CHAPITRE IX
el la force des institutions représenlalives. Ce régime de lutte cl dMndépendance le fortifiait sans le compromedre. Je n*examine pas l'intention des liommes el des partis : je constate les résultats des faits.
Même pendant les jours les plus difficiles du règne de Louis-PJiilippe, quand le gouvernement cédait aux tendances voltaîriennes desclasses4ettrées el des majorités politiques, quels n'ont pas éû le succès de la cause catholique? Les journaux religieux n'ont-ils pas joui d'une liberté immense? Les procès intentés à MM. Yeuillot, Combalot et Souchet n'onl-ils pas fait à leur cause beaucoup plus de bien que de mal? Les évéques n'onl-ils pas fait entendre le langage le plus énergique et le plus efficace, sans rencontrer d'autre obstacle que d'impuissants appels comme d'abus ? Les religieux n'onl-ils pas reparu dans les chaires de la capitale, sous leur habit et sous legr nom prohiDlg? Nos associations de piété et de charité n'ontelles pas toutes, ou presque toutes, commencé à fleurir dans ce temps? Et tout cela malgré l'indifférence ou l'hostilité de la foule, malgré les réjiugnances des pouvoirs publics, du corps électoral , du pays presque entier! et tout cela, grâce uniquement à la discussionf et à la liberté !
C'est alors, ne l'oublions jamais, qu'on a gagné tout le terrain dont on jouit aujourd'hui. Mais combien ne voit-on pas de gens parmi nous qui se figurenl que la saison des récoltes mérite seule d'être estimée, et qui ne tiennent aucun compte des temps qui ont permis les labours el les semailles? Plaisants cultivateurs que'ceux qui, dans leur enthousiasme pour l'automne, iraient jusqu'à calomnier l'hiver et à supprimer le printemps !
lôO DES INTERETS CATHOLIQUES.
A qui faul-il rappeler que c'est à ce régime parlementaire, et uniquement à lui, que tous devons la liberté de renseignement ? Où a-l-elle été conquise, si ce n'est à la tribune, et même au milieu de celle agitation des couloirs et des bureaux, qui n'a pas toujours été stérile pour le bien ? Si elle n'avait pas été votée il y a deux ans, robliendrion$nous maintenant? On sait bien que non. La conserverons-nous même ? Cela est plus que douteux. On n annoncé Tintention de nous offrir, en échange de celte précieuse et féconde liberté, je ne sais quel privilège, comme celui dont jouissait PÉglise en Piémont avant le système actuel, et qui n*a ni empêché le mal, ni produit un bien durable.
Si quelqu'un a le droit de se plaindre des excès du régime parlementaire, tels que nous les avons maintes ftis déplorés et dénoncés, ce n'est certes ]>as^ le Saint-Siège. Quels corps, quels pouvoirs ont jamais témoigné plus de respect au chef de rÉglise, que ces deux assemblées, dont Tune semblait vouloir se précipiter tout entière devant Pie ix, lorsqu'elle le croyait au moment d'aborder sur la plage française : dont l'autre a su forcer le pouvoir exécutif de renfermer l'intervention armée de la France dans les limites de la justice et du respect, après avoir salué rimmorlelle maternité de l'Église par des acclamations qu'il doit m'èlre permis de rappeler avec aulant d'émotion que de reconnaissance ?
Et le gallicanisme, si justement odieu^ à certains de nos adversaires, le gallicanisme, qui produisait encore en 1826 une contrefaçon delà déclaration de 1682, sous quel régime a-t-il subi les affronts qui l'ont expulsé du domaine des choses réelles ? S'il
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relève aujourd'hui la tète, comme on Taffirme, s'il recommence à se glisser ténébreusement dans les conseils du pouvoir, n'est-ce pas depuis qu'il a éprouvé combien la discussion publique, le grand Jour de la Iribune lui était fatal ? Quand nos légistes disputaient à l'Église ses libertés , quels précédénis invoquaient-ils à l'appui de leur dialectique surannée ? £(aient-cc ceux du gouvernement représentatif, ou même de nos assemblées révolu tionnaires ? Non : c'étaient exclusivement les traditions du pouvoir absolu, de Louis xiv surtout et de Napoléon, ces deux grands antagonistes de l'indépendance de l'Église. .
Mais ces succès, ces leçons sont également oubliés par nos adversaires, dont quelques-uns n'ont rien dit, rien fait pendant la lutte, et viennent maintenant désavouer le couragequ'ils n'ont pas montré, et compromettre la victoire qu'ils n'ont pas gagnée.
Ces imprudents nous parlent sans cesse de la Belgique et de TAngleterre. Je risquerais trop de me répéter, si je rappelais ici que la Belgique doit au régime représentatif toutes les libertés qu'elle a réclamées et consacrées pour l'Églisç, et dont aucune n'a encore été sérieusement entamée (i), et'qu'O'Oonnell n'a dû qu'à ce puissant instrument les victoires qu'il a gagnées sur l'intolérance anglicane. Mais je prie tout observateur impartial de se recueillir, et de se demander où en serait aujourd'hui la cause catholique en Angleterre, si, au lieu d'avoir affaire au parlement, où les catholiques ci les protestants
(i) J*at excepté la liberté de la charité : voir plus haut, p. 27.
vraimenl libéraux peuvent élever une voix puissante et écoutée, elle ne se trouvait en présence que de la majesté offensée de la reine Victoria, ja^ louse à Texcès, comme chacun sait, de sa prérogative spirituelle ? On reverrait sans doute des violences analogues à celles qui consacrèrent cette prérogative sous Henri vin et Elisabeth, alors que le parlement n*était qu*une simple cour d*enregislrement des volontés despotiques de la royauté. Aujourd'hui, au contraire, toute la fureur des préjugés populaires déchaînée contre TÉglise, encouragée par une presse dévergondée, et par la coupable complicité du ministère whig, qu'a-t-elle pu enfanter ? Rien, si ce n*est ce fameux bill des titres ecciésiastfqueSf que la discussion avait moralement tué avant qu'il fût promulgué; que Téloqueote protestation de Graham et des Aberdeen avait marqué du sceau de la réprobation, et qui est resté jusqu'à présent à Tétat de lettre morte.
On nous objecte encore TAllemagne; on nous demande, avec la plus étrange légèreté, ce que TÉglise a gagné au gouvernement parlementaire. La réponse sera facile et accablante : TÉglise y a gagné dix fois plus de sève et de liberté qu'elle n'en avait auparavant. Quelque pitoyable , quelque odieuse qu'ait été dans ce pays la révolution de 1848 sous le rapport politique, il faut en avoir ignoré le premier mot, pour méconnaître cfue le principe de la liberté de TËglise, de son autonotnie, comme on dit en ce pays-là, de son libre enseignement, a été posé, proclamé el conquis au sein des nouvelles assemblées, tandis qu'auparavant aucun gouvernement n'en avait tenu compte.. Oui.