement dont elle se relève à peine aujourd'hui?

A-t-on oublié que Louis xiy., ce grand niveleur{t)y ce précurseur tout-puissant de la démocratie, ce persécuteur impitoyable de ceux qui ne voulaient pas suivre sa religion (2), était le plus redoutable adversaire de Tautorité du saint-siége et de l'indépendance de TÉglise ? A-t-on oublié les insolences sacrilèges de son ambassadeur Lavardin à Rome, et celte déclaration de 1683, source à peine tarie des servitudes et des humiliations de TËglise? Quel chrétien pourrait lui pardonner, malgré la juste splendeur de sa gloire, ses coupables sympathies pour les Ottomans, alors à la veille de saisir dans Tienne la clef de TOccident alarmé; son hostilité contre Sobieski, qui devait briser pour toujours

p. 73 à 86. C'était le traité de Lunéville, devancé de deux siècles!

(t) Expressions très-juste de M. Augustin Thierry, dans son Etsai sur la formation du tiers état,

(s) « Sa Majesté veut qu*on fasse sentir les dernières rigueurs à ceax qui ne voudront pas suivre SAreligion*... Sa Majesté désire que vous vous expliquiez fort durement contre ceux qui voudront être les derniers à professer une religion qui lui déplaii- » ( Lettres de Louvois, ap. RuluiArb, Éelaireissements sur la révocation de Védit de Nantes, ) Voir aussi les Mémoires de l'intendant Foucauld, publiés par M. Adhelme Bernier, et ceux de Gosnac, archevêque d'Aix, qui viennent de paraître.

1S8 DES UfTÉElËTS CATHOLIQUES.

raMendaot du croi«aiU;tet efforlt pour arrêter dans ta marche et abaisser daot sa gloire le libérateur de PEurope, le Charles Martel du xvii» siècle (i)?ll disait à son petit- fils : « Choiaissest pour ministres les premiers tenus ; tout doit se faire par TOUS seul et pour vous seuil • Et il écrivait à son fils : « Tout ce qui se trouve dans nos Élats^ de « quelque nature que ce soit, nous appartient au « même titre ^ et doit nous être é($alemeDt cher. Les « deniers qui sont^dans notre cassette, ceux qui de- « meurent entre les mains de nos trésoriers, et ceux « que nous laissons dans le commerce de nos « peuples, doivent être par nous également mena* « gés... Vous devez donc être persuadé que les rois « sont seigneurs absolus, et ont naturellement la dis- « position pleine et libre de tous les biens qui sont « possédés, aussi bien par les gens d'Église que ••parles séculiers, pour en user en. tout temps « comme de sages économes (s). »

Franchement, est-ce que la révolution a d'autres doctrines ou d'autres pratiques? Qu'on cherche des excuses ou des explications dans l'esprit du xvii«siède: je le veux bien, et je m'en ferai très-volontiera l'écho contre les apologistes de la révolution. Mais

(i) Voir réloqoenls et impartiale Histoire de Jean Sthbieski, par M. i»b Salvaroy, liv. x et xi.*-^Duveraey9 ministre de Loois xiv, disait aux mioifllres de Sobieski : «r Je oe eomiais au-de^us de moi qae moa maître, Jupiter est son épëe ; ei mon maître encore avant Jupiter. » ( Let^ tret de Sobieêki, p 23. ) 11 était difficile d'être plus païen pour la forme ei poar le fond.

(«) Ménunreieê inttruftivHi de Louiê XIV pour le Dauvhin, t. II, p. 93 et 121, édit. de 1906.

Page 1